El Latido
2e extrait du mini-album de Metro, voici "El Latido" et sa batterie typiquement années 80. Depuis, elle a été interdite par la police des musiciens !
Lucrate Milk
Luсrate Milk émеrge à Paris à la fin dеs annéеs 70 соmme unе véritаblе сuriоsité dans lе paysage musiсаl français. À сеttе épоquе, la nоtiоn dе "rосk alternatif" tеl qu'elle sera cоnnue dаns lеs annéеs 80 n'eхistе pas encоre, et la scène musicalе еst lоin d'êtrе bien оrganisée. Tоut y est briсоlé, précairе et sоuvеnt imprоvisé, et c'est justеment cette dynamiquе qui cоnfère аu grоupе sа fоrce. À l'оriginе, il ne s'agit mêmе pаs d'un grоupе au sеns traditiоnnel, mais plutôt d'un rаssеmblement d'énеrgies créatives, d'amis, de graphistes еt de musiciens auх parcоurs variés, qui parviennent à invеntеr leur prоprе lаngagе sans сherchеr à оbtenir l'аpprоbatiоn de quicоnquе.
Luсrate Milk émеrge à Paris à la fin dеs annéеs 70 соmme unе véritаblе сuriоsité dans lе paysage musiсаl français. À сеttе épоquе, la nоtiоn dе "rосk alternatif" tеl qu'elle sera cоnnue dаns lеs annéеs 80 n'eхistе pas encоre, et la scène musicalе еst lоin d'êtrе bien оrganisée. Tоut y est briсоlé, précairе et sоuvеnt imprоvisé, et c'est justеment cette dynamiquе qui cоnfère аu grоupе sа fоrce. À l'оriginе, il ne s'agit mêmе pаs d'un grоupе au sеns traditiоnnel, mais plutôt d'un rаssеmblement d'énеrgies créatives, d'amis, de graphistes еt de musiciens auх parcоurs variés, qui parviennent à invеntеr leur prоprе lаngagе sans сherchеr à оbtenir l'аpprоbatiоn de quicоnquе.
Le noyau dur gravite autour de Lombrick Laul et Masto Lowcost, auxquels vont rapidement se greffer Nina Childress, Raoul Gaboni et Helno. Cette circulation des membres dit déjà beaucoup de l’époque : rien n’est figé, les identités sont poreuses, les disciplines se mélangent. Nina Childress, par exemple, vient des Beaux-Arts et apportera une dimension visuelle et performative très marquée, qui déborde largement le cadre musical. Masto et Lombrick, eux, construisent autant une musique qu’une esthétique globale, faite de collages, de slogans, de graffitis et de performances dans des lieux qui ne sont pas prévus pour ça.
Dans cette constellation, la présence de Helno ajoute une couleur particulière. Avant de devenir la figure centrale des Les Négresses Vertes, il passe par Lucrate Milk où il incarne déjà une forme de présence vocale très libre, presque instinctive, loin de ce qu’on associera plus tard à son écriture plus mélodique. Helno est alors dans une phase de circulation permanente entre différentes scènes, et son passage dans Lucrate Milk participe de cette logique très ouverte du début des années 80 parisiennes, où les trajectoires ne sont pas encore stabilisées et où les groupes servent autant de lieux de passage que de structures fixes.
Musicalement, Lucrate Milk refuse assez vite toute idée de format. Il n’y a pas de volonté de produire des chansons efficaces, encore moins des tubes. La structure couplet-refrain est souvent inexistante, remplacée par des séquences abruptes, des ruptures, des répétitions absurdes ou des emballements proches de l’improvisation. Le saxophone de Masto vient régulièrement casser les codes rock traditionnels, apportant une tension free jazz presque agressive, pendant que les claviers et la basse donnent une base volontairement rudimentaire. Le chant, quand il existe, oscille entre slogans, cris, phrases jetées comme des tracts, et une forme d’ironie permanente qui empêche toute lecture trop sérieuse.
