Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique e.p. de Stillers sorti en 1982 ! Les chansons son taggées avec leurs vrais noms, tandis que les noms stipulés sur la pochette apparaissent entre parenthèses !
Le clip des Garçons Ordinaires
Voici le clip de "Flower Power", une chanson extraite de l'unique album du groupe sorti en 1993. Un clip DIY comme on les aime...
Le temps et l'argent
Le temps a du, sans doute, manquer aux Names, ce magnifique trio Power pop qui a sorti un ep en Allemagne. On notera que le groupe a été compilé dans les fameuses compil' bootlegs : "Power Pearls".
Des Garçons Ordinaires
Une spéciale dédicace au camarade Pascal B.
Il y a des disques qui ressemblent à des petits miracles. Des objets fragiles, presque dérisoires en apparence, mais qui contiennent une époque entière. Un flexi-disc, quelques chansons enregistrées sur un quatre pistes, une pochette dessinée à la main… et soudain, trente ans plus tard, le temps s’arrête. Le flexi trois titres de Des Garçons Ordinaires appartient à cette famille de disques minuscules qui racontent pourtant une grande histoire : celle d’une scène indépendante française passionnée, artisanale et totalement dévouée à la pop.
Au début des années 90, Rennes est l’un des foyers importants du rock indépendant français. La ville a déjà une longue tradition musicale et accueille une nouvelle génération de groupes nourris par les guitares anglaises, la pop mélodique et l’éthique DIY. C’est dans ce contexte que naissent Des Garçons Ordinaires, formation qui va devenir l’un des plus beaux représentants français de cette mouvance que l’on appellera plus tard indie pop ou jangle pop.
Le groupe réunit Alban Rautenstrauch à la basse, Emmanuel Lamour à la batterie, aux guitares, aux claviers et au chant, Boris à la guitare et Stéphane au chant, à la guitare et à l’harmonica. Leur musique possède immédiatement cette élégance particulière des groupes qui préfèrent les mélodies aux démonstrations techniques. Des guitares claires, des harmonies délicates, une certaine naïveté assumée et ce goût pour les chansons qui semblent simples avant de révéler toute leur richesse.
Le premier témoignage discographique du groupe est un objet typique de cette époque : un flexi une face trois titres publié par Glam Records sous la référence GLAM 003. Le label avait déjà publié auparavant des flexis de groupes comme Solace ou Smily Post, et celui de Des Garçons Ordinaires sera probablement son dernier. Enregistrées en novembre 1991 sur un simple quatre pistes, les trois chansons présentes sur ce disque – « Sister Love and Mr Moon », « Caroline » et « My Favorite Garden » – capturent parfaitement l’univers du groupe.
La pochette est elle aussi un condensé de l’esthétique indie-pop du début des années 90 : un dessin représentant quatre jeunes filles, une image qui aurait parfaitement pu accompagner un disque de Sarah Records ou d’un obscur label anglais. Tout est là : le romantisme adolescent, le goût du fait main, l’impression qu’un disque peut être plus qu’un simple support musical, mais aussi une lettre envoyée à quelques passionnés.
Musicalement, Des Garçons Ordinaires ne cherchent pas à révolutionner le rock. Leur force est ailleurs. Ils savent transformer des influences multiples – les Byrds, la pop anglaise des années 80, Television Personalities, la scène C86 – en quelque chose de personnel. Il y a dans leurs chansons une fragilité et une sincérité qui rendent leurs morceaux immédiatement attachants. « Sister Love and Mr Moon » est certainement le titre qui résume le mieux cette approche : une mélodie lumineuse, une guitare scintillante et cette sensation d’écouter un groupe qui joue simplement parce qu’il aime les chansons.
Après ce premier flexi, le groupe rejoint le label Cornflakes Zoo, fondé au début des années 90 par Stéphane Teynié, alors responsable du fanzine Anorak et d’une mail-order consacrée à la scène indépendante. Ce label deviendra rapidement un acteur essentiel de l’indie-pop française, publiant notamment Les Autres ou Non Stop Kazoo Organization. En 1993, Des Garçons Ordinaires y sort son unique album, simplement intitulé Des Garçons Ordinaires.
