Living Colour

À la fin des années 80, Living Colour arrive de New York avec une drôle de façon de faire du rock. Pas vraiment hard rock, pas vraiment funk, pas vraiment punk, pas vraiment metal, pas vraiment jazz et certainement pas assez sage pour entrer dans une seule case. Derrière ce mélange, on trouve le guitariste Vernon Reid, musicien de la scène expérimentale new-yorkaise et l'un des fondateurs de la Black Rock Coalition, Corey Glover au chant, Muzz Skillings à la basse et Will Calhoun à la batterie. Un groupe qui, à une époque où le rock grand public reste largement dominé par des musiciens blancs, va rapidement se retrouver sous les projecteurs.
 
Formé en 1984, Living Colour se fait d'abord les dents dans les clubs new-yorkais, notamment au CBGB's. C'est là que le groupe développe ce son difficile à définir qui deviendra sa marque de fabrique : des riffs lourds, une section rythmique très funk, des influences jazz, des accélérations punk, quelques incursions dans le rap et une bonne dose d'expérimentation. Le groupe attire finalement l'attention de Mick Jagger, qui assiste à plusieurs de leurs concerts. Il produit une première démo et contribue à leur permettre de signer chez Epic.
 
Le premier album, Vivid, paraît en 1988 et va transformer un groupe de clubs new-yorkais en phénomène national. L'album mélange hard rock, funk, metal, soul, punk, reggae et hip-hop sans avoir l'air de demander la permission à qui que ce soit. Mick Jagger participe d'ailleurs au disque, notamment aux chœurs et à l'harmonica. Mais c'est surtout Cult of Personality qui va faire entrer Living Colour dans une autre dimension. Avec son énorme riff de guitare, son groove élastique et le chant de Corey Glover, le morceau devient un succès et atteint la 13e place du Billboard Hot 100. Il remportera même le Grammy de la meilleure performance hard rock.
 
Cult of Personality ne doit pourtant pas faire oublier le reste du disque. Open Letter (To a Landlord) évoque notamment les rapports de classe et les conditions de vie dans les quartiers new-yorkais, Funny Vibe s'attaque frontalement au racisme, tandis que Glamour Boys, Middle Man ou Which Way to America? montrent un groupe beaucoup moins intéressé par les conventions du hard rock que par la possibilité de faire passer ses idées à travers une musique constamment en mouvement. Leur reprise de Memories Can't Wait des Talking Heads rappelle également que leurs racines se trouvent autant dans la scène alternative new-yorkaise que dans le rock lourd.
 
Le succès de Living Colour est d'autant plus remarquable que le groupe apparaît dans un univers où les musiciens noirs restent largement cantonnés, dans l'industrie musicale, au funk, à la soul, au R&B ou au hip-hop. Vernon Reid connaît parfaitement cette situation. La Black Rock Coalition, qu'il contribue à créer, cherche justement à soutenir les artistes noirs évoluant dans des musiques comme le rock, le punk, le jazz expérimental ou le metal. Living Colour devient alors, malgré lui ou presque, une sorte de démonstration grandeur nature de l'absurdité des frontières musicales.
 
Time's Up, en 1990, confirme que Vivid n'était pas un accident. Le deuxième album pousse encore plus loin le mélange des genres et permet au groupe de décrocher un nouveau Grammy. Living Colour participe également à la première tournée Lollapalooza en 1991, aux côtés de plusieurs formations qui incarnent alors le renouvellement du rock américain. En 1993, Stain propose une version plus sombre et agressive du groupe, avant une première séparation en 1995.
 
Living Colour se reformera finalement en 2000 et poursuivra son histoire avec Doug Wimbish à la basse, celui-ci ayant remplacé Muzz Skillings. Collideøscope sort en 2003, suivi de The Chair in the Doorway en 2009 puis de Shade en 2017. Vernon Reid, Corey Glover et Will Calhoun sont toujours au cœur de cette formation qui n'a jamais vraiment accepté l'idée qu'il fallait choisir entre le rock, le funk, le jazz, le punk ou le hip-hop.
 
Avec Living Colour, le plus intéressant n'est donc peut-être pas Cult of Personality, pourtant devenu leur morceau emblématique, mais la manière dont le groupe a réussi à transformer tout ce qui l'entourait en matière première. À la fin des années 80, alors que chacun semblait encore devoir choisir son rayon dans le grand supermarché des genres musicaux, Living Colour avait simplement décidé de prendre le chariot entier.
 

L'autre face de Carol

 Voici "So Low" l'autre face du single de Carol sorti en 1981 !
 