Ce qui frappe surtout, c’est que Lucrate Milk n’essaie jamais de “ressembler à un groupe”. Leur démarche est plus proche de l’art contemporain, du théâtre de rue ou du happening que du rock tel qu’on l’entend habituellement. Les concerts sont souvent des événements instables, parfois chaotiques, qui se déroulent dans des squats, des lieux autogérés ou des espaces marginaux comme l’Usine Pali-Kao, qui devient un point névralgique de la contre-culture parisienne. Dans ces endroits, la musique n’est qu’un élément parmi d’autres : il y a le décor, les affiches, les interventions plastiques, l’attitude générale, et cette sensation que tout peut basculer à tout moment.
Le groupe s’inscrit aussi dans une époque où Paris est traversée par des circulations artistiques assez intenses entre musique, graphisme et performance. On est dans un moment où le DIY n’est pas encore un slogan marketing, mais une nécessité concrète : si tu veux exister, tu fais tout toi-même, de l’enregistrement à la distribution en passant par les affiches. Lucrate Milk pousse cette logique assez loin, jusqu’à brouiller les frontières entre groupe, collectif graphique et projet artistique global. Le nom du groupe lui-même devient un motif visuel, répété, tagué, détourné.
Il y a aussi dans Lucrate Milk une forme d’humour très particulière, souvent absurde, parfois proche du non-sens, qui empêche toute mythologisation trop sérieuse. Là où d’autres groupes de la même période construisent une posture politique frontale ou une esthétique sombre, Lucrate Milk choisit plutôt le décalage, la dissonance et le jeu. Cela ne veut pas dire que le propos est vide, au contraire : c’est une manière de refuser les discours trop fermés, de laisser la place à une confusion productive.
Le groupe enregistre peu, ce qui contribue à sa dimension presque fantomatique. Quelques disques et enregistrements circulent, souvent dans des conditions artisanales, mais l’essentiel de leur impact passe par le live et par le réseau informel de la scène parisienne de l’époque. Cette faible production discographique renforce aussi leur statut culte : Lucrate Milk est plus souvent raconté que réellement entendu, et c’est peut-être là que leur importance devient la plus intéressante.
Quand le groupe se dissout au milieu des années 80, ses membres partent dans des directions très différentes, mais continuent à irriguer la scène culturelle française. Certains rejoignent ou croisent des projets comme Bérurier Noir ou d’autres formations du rock alternatif naissant, d’autres basculent vers les arts plastiques ou la photographie. Cette dispersion est assez logique : Lucrate Milk n’était pas conçu comme une structure stable, mais comme un moment, une énergie, une collision. Le parcours de Helno en est une illustration assez marquante : après cette période de circulation intense, il s’oriente vers une écriture plus identifiable et devient ensuite une figure centrale de la scène alternative avec Les Négresses Vertes, avant de disparaître prématurément au début des années 90, laissant derrière lui une trajectoire à la fois très liée à l’énergie des débuts et déjà tournée vers autre chose.
Avec le recul, on peut voir Lucrate Milk comme une sorte de point de bascule. Ni tout à fait punk au sens britannique, ni vraiment no wave au sens new-yorkais, ni groupe d’art au sens institutionnel, ils occupent un espace intermédiaire extrêmement fertile. Leur héritage ne se mesure pas seulement en disques, mais dans une manière de faire : accepter la fragilité, travailler avec les moyens du bord, mélanger les disciplines sans hiérarchie, et surtout refuser l’idée qu’il faudrait rentrer dans une case pour exister.
Metro
Originaire de Carballo, près de La Coruña, Metro se forme au début des années 80 et s’inscrit dans cette vague de formations qui regardent autant vers la pop anglaise que vers les nouveaux courants qui traversent l’Europe. Comme beaucoup de groupes de cette période, leur musique se situe à la croisée de plusieurs influences : une base rock héritée des années précédentes, des arrangements plus modernes inspirés par la new wave, et une volonté de construire des chansons plus atmosphériques et mélodiques.