Ce disque confirme tout le potentiel entrevu sur le flexi. Douze titres de pop brillante et mélodique, enregistrés avec Damien Bertrand pour la majorité des morceaux, et avec Vincent Lecouplier, alias Vincent Balloon, pour « Nice Price », « La La La » et « Bass Drum ». On y retrouve notamment « Flower Power », « Galaxy », « Clouds », « Sometimes We Smile » ou encore « Lost in Space #3 ». Un album qui aurait mérité une reconnaissance bien plus large, mais qui restera malheureusement connu principalement des amateurs les plus passionnés.
Comme beaucoup de groupes de cette scène, Des Garçons Ordinaires vont surtout vivre à travers les compilations et les réseaux indépendants. Leur musique apparaît sur plusieurs témoignages importants de cette période : la cassette Heol Daou en 1990 avec le titre « Into Space », In The Limelight en 1991, la compilation espagnole Around The World Again du label Elefant Records en 1992, Whoops! chez Houpla, Garden Party chez Aliénor Records, ou encore Ces Chères Têtes Blondes et The Noise and The Melodies – The Pearl Compilation en 1993. En 1994, leur morceau « Laughing Box » figure également sur le coffret The Onion Most Dangerous Game d’Aliénor Records. Le groupe apparaît même sur la compilation vidéo internationale Munch Part I, avec le clip de « Flower Power ».
Sur scène, Des Garçons Ordinaires auront notamment l’occasion de jouer au Krakatoa de Mérignac en janvier 1993, preuve de leur présence dans le réseau des salles indépendantes françaises de l’époque. Pourtant, malgré ces nombreuses apparitions et la qualité évidente de leurs chansons, le groupe restera toujours un peu à côté des radars médiatiques.
Après l’aventure Des Garçons Ordinaires, Emmanuel Lamour poursuivra son parcours musical sous différents noms et projets, tandis que Stéphane rejoindra notamment le groupe Mum’s The Word. Mais l’histoire de Des Garçons Ordinaires ne disparaîtra jamais complètement. Elle continuera à circuler grâce aux collectionneurs, aux blogs spécialisés, aux passionnés de pop indépendante et à ces petits disques que certains prennent encore le temps de ressortir des cartons.
Ce flexi est donc bien plus qu’une curiosité pour collectionneur. C’est une capsule temporelle. Quelques minutes de musique gravées dans un support fragile qui rappellent une époque où quatre garçons de Rennes pouvaient enregistrer trois chansons sur un quatre pistes et espérer qu’elles trouvent leur chemin jusqu’à quelqu’un.
Trente ans plus tard, elles ont toujours trouvé quelqu’un.
Maybe Baby
Nouvel extrait du long des David Vincent, voici "Maybe Baby" qui n'a rien à voir avec le standard de Buddy Holly !
The Names
Derrière le nom très générique de The Names (à ne pas confondre avec le très bon groupe belge du même nom sorti sur Factory) se cachent trois musiciens aux patronymes tout aussi britanniques : Steve Conway à la basse et au chant, John Lewis à la guitare et au chant, et Russell Lax à la batterie. Une formation dont on ne sait pratiquement rien. Aucune biographie, aucun album, presque aucune photographie, aucun témoignage d'époque. Les trois hommes semblent surgir de nulle part pour enregistrer un unique single avant de disparaître aussi mystérieusement qu'ils étaient apparus.
La production est confiée à Uli Scheibner, musicien et producteur berlinois qui gravite alors dans les milieux rock et new wave allemands. Son nom constitue aujourd'hui l'une des rares pistes sérieuses permettant d'approcher l'histoire du groupe. Sa production est sobre, efficace, laissant toute la place aux guitares nerveuses et aux harmonies vocales, deux ingrédients essentiels de la power pop de cette période.
Musicalement, Too Cool, Too Dance ne révolutionne rien, mais il coche toutes les cases du genre. Des guitares claires et incisives, un rythme énergique, un refrain immédiatement mémorisable et cette élégance mélodique héritée des Beatles autant que des Who ou des Kinks, remise au goût du jour après le choc du punk. Le morceau évoque naturellement des groupes comme The Records, The Jags, 20/20, Shoes, Bram Tchaikovsky ou encore The Romantics. Un condensé de pop nerveuse qui, à l'époque, fleurissait aussi bien en Grande-Bretagne qu'aux États-Unis.