Le single de Metro

Ici, on pourra télécharger en mp3 le maxi-single 3 titres des espagnols de Metro sorti en 1984 !

The Dance All Of The Dead

 Nouvel extrait du long des David Vincent : "Ourouni" sorti chez New Rose en 1990 !
 

Carol

Il n’y a presque rien à raconter sur Carol, et c’est probablement ce qui rend ce 45 tours aussi intriguant. En 1981 ou 1982 selon les sources, un disque apparaît en Belgique avec deux titres, « Breakdown » et « So Low ». Pas de biographie détaillée, pas de carrière discographique à rallonge, pas de photos permettant vraiment de mettre un visage sur le nom. Juste ces deux morceaux et une atmosphère particulièrement étrange.
 
Derrière Carol se trouve notamment Micky Mike, pseudonyme de Marcel Thiel, musicien de l’underground belge qui deviendra plus tard beaucoup plus connu sous le nom de Snowy Red. Ici, il délaisse en partie l’énergie punk pour bricoler une musique électronique minimale, froide et dépouillée. Carol assure le chant tandis que Micky Mike s’occupe des machines. Le résultat tient davantage de l’expérimentation que de la chanson pop traditionnelle.
 
« Breakdown », placé en face A, repose sur une rythmique sèche et une électronique rudimentaire, avec cette sensation très particulière des premiers enregistrements minimal synth : peu de moyens, peu d’éléments, mais suffisamment d’espace entre eux pour que chaque son prenne de l’importance. « So Low », en face B, pousse encore plus loin cette économie de moyens. Le morceau est plus lent, plus sombre, presque immobile, et la voix de Carol semble flotter au-dessus d’une mécanique électronique réduite à l’essentiel.
 
Le disque appartient à cette période fascinante où certains musiciens issus du punk et de la new wave commencent à utiliser les synthétiseurs, les boîtes à rythmes et les premiers équipements électroniques accessibles pour fabriquer une musique qui ne ressemble pas encore vraiment à ce que l’on appellera plus tard le minimal synth. En Belgique, cette scène va progressivement devenir particulièrement active, mais Carol reste un projet à part, pratiquement sans lendemain.
 
C’est surtout « So Low » qui va finir par attirer l’attention des collectionneurs et des amateurs de musiques électroniques obscures. Le morceau réapparaît au fil des années dans des sélections consacrées à la cold wave et au minimal synth, tandis que le 45 tours original devient difficile à trouver. Le peu d’informations disponibles autour de Carol ne fait qu’ajouter au charme de l’affaire : qui était réellement Carol, comment le projet est-il né et pourquoi s’est-il arrêté après ces deux titres ? Les réponses restent difficiles à trouver.
 
Il faudra attendre 2016 pour que Weyrd Son Records, label bruxellois particulièrement attentif aux recoins oubliés de la musique électronique belge, réédite « Breakdown / So Low ». Plus de trente ans après sa sortie supposée, le disque peut enfin être redécouvert par un nouveau public.
 
Carol fait ainsi partie de ces petits objets musicaux qui semblent avoir été enregistrés presque en dehors de leur époque. Deux morceaux, une poignée de musiciens, très peu d’informations et une musique qui, plusieurs décennies plus tard, continue de sonner aussi dépouillée qu’étrange. Dans le grand inventaire de l’underground belge du début des années 80, « Breakdown / So Low » est une petite anomalie. Et comme souvent avec les anomalies, on a davantage envie de l’écouter que de chercher à tout expliquer.
 

Girls

Nouvel extrait du long des formidables Bonaparte's "Welcome To The Isle Of Dogs" sorti en 1986.
 

Dans La Nuit

Voici l'autre face du single de Après Demain qui comme son nom ne l'indique pas vient de la Finlande. Ce single sorti en 1983 est une franche réussite.
 

Un docu sur les Rois Fénéants (datant de 1984)

Das Kabinette

En 1983, trois étudiants du Blackpool Art College réunis sous le nom de Das Kabinette publient un étrange 45 tours qui semble tout droit sorti d'un autre temps. « The Cabinet » n'est pourtant pas un disque oublié parmi tant d'autres : avec sa boîte à rythmes sèche, ses synthétiseurs, ses guitares et son atmosphère inquiétante, le morceau possède cette drôle de capacité à paraître à la fois très daté et étonnamment moderne.
 
L'histoire de Das Kabinette commence quelques années plus tôt, en 1981, à Blackpool. Michael Hall, David Bracher et Craig Hemmings étudient alors tous les trois au Blackpool Art College. Ils partagent un appartement étudiant qui devient rapidement leur laboratoire musical. Pas besoin d'un véritable studio : quelques synthétiseurs, des guitares, une boîte à rythmes et du matériel d'enregistrement suffisent pour commencer à bricoler une musique qui navigue entre post-punk, new wave, minimal synth et rock électronique.
 