Le groupe se fait remarquer en 1982 en remportant le premier concours Rock Ciudad de La Coruña. Cette victoire leur ouvre les portes du studio et leur permet d’enregistrer un premier album éponyme, Metro, publié chez Citola. Ce premier disque pose les bases de leur univers et leur permet de s’installer dans le paysage musical régional, à une époque où les scènes locales jouent encore un rôle essentiel dans l’émergence des nouveaux groupes espagnols.
Deux ans plus tard sort No es Extraña?, un mini-LP publié par le label Acuario. Ce disque constitue probablement le témoignage le plus abouti du groupe. On y retrouve une formation qui a affiné son écriture et qui assume davantage son goût pour les textures, les claviers et les ambiances propres aux productions du début des années 80. Le morceau titre, No es Extraña?, donne son identité au disque, avec une approche pop sombre et élégante, tandis que des titres comme El latido ou El último tren montrent un groupe capable de jouer sur les contrastes entre mélodies accrocheuses et atmosphères plus introspectives.
À cette période, Metro réunit notamment José Manuel Tasende (chant, guitare, claviers), Pedro L. Sosa (basse, claviers) et José Antonio Levices. Leur parcours reste cependant celui de nombreux groupes de cette époque : une poignée de disques, quelques concerts, une présence dans la scène locale, puis une disparition progressive. Après No es Extraña?, Metro cesse ses activités et certains membres poursuivent leur aventure musicale dans d’autres projets, notamment Los Dramáticos.
Ce qui rend aujourd’hui ce disque intéressant, c’est justement son côté oublié. Metro n’a pas bénéficié de la reconnaissance accordée à certains groupes emblématiques de la Movida, mais No es Extraña? appartient à cette multitude de productions qui racontent une autre histoire de la musique espagnole des années 80. Une histoire faite de petits labels, de groupes régionaux, de disques tirés à peu d’exemplaires et d’une énergie créative qui circulait bien au-delà des grandes villes.
Comme beaucoup de ces objets venus des marges, ce mini-LP possède le charme d’un instant précis : celui d’une Espagne en transformation, où une nouvelle génération cherchait de nouveaux sons et de nouvelles façons de s’exprimer. Metro est peut-être resté dans l’ombre, mais No es Extraña? reste une belle capsule de cette époque où la curiosité et l’envie d’expérimenter semblaient guider toute une scène.
Enculé Tête De Mort
Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Nana Bonnard sorti en 1983 !
Les Fêlés
Le disque apparaît dans la galaxie des productions périphériques associées à l’entourage de Alain Maneval, figure importante de la médiation du rock en France à cette époque. Maneval n’est pas seulement un passeur de tendances : il participe aussi, directement ou indirectement, à la mise en circulation de projets très marginaux, souvent bricolés, qui témoignent moins d’une industrie structurée que d’un moment de bascule culturel. Dans ce contexte, Les Fêlés semblent s’inscrire dans une zone grise entre le groupe d’ados, le projet ponctuel et l’expérimentation semi-professionnelle.
« Mon lycée » porte bien son époque. Le titre, déjà, dit quelque chose d’un regard adolescent, presque ironique, sur le quotidien scolaire, un thème qui revient souvent dans les premiers enregistrements punk ou proto-punk français. On est loin d’une écriture sophistiquée ou d’une ambition discographique au long cours. Tout indique plutôt une capture brute d’un moment : celui où des musiciens très jeunes s’approprient les codes émergents du rock énergique pour en faire quelque chose de personnel, parfois naïf, parfois volontairement excessif.
Ce qui frappe surtout, avec le recul, c’est le silence qui entoure le groupe après ce single. Aucune continuité discographique clairement identifiée, aucune trajectoire scénique documentée, et très peu de traces biographiques fiables. Les Fêlés appartiennent ainsi à cette catégorie de formations qui existent presque uniquement par leur pressage vinyle, comme si le disque avait absorbé tout ce qu’il restait d’eux. Dans les récits de collectionneurs et les bases discographiques, leur nom réapparaît régulièrement, mais toujours sans prolongement clair, comme un point fixe dans une cartographie très incomplète.