Le fait que le disque soit enregistré et publié en Allemagne soulève toutefois plusieurs interrogations. Les trois musiciens portent des noms anglais et chantent dans un anglais irréprochable. Tout laisse penser qu'il s'agissait soit d'un groupe britannique installé en Allemagne de l'Ouest, soit de musiciens expatriés venus tenter leur chance sur un marché où de nombreux clubs accueillaient alors des formations anglaises. Hambourg, Berlin ou Hanovre attiraient à cette époque quantité de groupes étrangers venus chercher des contrats plus réguliers que dans leur pays d'origine.
Les recherches menées dans les archives disponibles permettent malheureusement d'aller difficilement plus loin. Les bases de données musicales recensent bien l'existence du single, mais les archives de la presse allemande spécialisée demeurent largement inaccessibles ou non numérisées. Les magazines Musik Express, Sounds, Pop Rocky ou Schallplatte, qui chroniquaient pourtant ce type de productions à l'époque, ne livrent pour l'instant aucun indice facilement consultable. Les moteurs de recherche actuels ne renvoient presque rien, preuve que le disque n'a laissé qu'une empreinte infime dans l'histoire officielle du rock.
Cette absence de documentation participe aujourd'hui à son charme. Too Cool, Too Dance fait partie de ces "lost singles" que les collectionneurs adorent exhumer. À partir des années 1990, avec l'essor des fanzines spécialisés puis des sites consacrés à la power pop, plusieurs amateurs redécouvrent ce 45 tours oublié et commencent à le citer parmi les petits classiques cachés du genre. Sans devenir un disque hors de prix, il acquiert progressivement une réputation flatteuse auprès des passionnés de power pop européenne.
Il reste pourtant bien des mystères à résoudre. Qui étaient réellement Steve Conway, John Lewis et Russell Lax ? Pourquoi ce groupe n'a-t-il jamais enregistré d'album ? S'agissait-il d'une formation éphémère montée spécialement pour ce projet ou d'un groupe déjà actif sous un autre nom ? Les réponses se trouvent peut-être encore dans les archives de la GEMA, de la Deutsche Nationalbibliothek ou dans les collections de quelques bibliothèques allemandes conservant les magazines musicaux de 1980.
En attendant que ces pistes livrent leurs secrets, Too Cool, Too Dance demeure un fascinant témoignage de cette époque où la power pop produisait une multitude de petits chefs-d'œuvre anonymes. Des chansons parfaites de trois minutes qui n'ont parfois connu qu'un unique pressage avant de sombrer dans l'oubli, jusqu'à ce que quelques passionnés les ramènent, des décennies plus tard, à la lumière.
Seaton magnifié
Grâce à mon IA préférée, j'ai pu retravailler 3 photos extraites de la vidéo de Seaton en concert à Aix-en-Provence en 1989 ! Le résultat est saisissant !
Le retour des Chesterfield Kings
J'ai déjà parlé de ce groupe, ici-même !
À la fin des années 70, alors que le punk vient de dynamiter les codes du rock, quelques passionnés décident de regarder en arrière plutôt que de courir après la modernité. À Rochester, dans l’État de New York, un groupe de jeunes musiciens choisit de ressusciter l’esprit sauvage des groupes garage américains des années 60. Leur nom : The Chesterfield Kings.
Formé en 1979 autour du chanteur Greg Prevost, véritable encyclopédie vivante du rock sixties, le groupe n’a jamais caché son obsession pour les faces B oubliées, les petits labels disparus et les groupes qui n’ont parfois sorti qu’un seul 45 tours avant de disparaître. Leur ambition n’est pas simplement de jouer du rock rétro : il s’agit de retrouver une époque, un son, une attitude. Celle des teenagers américains qui enregistraient dans des garages, des petits studios locaux ou des sous-sols avec des amplis saturés et une énergie brute.
Le premier 45 tours du groupe, « I Ain’t No Miracle Worker », sort en 1981 dans une quantité dérisoire, environ une centaine d’exemplaires. Le choix est révélateur de leur démarche : fabriquer un disque qui ressemble à ceux qu’ils collectionnent. Un objet rare, presque fantôme, destiné aux passionnés plutôt qu’au marché musical traditionnel.