Michael Hall assure le chant et les synthétiseurs, David Bracher joue de la guitare et de la basse tandis que Craig Hemmings participe aux parties électroniques. Leur musique doit beaucoup à l'esthétique et à l'imaginaire du cinéma expressionniste allemand. Le nom Das Kabinette fait évidemment référence au « Cabinet du docteur Caligari », le film réalisé par Robert Wiene en 1920, et c'est précisément cet univers qui va servir de point de départ à leur morceau le plus connu.

« The Cabinet » raconte à sa manière l'histoire de Caligari et de Cesare, son mystérieux somnambule. Musicalement, le morceau n'a pourtant rien d'une reconstitution de musique de film muet. La boîte à rythmes donne une pulsation mécanique, les synthétiseurs installent une ambiance froide et les guitares apportent une dimension plus rock. Le résultat se situe quelque part entre minimal wave, post-punk et synth-pop primitive, avec cette économie de moyens qui caractérise une bonne partie des productions indépendantes britanniques du début des années 1980.

Le single est enregistré en 1983 au Sunset Sound Studios avec « Fudge It » sur la face B. Ce dernier est en fait une nouvelle version du morceau. Das Kabinette choisit de ne pas passer par une maison de disques et publie le 45 tours sur son propre label, Klosette Records. Environ 500 exemplaires sont pressés. David Bracher réalise la pochette, tandis que sa femme Sara apparaît sur la photographie dans le rôle de Jane. Michael Hall y incarne Cesare. Le groupe se charge pratiquement de tout, jusqu'au pressage des disques.
 
Avec un tirage aussi limité, le disque aurait pu rester un simple souvenir de quelques étudiants de Blackpool. Pourtant, « The Cabinet » connaît une petite vie radiophonique et passe notamment sur BBC Radio 1. Le morceau circule suffisamment pour acquérir une réputation de titre culte auprès des amateurs de musiques électroniques et de post-punk les plus curieux.

Das Kabinette poursuit ses activités pendant quelques années et enregistre d'autres morceaux, mais le groupe reste une affaire relativement confidentielle. Il faudra attendre beaucoup plus tard pour que son histoire intéresse à nouveau les collectionneurs et les amateurs de minimal wave. En 2008, le label Minimal Wave retrouve le groupe et publie Spy Thriller, une compilation qui rassemble les deux titres du 45 tours ainsi qu'une série d'enregistrements restés inédits. On y découvre notamment « Passionkiller », « Something's On Your Mind », « Next In Line », « The Evil Of His Kiss » ou encore « Spy Thriller », qui permettent de constater que Das Kabinette ne se résumait pas à son morceau le plus célèbre.

« The Cabinet » réapparaît également en 2010 sur The Minimal Wave Tapes: Volume 1, compilation consacrée aux productions électroniques obscures des années 1970 et 1980. Ce qui n'était à l'origine qu'un petit 45 tours autoproduit à 500 exemplaires se retrouve ainsi présenté à une nouvelle génération d'auditeurs.
 
Il y a quelque chose d'assez logique dans cette trajectoire. Das Kabinette était précisément le genre de groupe que les années 1980 pouvaient facilement laisser derrière elles : trois étudiants d'une école d'art, quelques machines, un goût pour les films expressionnistes et un disque fabriqué presque entièrement par eux-mêmes. « The Cabinet » n'avait pas besoin de beaucoup plus pour exister.
 
Aujourd'hui, le morceau conserve une efficacité assez particulière. Sa production minimale, sa boîte à rythmes sans fioritures et ses synthétiseurs ont évidemment pris quelques rides, mais l'ensemble garde une vraie étrangeté. Et c'est peut-être ce qui fait encore son intérêt : trois étudiants de Blackpool qui, au début des années 1980, décident de transformer le docteur Caligari en morceau de post-punk électronique. Pour un 45 tours pressé à 500 exemplaires, ce n'est déjà pas si mal.
 

Le single des Félés

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single des Félés sorti en 1978 !  


 

Après Demain

Après Demain se forme en 1981 à Oulu, dans le nord de la Finlande. Le groupe ne publiera qu’un disque avant de disparaître, mais ce disque suffit à rendre son passage dans la scène underground finlandaise particulièrement intéressant.
 