On peut replacer ce type de production dans un paysage plus large, celui d’une fin de décennie où la France voit émerger des micro-scènes encore diffuses, parfois éloignées des centres urbains identifiés comme Paris ou Lyon. Avant la structuration des labels indépendants du début des années 80, beaucoup de disques circulent sous forme de projets isolés, portés par des rencontres, des opportunités locales ou des initiatives individuelles. Les Fêlés semblent appartenir à cette logique : une étincelle plus qu’une carrière, un objet plus qu’un catalogue.
Aujourd’hui, leur 45 tours circule surtout parmi les amateurs de rock français rare, ces disques qui racontent autant une musique qu’un contexte de production. Ce qui reste des Fêlés n’est peut-être pas tant leur son que l’image d’un moment très précis : celui où des adolescents, quelque part en France, ont eu accès aux formes encore neuves du rock et les ont capturées sans filtre, laissant derrière eux un objet isolé, presque énigmatique, qui continue d’alimenter la curiosité des explorateurs de marges musicales.
What's the use
Nouvel extrait du long des David Vincent, voici "What's The Use" en mode ballade rock. Bon, je ne suis pas très fan des français qui chantent en anglais !
Le single de Mopo Mogo
Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Mopo Mogo sorti en 1983 !
Frakture
L’histoire commence en 1977 sous le nom de Fracture. Le groupe apparaît dans le même environnement que les premiers Marquis de Sade, avec notamment Christian Dargelos et Jacques Duval qui gravitent autour des deux formations. Les premières semaines sont instables, comme beaucoup de groupes de cette époque : les musiciens arrivent, repartent, changent d’instrument ou poursuivent d’autres aventures. Christian Dargelos quitte rapidement le navire pour se consacrer à Marquis de Sade, tandis que le groupe cherche encore sa direction.
La première période voit passer plusieurs musiciens, dont Sergeï Papail, Pascal Perrée, Jacques Duval et Philippe Rérolle. Les concerts s’enchaînent dans les lieux qui font alors vivre la scène rennaise : La Paillette, Le Rallye, l’Institut Franco-Américain ou encore les salles associatives qui accueillent cette nouvelle génération de groupes. Fracture avance dans l’urgence, avec cette énergie typique des formations de la fin des années 70 : peu de moyens, beaucoup d’idées et une volonté de sortir des sentiers battus.
En 1979, le groupe renaît sous le nom de Frakture. Autour de Sergeï Papail (basse, chant), Pascal Perrée (guitare), Philippe Rérolle (batterie) et Jacques Duval (guitare), la musique évolue. Le punk des débuts laisse place à quelque chose de plus froid, plus tendu, plus proche des sonorités post-punk qui commencent alors à circuler en Europe. Frakture développe une esthétique sombre, avec des textes parfois en allemand et une ambiance qui tranche avec le rock plus direct de la première vague.
Le groupe participe aux premières années des Rencontres Trans Musicales de Rennes et devient un acteur de cette scène locale en pleine construction. Pourtant, malgré une réelle personnalité et des concerts remarqués, Frakture restera longtemps un groupe discret, coincé entre plusieurs histoires plus médiatisées.
En 1980 sort enfin leur unique 45 tours de l’époque : « Sans Visage » / « Nagasakind ». Le disque est enregistré au Studio DB à Melesse, un lieu important pour la scène rennaise. Sur la face A, « Sans Visage » résume bien le nouveau son du groupe : une tension froide, une guitare tranchante et cette atmosphère étrange qui annonce la vague cold wave française. « Nagasakind », sur la face B, poursuit dans la même direction. Le disque deviendra avec le temps une pièce recherchée par les amateurs de rock français indépendant, tant il représente un moment précis de cette transition entre punk et new wave.