En 1982 paraît leur premier album, Here Are The Chesterfield Kings. Un disque entièrement consacré aux reprises de groupes obscurs des années 60. À une époque où internet n’existe pas encore et où retrouver certains morceaux relève de la chasse au trésor, les Chesterfield Kings deviennent une véritable passerelle vers un patrimoine oublié. Ils remettent en circulation des titres de groupes comme The Standells, The Sonics ou The Remains et participent à faire redécouvrir toute une scène garage américaine.
Mais les Chesterfield Kings ne veulent pas rester de simples archéologues du rock. Avec Stop! en 1985, ils commencent à intégrer leurs propres compositions tout en conservant cette esthétique si particulière : guitares fuzz, orgue électrique, voix agressive, réverbération excessive et cette impression permanente d’écouter un disque retrouvé au fond d’un carton poussiéreux chez un disquaire de l’Amérique profonde.
Le groupe devient rapidement l’un des piliers du garage revival américain aux côtés des Fuzztones, des Cynics ou des Miracle Workers. Sur scène, leur réputation grandit grâce à des concerts qui reprennent tous les codes de l’époque : costumes, amplis vintage, attitude arrogante et énergie adolescente. Ils ne jouent pas seulement de la musique des années 60, ils tentent de recréer l’univers complet qui l’entourait.
Au fil des années, les Chesterfield Kings vont pourtant évoluer. Don’t Open Till Doomsday (1987) reste l’un de leurs albums les plus appréciés, avec un son plus personnel et même une composition signée Dee Dee Ramone. Dans les années 90, ils explorent d’autres territoires : le blues avec Drunk on Muddy Water, l’univers des Rolling Stones avec Let’s Go Get Stoned, ou encore la surf music avec le double album Surfin’ Rampage. Leur curiosité les pousse également vers le psychédélisme avec The Mindbending Sounds of The Chesterfield Kings en 2003.
L’histoire du groupe est aussi liée à celle d’Andy Babiuk, bassiste des Chesterfield Kings et immense spécialiste des Beatles. Collectionneur passionné, auteur d’ouvrages consacrés aux instruments des Fab Four, il est également membre du supergroupe The Empty Hearts aux côtés de Clem Burke de Blondie, Elliot Easton des Cars et Wally Palmar des Romantics.
Au début des années 2000, les Chesterfield Kings bénéficient d’une nouvelle reconnaissance grâce au soutien de Steven Van Zandt, guitariste de Bruce Springsteen et animateur de l’émission Underground Garage. Le groupe apparaît même dans un épisode de la série Les Soprano, preuve que cette musique née dans les petits clubs a fini par toucher un public bien plus large.
Après une longue pause, les Chesterfield Kings reviennent finalement sous l’impulsion d’Andy Babiuk. En 2024, le groupe publie We’re Still All The Same, un nouvel album qui prouve que leur passion pour le garage rock est intacte. Plus de quarante ans après leurs débuts, leur mission reste la même : faire vivre une certaine idée du rock, celle des disques imparfaits, des guitares trop fortes et des chansons enregistrées avec plus de cœur que de moyens.
Les Chesterfield Kings ne sont pas seulement un groupe nostalgique. Ils sont ceux qui ont rappelé au monde que derrière chaque vieux 45 tours oublié se cachait peut-être une pépite. Leur plus grande réussite est sans doute d’avoir transformé leur obsession personnelle en mouvement musical, donnant envie à plusieurs générations de repartir à la recherche de ces trésors cachés du rock garage.
Ultime Possibilité
C'est la Panik LTDC
Voici une petite interview des Panik (à l'époque, ils avaient à peine deux ans d'existence et venaient de sortir leur fameux mini-album devenu culte). Cette interview a sans doute été réalisée au parking 2000 et c'est toujours sympa d'entendre les noms des membres "historiques" du groupe... Cette interview est extraite du fanzine "Le Démoniaque" (janvier 1984).
El Latido
2e extrait du mini-album de Metro, voici "El Latido" et sa batterie typiquement années 80. Depuis, elle a été interdite par la police des musiciens !
Lucrate Milk
Luсrate Milk émеrge à Paris à la fin dеs annéеs 70 соmme unе véritаblе сuriоsité dans lе paysage musiсаl français. À сеttе épоquе, la nоtiоn dе "rосk alternatif" tеl qu'elle sera cоnnue dаns lеs annéеs 80 n'eхistе pas encоre, et la scène musicalе еst lоin d'êtrе bien оrganisée. Tоut y est briсоlé, précairе et sоuvеnt imprоvisé, et c'est justеment cette dynamiquе qui cоnfère аu grоupе sа fоrce. À l'оriginе, il ne s'agit mêmе pаs d'un grоupе au sеns traditiоnnel, mais plutôt d'un rаssеmblement d'énеrgies créatives, d'amis, de graphistes еt de musiciens auх parcоurs variés, qui parviennent à invеntеr leur prоprе lаngagе sans сherchеr à оbtenir l'аpprоbatiоn de quicоnquе.
Luсrate Milk émеrge à Paris à la fin dеs annéеs 70 соmme unе véritаblе сuriоsité dans lе paysage musiсаl français. À сеttе épоquе, la nоtiоn dе "rосk alternatif" tеl qu'elle sera cоnnue dаns lеs annéеs 80 n'eхistе pas encоre, et la scène musicalе еst lоin d'êtrе bien оrganisée. Tоut y est briсоlé, précairе et sоuvеnt imprоvisé, et c'est justеment cette dynamiquе qui cоnfère аu grоupе sа fоrce. À l'оriginе, il ne s'agit mêmе pаs d'un grоupе au sеns traditiоnnel, mais plutôt d'un rаssеmblement d'énеrgies créatives, d'amis, de graphistes еt de musiciens auх parcоurs variés, qui parviennent à invеntеr leur prоprе lаngagе sans сherchеr à оbtenir l'аpprоbatiоn de quicоnquе.
Le noyau dur gravite autour de Lombrick Laul et Masto Lowcost, auxquels vont rapidement se greffer Nina Childress, Raoul Gaboni et Helno. Cette circulation des membres dit déjà beaucoup de l’époque : rien n’est figé, les identités sont poreuses, les disciplines se mélangent. Nina Childress, par exemple, vient des Beaux-Arts et apportera une dimension visuelle et performative très marquée, qui déborde largement le cadre musical. Masto et Lombrick, eux, construisent autant une musique qu’une esthétique globale, faite de collages, de slogans, de graffitis et de performances dans des lieux qui ne sont pas prévus pour ça.
Dans cette constellation, la présence de Helno ajoute une couleur particulière. Avant de devenir la figure centrale des Les Négresses Vertes, il passe par Lucrate Milk où il incarne déjà une forme de présence vocale très libre, presque instinctive, loin de ce qu’on associera plus tard à son écriture plus mélodique. Helno est alors dans une phase de circulation permanente entre différentes scènes, et son passage dans Lucrate Milk participe de cette logique très ouverte du début des années 80 parisiennes, où les trajectoires ne sont pas encore stabilisées et où les groupes servent autant de lieux de passage que de structures fixes.
Musicalement, Lucrate Milk refuse assez vite toute idée de format. Il n’y a pas de volonté de produire des chansons efficaces, encore moins des tubes. La structure couplet-refrain est souvent inexistante, remplacée par des séquences abruptes, des ruptures, des répétitions absurdes ou des emballements proches de l’improvisation. Le saxophone de Masto vient régulièrement casser les codes rock traditionnels, apportant une tension free jazz presque agressive, pendant que les claviers et la basse donnent une base volontairement rudimentaire. Le chant, quand il existe, oscille entre slogans, cris, phrases jetées comme des tracts, et une forme d’ironie permanente qui empêche toute lecture trop sérieuse.
Ce qui frappe surtout, c’est que Lucrate Milk n’essaie jamais de “ressembler à un groupe”. Leur démarche est plus proche de l’art contemporain, du théâtre de rue ou du happening que du rock tel qu’on l’entend habituellement. Les concerts sont souvent des événements instables, parfois chaotiques, qui se déroulent dans des squats, des lieux autogérés ou des espaces marginaux comme l’Usine Pali-Kao, qui devient un point névralgique de la contre-culture parisienne. Dans ces endroits, la musique n’est qu’un élément parmi d’autres : il y a le décor, les affiches, les interventions plastiques, l’attitude générale, et cette sensation que tout peut basculer à tout moment.