Frakture continue ensuite à évoluer avec plusieurs formations. En 1981, le groupe poursuit ses recherches et enregistre de nouveaux titres, avant de disparaître progressivement en 1983. Les musiciens ne quittent pourtant pas la musique : Sergeï Papail et Pascal Perrée rejoindront notamment Marc Seberg, autre grand nom issu de cette scène rennaise.
Après la séparation du groupe, Frakture ne disparaît pourtant pas complètement. Comme beaucoup de formations de cette époque, le groupe va connaître une seconde vie grâce au regain d’intérêt pour cette scène rennaise. Les archives ressortent, les anciens enregistrements sont réédités et un premier album regroupant les morceaux enregistrés pendant l’existence du groupe voit le jour en 2004.
En 2007, Frakture se reforme et reprend le fil d’une histoire commencée trente ans plus tôt. Cette résurrection confirme l’importance du groupe dans la mémoire de la scène rennaise : loin d’être seulement un témoin oublié du punk français, Frakture reste une formation qui a accompagné une mutation essentielle du rock hexagonal, entre urgence punk, froideur new wave et expérimentations post-punk.
Le 45 tours « Sans Visage » reste le symbole de cette période : un disque rare, marqué par son époque mais encore capable de surprendre aujourd’hui. Frakture fait partie de ces groupes qui n’ont jamais vraiment disparu : ils ont simplement traversé les années, comme une fissure toujours visible dans l’histoire du rock rennais.
L'autre face du 1er single des Lyres
Voici "Don't Give It Up Now", l'autre face du 1er single des Lyres sorti en 1979 !
The Lyres
The Lyres est un groupe américain originaire de Boston, formé à la fin des années 1970 dans un contexte très particulier : celui d’une scène locale où le punk, le garage rock et une forme de revival sixties cohabitent de manière assez chaotique mais fertile.
Le groupe naît en 1979 autour de Jeff Conolly, souvent surnommé “Monoman”, ancien chanteur de DMZ. Avec les Lyres, il prolonge une obsession très claire : retrouver l’énergie brute des groupes de garage des années 60 (The Seeds, The Standells, The Sonics, etc.), mais en la filtrant par une esthétique punk et une urgence plus contemporaine. Le son du groupe est immédiatement identifiable par la place centrale de l’orgue Farfisa, très saturé, presque nerveux, qui devient une sorte de signature autant qu’un moteur rythmique.
Dès les premiers enregistrements et EP du début des années 80, les Lyres s’imposent comme un des piliers du garage revival américain. Leur premier EP de 1981 (souvent associé au titre Buried Alive ou référencé sous AHS-1005) attire rapidement l’attention, notamment au Royaume-Uni, où la presse musicale souligne leur capacité à recréer une forme de “garage primitif” sans le rendre nostalgique ou figé. Leur approche est plus directe, plus physique : ils ne rejouent pas les sixties, ils les réactivent dans un contexte punk.
Leur premier album majeur, On Fyre (1984), est généralement considéré comme un disque clé du genre. On y trouve une énergie très tendue, un son volontairement rugueux, et une écriture qui oscille entre compositions originales et reprises revisitées de classiques du rock 60s. Des morceaux comme “Don’t Give It Up Now” ou “Help You Ann” deviennent des titres emblématiques du groupe, et circulent largement dans les scènes alternatives américaines et européennes.
La particularité des Lyres tient aussi à leur instabilité de line-up : autour de Conolly, le groupe change très souvent de musiciens, au point qu’il devient presque une “structure ouverte” plus qu’un groupe fixe. Cette fluidité contribue paradoxalement à leur identité sonore : malgré les changements, une continuité demeure, centrée sur l’orgue, la voix et une certaine idée du chaos contrôlé.
Pendant les années 80 et 90, les Lyres enchaînent albums, EP et tournées, notamment en Europe, tout en restant une formation assez fluctuante. Ils sont souvent associés à la scène garage revival aux côtés de groupes comme The Fleshtones, avec lesquels ils partagent une même fascination pour le rock primitif et une énergie très live.