Le groupe s’inscrit aussi dans une époque où Paris est traversée par des circulations artistiques assez intenses entre musique, graphisme et performance. On est dans un moment où le DIY n’est pas encore un slogan marketing, mais une nécessité concrète : si tu veux exister, tu fais tout toi-même, de l’enregistrement à la distribution en passant par les affiches. Lucrate Milk pousse cette logique assez loin, jusqu’à brouiller les frontières entre groupe, collectif graphique et projet artistique global. Le nom du groupe lui-même devient un motif visuel, répété, tagué, détourné.
Il y a aussi dans Lucrate Milk une forme d’humour très particulière, souvent absurde, parfois proche du non-sens, qui empêche toute mythologisation trop sérieuse. Là où d’autres groupes de la même période construisent une posture politique frontale ou une esthétique sombre, Lucrate Milk choisit plutôt le décalage, la dissonance et le jeu. Cela ne veut pas dire que le propos est vide, au contraire : c’est une manière de refuser les discours trop fermés, de laisser la place à une confusion productive.
Le groupe enregistre peu, ce qui contribue à sa dimension presque fantomatique. Quelques disques et enregistrements circulent, souvent dans des conditions artisanales, mais l’essentiel de leur impact passe par le live et par le réseau informel de la scène parisienne de l’époque. Cette faible production discographique renforce aussi leur statut culte : Lucrate Milk est plus souvent raconté que réellement entendu, et c’est peut-être là que leur importance devient la plus intéressante.
Quand le groupe se dissout au milieu des années 80, ses membres partent dans des directions très différentes, mais continuent à irriguer la scène culturelle française. Certains rejoignent ou croisent des projets comme Bérurier Noir ou d’autres formations du rock alternatif naissant, d’autres basculent vers les arts plastiques ou la photographie. Cette dispersion est assez logique : Lucrate Milk n’était pas conçu comme une structure stable, mais comme un moment, une énergie, une collision. Le parcours de Helno en est une illustration assez marquante : après cette période de circulation intense, il s’oriente vers une écriture plus identifiable et devient ensuite une figure centrale de la scène alternative avec Les Négresses Vertes, avant de disparaître prématurément au début des années 90, laissant derrière lui une trajectoire à la fois très liée à l’énergie des débuts et déjà tournée vers autre chose.
Avec le recul, on peut voir Lucrate Milk comme une sorte de point de bascule. Ni tout à fait punk au sens britannique, ni vraiment no wave au sens new-yorkais, ni groupe d’art au sens institutionnel, ils occupent un espace intermédiaire extrêmement fertile. Leur héritage ne se mesure pas seulement en disques, mais dans une manière de faire : accepter la fragilité, travailler avec les moyens du bord, mélanger les disciplines sans hiérarchie, et surtout refuser l’idée qu’il faudrait rentrer dans une case pour exister.
Metro
Originaire de Carballo, près de La Coruña, Metro se forme au début des années 80 et s’inscrit dans cette vague de formations qui regardent autant vers la pop anglaise que vers les nouveaux courants qui traversent l’Europe. Comme beaucoup de groupes de cette période, leur musique se situe à la croisée de plusieurs influences : une base rock héritée des années précédentes, des arrangements plus modernes inspirés par la new wave, et une volonté de construire des chansons plus atmosphériques et mélodiques.
Le groupe se fait remarquer en 1982 en remportant le premier concours Rock Ciudad de La Coruña. Cette victoire leur ouvre les portes du studio et leur permet d’enregistrer un premier album éponyme, Metro, publié chez Citola. Ce premier disque pose les bases de leur univers et leur permet de s’installer dans le paysage musical régional, à une époque où les scènes locales jouent encore un rôle essentiel dans l’émergence des nouveaux groupes espagnols.
Deux ans plus tard sort No es Extraña?, un mini-LP publié par le label Acuario. Ce disque constitue probablement le témoignage le plus abouti du groupe. On y retrouve une formation qui a affiné son écriture et qui assume davantage son goût pour les textures, les claviers et les ambiances propres aux productions du début des années 80. Le morceau titre, No es Extraña?, donne son identité au disque, avec une approche pop sombre et élégante, tandis que des titres comme El latido ou El último tren montrent un groupe capable de jouer sur les contrastes entre mélodies accrocheuses et atmosphères plus introspectives.