Après une période plus lente à la fin des années 80 et dans les années 90, le groupe connaît des phases d’inactivité partielle avant de revenir régulièrement sur scène à partir des années 2000, toujours autour de Conolly, qui reste le seul membre constant depuis l’origine.
Aujourd’hui, les Lyres sont surtout considérés comme un groupe culte du garage rock américain, à la fois fidèle à une esthétique très 60s et profondément marqué par l’énergie punk de leur époque. Leur importance tient moins à une discographie parfaitement stable qu’à une idée très cohérente : celle d’un rock qui refuse la sophistication et préfère l’impact immédiat, presque brut, du geste musical.
O Veux
Au début des années 80, dans la frange flamande de la Belgique, certains groupes semblent naître moins d’une ambition musicale que d’un réflexe de survie contre l’ennui. O Veux fait partie de ceux-là. Formé à Hasselt par quatre musiciens autodidactes, le groupe s’inscrit dès le départ dans une logique très DIY où la compétence technique compte moins que la nécessité de faire du son, quitte à ce qu’il soit rugueux, instable, presque accidentel.
Leur premier 7 pouces, Akinai en 1982, condense cette énergie brute. On y entend déjà ce mélange très particulier de minimalisme post-punk et de tension quasi physique, comme si chaque morceau cherchait moins à “tenir debout” qu’à tester ses propres limites. C’est un disque de friction plus que de forme, où la maladresse devient un langage et où le groove est toujours sur le point de se fissurer.
Mais réduire O Veux à ce seul instant serait passer à côté de ce qui fait leur singularité : une trajectoire courte, mouvante, presque insaisissable, qui va très vite s’éloigner des cadres initiaux du post-punk pour aller vers quelque chose de plus instable encore. Dès la période suivante, le groupe glisse vers des formes plus déstructurées, intégrant des éléments de funk désossé, de rythmiques cassées et d’expérimentation scénique assez radicale. Les morceaux deviennent plus nerveux, plus abrasifs, parfois proches d’une forme de no wave européenne déviée, où la notion même de “chanson” commence à se dissoudre.
Cette évolution trouve une première traduction concrète dans des enregistrements qui circulent de manière plus confidentielle, puis dans des sorties ultérieures qui élargissent leur spectre sonore. Le groupe enregistre, publie de façon fragmentaire, change de configuration, et adopte progressivement une logique moins centrée sur le disque que sur l’instant, la performance et l’instabilité du line-up. C’est une période où O Veux ne se fixe plus vraiment : la musique devient un terrain d’essai permanent, parfois proche de l’auto-sabotage, mais toujours traversé par une énergie très physique.
Après la première phase 1980–1986, O Veux disparaît progressivement des radars. Comme beaucoup de groupes de cette scène belge, ils entrent dans une sorte de zone grise où leur discographie devient difficile à suivre, fragmentée, partiellement oubliée. Leur statut devient celui d’un groupe “de marge”, redécouvert plus tard à travers des rééditions et compilations qui remettent en circulation leurs enregistrements de jeunesse et leurs sessions plus tardives.
C’est précisément ce mouvement de redécouverte qui va préparer leur retour. À partir des années 2010, puis surtout avec les rééditions et compilations archivistiques regroupant leurs enregistrements de 1981 à 1986, l’intérêt pour O Veux se ravive, notamment auprès des amateurs de post-punk, de no wave et de scènes DIY européennes. Ces éditions remettent en lumière un corpus plus large que le seul Akinai, révélant un groupe bien plus mouvant et prolifique qu’on ne l’imaginait.
Dans ce contexte, O Veux finit par se reformer à la fin des années 2010, autour d’une partie des membres historiques, avec une logique qui n’est plus celle d’un “retour classique” mais plutôt celle d’une relecture active de leur propre matière. Cette reformation ne cherche pas à reproduire le passé mais à le réactiver : rejouer certaines dynamiques, remettre en circulation des morceaux anciens, et surtout prolonger une approche toujours fondée sur l’expérimentation et la liberté de forme.