À cette période, Metro réunit notamment José Manuel Tasende (chant, guitare, claviers), Pedro L. Sosa (basse, claviers) et José Antonio Levices. Leur parcours reste cependant celui de nombreux groupes de cette époque : une poignée de disques, quelques concerts, une présence dans la scène locale, puis une disparition progressive. Après No es Extraña?, Metro cesse ses activités et certains membres poursuivent leur aventure musicale dans d’autres projets, notamment Los Dramáticos.
Ce qui rend aujourd’hui ce disque intéressant, c’est justement son côté oublié. Metro n’a pas bénéficié de la reconnaissance accordée à certains groupes emblématiques de la Movida, mais No es Extraña? appartient à cette multitude de productions qui racontent une autre histoire de la musique espagnole des années 80. Une histoire faite de petits labels, de groupes régionaux, de disques tirés à peu d’exemplaires et d’une énergie créative qui circulait bien au-delà des grandes villes.
Comme beaucoup de ces objets venus des marges, ce mini-LP possède le charme d’un instant précis : celui d’une Espagne en transformation, où une nouvelle génération cherchait de nouveaux sons et de nouvelles façons de s’exprimer. Metro est peut-être resté dans l’ombre, mais No es Extraña? reste une belle capsule de cette époque où la curiosité et l’envie d’expérimenter semblaient guider toute une scène.
Enculé Tête De Mort
Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Nana Bonnard sorti en 1983 !
Les Fêlés
Le disque apparaît dans la galaxie des productions périphériques associées à l’entourage de Alain Maneval, figure importante de la médiation du rock en France à cette époque. Maneval n’est pas seulement un passeur de tendances : il participe aussi, directement ou indirectement, à la mise en circulation de projets très marginaux, souvent bricolés, qui témoignent moins d’une industrie structurée que d’un moment de bascule culturel. Dans ce contexte, Les Fêlés semblent s’inscrire dans une zone grise entre le groupe d’ados, le projet ponctuel et l’expérimentation semi-professionnelle.
« Mon lycée » porte bien son époque. Le titre, déjà, dit quelque chose d’un regard adolescent, presque ironique, sur le quotidien scolaire, un thème qui revient souvent dans les premiers enregistrements punk ou proto-punk français. On est loin d’une écriture sophistiquée ou d’une ambition discographique au long cours. Tout indique plutôt une capture brute d’un moment : celui où des musiciens très jeunes s’approprient les codes émergents du rock énergique pour en faire quelque chose de personnel, parfois naïf, parfois volontairement excessif.
Ce qui frappe surtout, avec le recul, c’est le silence qui entoure le groupe après ce single. Aucune continuité discographique clairement identifiée, aucune trajectoire scénique documentée, et très peu de traces biographiques fiables. Les Fêlés appartiennent ainsi à cette catégorie de formations qui existent presque uniquement par leur pressage vinyle, comme si le disque avait absorbé tout ce qu’il restait d’eux. Dans les récits de collectionneurs et les bases discographiques, leur nom réapparaît régulièrement, mais toujours sans prolongement clair, comme un point fixe dans une cartographie très incomplète.
On peut replacer ce type de production dans un paysage plus large, celui d’une fin de décennie où la France voit émerger des micro-scènes encore diffuses, parfois éloignées des centres urbains identifiés comme Paris ou Lyon. Avant la structuration des labels indépendants du début des années 80, beaucoup de disques circulent sous forme de projets isolés, portés par des rencontres, des opportunités locales ou des initiatives individuelles. Les Fêlés semblent appartenir à cette logique : une étincelle plus qu’une carrière, un objet plus qu’un catalogue.
Aujourd’hui, leur 45 tours circule surtout parmi les amateurs de rock français rare, ces disques qui racontent autant une musique qu’un contexte de production. Ce qui reste des Fêlés n’est peut-être pas tant leur son que l’image d’un moment très précis : celui où des adolescents, quelque part en France, ont eu accès aux formes encore neuves du rock et les ont capturées sans filtre, laissant derrière eux un objet isolé, presque énigmatique, qui continue d’alimenter la curiosité des explorateurs de marges musicales.