Ce qui rend cette deuxième vie intéressante, c’est qu’elle ne transforme pas le groupe en relique. Au contraire, O Veux reste fidèle à cette idée initiale assez radicale : la musique comme terrain instable, collectif, parfois désaccordé, où l’accident fait partie du processus. Le temps a changé, les contextes aussi, mais la logique de départ — faire du son avec les moyens du bord, sans chercher à lisser — reste étonnamment intacte.
Au final, O Veux apparaît comme l’un de ces groupes dont l’importance ne tient pas à une discographie parfaitement lisible, mais à une continuité de geste. De Akinai aux archives rééditées, puis jusqu’à leur reformation tardive, tout semble traversé par la même idée : ne jamais stabiliser la forme, et laisser la musique rester un espace de déséquilibre permanent.
L'autre face du single de Spermicide
Voici le scandaleux "Femme Prothèse", l'autre face du single de Spermicide sorti en 1980 !
Splassh
Formé à Rennes en 1982, Splassh fait partie de ces groupes de la scène bretonne des années 80 qui ont beaucoup joué, beaucoup tenté, mais dont la trace discographique reste aujourd’hui étonnamment discrète. Entre post-punk, new wave et rock alternatif, le groupe aura pourtant un parcours assez représentatif de cette période : des répétitions acharnées, des premières parties remarquées, les festivals bretons, les Trans Musicales, un passage par l’Angleterre et un 45 tours à la clé.
À l’origine de Splassh, on retrouve des musiciens déjà actifs dans la scène rennaise. Loïc Briard, bassiste, avait auparavant participé à Elect Schlafen puis à Printemps Noir, tout comme Jean-Claude Herry, qui prend la batterie. Pascal Goarant complète alors la première formation à la basse et au chant. Après plusieurs mois de répétitions durant l’hiver 1982-1983, le groupe donne son premier concert en mai 1983 à Brest, en première partie de Marc Seberg à la salle Stella.
La même année, Splassh commence à se faire remarquer. Le groupe participe en août 1983 au festival de Ploubalay aux côtés de formations comme Kalashnikov, Semblant Décors, End of Data, Cliché ou Nautilus. Cette prestation leur permet de remporter un tremplin et d’obtenir l’opportunité d’enregistrer quatre titres en Angleterre. Les morceaux sont mixés par J.P. Boyer et donnent naissance en février 1984 à un 45 tours dont « Working » est le titre le plus connu.
Ce single, aujourd’hui difficile à trouver, constitue la principale trace discographique du groupe. « Working » sera notamment repris sur la compilation Rok #1 1964-1989 : Rock en Bretagne, qui permet de redécouvrir une partie de cette scène bretonne indépendante souvent restée dans l’ombre.
Après cette première période, Pascal Goarant quitte le groupe. En septembre 1984, Splassh accueille Jean-Luc Briand, ancien membre de Mécarythme, au chant. Le trio poursuit alors son activité et donne plusieurs concerts jusqu’en janvier 1986.
Le groupe évolue ensuite avec l’arrivée du saxophoniste Patrick Chupin et de la claviériste Claude Gorophal, ancienne membre de Complot Bronswick. Cette nouvelle formation élargit le son de Splassh et lui permet de continuer à circuler dans les réseaux rock de l’époque. Le groupe participe notamment au Festival Elixir en juillet 1986, aux Trans Musicales la même année, puis joue à Londres en janvier 1987 avant de passer par le Festival de Bourges en avril.
En 1987, Splassh partage également l’affiche avec des groupes comme Bout’siders et Carmel, puis retourne en studio à l’UBU à Rennes pour enregistrer une maquette de quatre titres destinée à trouver une maison de disques. Le projet n’aboutira finalement pas et le groupe se sépare en octobre 1988.