What's the use
Nouvel extrait du long des David Vincent, voici "What's The Use" en mode ballade rock. Bon, je ne suis pas très fan des français qui chantent en anglais !
Le single de Mopo Mogo
Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Mopo Mogo sorti en 1983 !
Frakture
L’histoire commence en 1977 sous le nom de Fracture. Le groupe apparaît dans le même environnement que les premiers Marquis de Sade, avec notamment Christian Dargelos et Jacques Duval qui gravitent autour des deux formations. Les premières semaines sont instables, comme beaucoup de groupes de cette époque : les musiciens arrivent, repartent, changent d’instrument ou poursuivent d’autres aventures. Christian Dargelos quitte rapidement le navire pour se consacrer à Marquis de Sade, tandis que le groupe cherche encore sa direction.
La première période voit passer plusieurs musiciens, dont Sergeï Papail, Pascal Perrée, Jacques Duval et Philippe Rérolle. Les concerts s’enchaînent dans les lieux qui font alors vivre la scène rennaise : La Paillette, Le Rallye, l’Institut Franco-Américain ou encore les salles associatives qui accueillent cette nouvelle génération de groupes. Fracture avance dans l’urgence, avec cette énergie typique des formations de la fin des années 70 : peu de moyens, beaucoup d’idées et une volonté de sortir des sentiers battus.
En 1979, le groupe renaît sous le nom de Frakture. Autour de Sergeï Papail (basse, chant), Pascal Perrée (guitare), Philippe Rérolle (batterie) et Jacques Duval (guitare), la musique évolue. Le punk des débuts laisse place à quelque chose de plus froid, plus tendu, plus proche des sonorités post-punk qui commencent alors à circuler en Europe. Frakture développe une esthétique sombre, avec des textes parfois en allemand et une ambiance qui tranche avec le rock plus direct de la première vague.
Le groupe participe aux premières années des Rencontres Trans Musicales de Rennes et devient un acteur de cette scène locale en pleine construction. Pourtant, malgré une réelle personnalité et des concerts remarqués, Frakture restera longtemps un groupe discret, coincé entre plusieurs histoires plus médiatisées.
En 1980 sort enfin leur unique 45 tours de l’époque : « Sans Visage » / « Nagasakind ». Le disque est enregistré au Studio DB à Melesse, un lieu important pour la scène rennaise. Sur la face A, « Sans Visage » résume bien le nouveau son du groupe : une tension froide, une guitare tranchante et cette atmosphère étrange qui annonce la vague cold wave française. « Nagasakind », sur la face B, poursuit dans la même direction. Le disque deviendra avec le temps une pièce recherchée par les amateurs de rock français indépendant, tant il représente un moment précis de cette transition entre punk et new wave.
Frakture continue ensuite à évoluer avec plusieurs formations. En 1981, le groupe poursuit ses recherches et enregistre de nouveaux titres, avant de disparaître progressivement en 1983. Les musiciens ne quittent pourtant pas la musique : Sergeï Papail et Pascal Perrée rejoindront notamment Marc Seberg, autre grand nom issu de cette scène rennaise.
Après la séparation du groupe, Frakture ne disparaît pourtant pas complètement. Comme beaucoup de formations de cette époque, le groupe va connaître une seconde vie grâce au regain d’intérêt pour cette scène rennaise. Les archives ressortent, les anciens enregistrements sont réédités et un premier album regroupant les morceaux enregistrés pendant l’existence du groupe voit le jour en 2004.
En 2007, Frakture se reforme et reprend le fil d’une histoire commencée trente ans plus tôt. Cette résurrection confirme l’importance du groupe dans la mémoire de la scène rennaise : loin d’être seulement un témoin oublié du punk français, Frakture reste une formation qui a accompagné une mutation essentielle du rock hexagonal, entre urgence punk, froideur new wave et expérimentations post-punk.
Le 45 tours « Sans Visage » reste le symbole de cette période : un disque rare, marqué par son époque mais encore capable de surprendre aujourd’hui. Frakture fait partie de ces groupes qui n’ont jamais vraiment disparu : ils ont simplement traversé les années, comme une fissure toujours visible dans l’histoire du rock rennais.
L'autre face du 1er single des Lyres
Voici "Don't Give It Up Now", l'autre face du 1er single des Lyres sorti en 1979 !












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