À l’image de nombreuses formations de la scène alternative française des années 80, Splassh aura existé dans un entre-deux : suffisamment actif pour laisser des souvenirs auprès de ceux qui les ont vus sur scène, mais trop peu documenté pour entrer durablement dans l’histoire officielle. Leur 45 tours « Working » reste aujourd’hui le témoignage d’une époque où Rennes bouillonnait de groupes, de salles, de festivals et d’envies d’ailleurs.
Salle Attente
Nouvel extrait de "Six Balles... Pour Un Colt" de Raff (sorti en 1986), voici "Sale Attente" !
Je vous hais
En plus d'un single, Spermicide a sorti un titre sur une obscure compilation belge. Quelque part entre Panik et Oberkampf !
La face B de l'unique single de Quadrascope
Voici "Love Times Love" la face B de l'unique single de Quadrascope. Autant la face A peut porter à confusion. La personne qui chante a un accent anglais parfait. Autant, cette face B est clairement chantée par un français. Qui, malgré un bel effort, ne peut pas cacher ses origines...
Spermicide
Formé en 1977, Spermicide est un groupe bruxellois qui disparaît dès 1980 après quelques années d’activité. Dans une interview publiée dans le fanzine Symphonie Urbaine en novembre 1984, Eric, guitariste et chanteur du groupe, revient sur cette période. Il explique que Spermicide a connu plusieurs changements de musiciens, mais qu’il est resté le seul membre présent du début à la fin. La dernière formation réunissait Eric à la guitare et au chant, Paul à la batterie et Chris à la basse et au chant.
Le groupe laisse derrière lui un unique témoignage discographique : un 45 tours enregistré en 1980. La pièce maîtresse en est « Belgique (Putain Frigide) », un titre qui résume à lui seul l’approche provocatrice du groupe. Le morceau, critique et frontal, aurait été censuré, ce qui ajoute encore au caractère sulfureux de cette petite production indépendante. À une époque où le punk belge se construit souvent dans l’urgence, avec peu de moyens et beaucoup d’énergie, Spermicide choisit une expression en français, loin de l’anglais alors dominant dans le rock.
Dans l’interview, Eric revient sur la fin du groupe avec une certaine distance. Pour lui, Spermicide correspond à une époque précise : « Spermicide, c’est une époque », explique-t-il. Le groupe aurait acquis une réputation importante dans le milieu underground, au point d’être parfois refusé dans certaines salles. L’arrivée de la new wave et les changements de la scène musicale auraient également contribué à rendre cette aventure moins pertinente pour ses membres.
Après Spermicide, Eric fonde Neo Arya, une nouvelle formation dans laquelle il poursuit une recherche musicale différente. Dans les pages de Symphonie Urbaine, il décrit son approche comme du « néo-rock » et revendique une écriture en français, considérant que la langue maternelle permet de mieux transmettre les idées et les sensations. Ses propos témoignent d’une volonté de dépasser le simple cadre punk pour aller vers quelque chose de plus personnel, plus expérimental, même si l’énergie des débuts reste présente.
Le nom de Spermicide a parfois été entouré de récits contradictoires, certains insistant sur une dimension politique ou provocatrice liée aux milieux alternatifs bruxellois. Mais les rares documents disponibles montrent surtout un groupe qui cherchait à exister en dehors des circuits habituels, avec une identité propre et une volonté de ne pas rentrer dans les cases.
Aujourd’hui, le 45 tours de Spermicide reste l’un de ces petits objets qui permettent de comprendre la richesse de la scène belge de la fin des années 70. Un disque court, une carrière brève, mais une trace suffisamment forte pour réapparaître quarante ans plus tard dans les archives des collectionneurs et des passionnés de cette période. Comme beaucoup de groupes punk de l’époque, Spermicide n’a pas construit une longue histoire : il a capturé un moment précis, celui d’une Belgique qui cherchait elle aussi son propre son.


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