Après Demain est né dans le petit milieu punk et alternatif d’Oulu. Jukka Kangas et le premier batteur Jari « Löllö » Lehtonen avaient auparavant joué dans Raaka Voima, l’un des premiers groupes punk de la ville, tandis que plusieurs futurs membres avaient également participé à Xböö, formation plus expérimentale. Le groupe réunit alors Päivi Marlene au chant, Jukka Kangas à la guitare, Jarno Mällinen à l’orgue, Jyrki Raatikainen à la batterie et Jukka Turunen à la basse.
 
Le nom du groupe est français. Jukka Turunen l’aurait trouvé dans un dictionnaire, à une époque où ses goûts l’amenaient notamment vers l’existentialisme français, la poésie belge et Bryan Ferry. Les influences musicales d’Après Demain sont cependant nettement plus larges : Iggy Pop, Joy Division, Roxy Music et le Velvet Underground côtoient le funk, la soul et les musiques issues de la no wave.
 
Cette combinaison donne au groupe une personnalité assez singulière. « Arpakuutio », leur morceau le plus connu, avance sur une rythmique sèche et nerveuse, accompagnée par un orgue répétitif et un chant qui tient parfois davantage de la déclamation que de la chanson traditionnelle. Le morceau possède quelque chose de froid et de mécanique, alors même que le groupe n’est pas constitué autour d’une instrumentation électronique. Le producteur Jimi Sumén souhaitait au départ orienter Après Demain vers un son influencé par le funk de Nile Rodgers. La production finit pourtant par prendre une direction beaucoup plus anguleuse, en phase avec les sonorités new wave et post-punk du début des années 80.
 
Le seul 45 tours du groupe paraît finalement en 1983 chez Johanna, sous la référence JHNS 542. « Arpakuutio » occupe la face A, tandis que « Dans la nuit » figure au verso. Le contraste entre les deux titres est déjà assez amusant : le premier porte un titre finnois, le second un titre français. « Dans la nuit » confirme d’ailleurs l'attachement assez particulier du groupe à la langue française et propose une ambiance plus nocturne et détachée, portée par la voix très particulière de Päivi Marlene.
 
Avant d'en arriver à ce 45 tours, Après Demain avait enregistré plusieurs morceaux destinés à un EP de quatre titres baptisé Passages. Le projet ne verra finalement pas le jour chez Mirror, mais une démo diffusée à la radio attire l’attention du label Johanna, qui décide de publier le single. La carrière du groupe sera pourtant extrêmement courte. Après la sortie du disque, Après Demain ne donnera que deux concerts, l’un à Oulu et l’autre à Helsinki. Päivi Marlene finit par se lasser de l’aventure et le groupe se sépare.
 
L’histoire aurait pu s’arrêter là, comme celle de nombreux groupes obscurs ayant publié un unique 45 tours au début des années 80. Mais plusieurs membres d’Après Demain poursuivront ensuite leur route dans la scène alternative finlandaise. Jarno Mällinen, Jyrki Raatikainen et Jukka Kangas joueront notamment dans Kansanturvamusiikkikomissio puis dans Radiopuhelimet, tandis que Jukka Turunen deviendra l’un des membres fondateurs d’Electric Blue Peggy Sue and the Revolutionions from Mars.
 
Reste ce petit 45 tours de 1983, témoignage d’une scène d’Oulu qui ne demandait manifestement qu’à sortir de son isolement. « Arpakuutio » et « Dans la nuit » n’ont pas grand-chose d’un disque parfaitement formaté pour les radios de l’époque. On y trouve au contraire cette curieuse collision entre punk, post-punk, funk, new wave et chanson française qui rend les productions underground du début des années 80 aussi imprévisibles. Après Demain aura existé à peine deux ans, n’aura joué que deux fois après la sortie de son disque et aura laissé derrière lui un seul 45 tours. Finalement, c’était peut-être largement suffisant.
 

Schaffe

 Dernier extrait de l'e.p. de Nilp sorti en  1982 voici "Schaffe".
 

Loquillo dans Nineteen n°12 (Octobre 1984)

On connait mon amour inconditionnel pour l'espingouin Loquillo. Cet article explique parfaitement bien ce qui rend Loquillo unique depuis ses débuts. Car malgré une très grand ouverture d'esprit (qui lui permettra de faire - entre autre - du rockab' roots ou du punk mettaleux) Loquillo est un vrai rocker. Et dans son cas, ce n'est pas une posture ! 

Listen To Him

Voici le flip side de l'unique single des Pop Models sorti en 1984, voici le très bon : "Listen To Him (Baby She Loves You)".
 

Patriote

 3e sélection extraite de l'e.p. des suisses de Nilp, voici "Patriote" en français dans le texte ! 
 

Le 1er single de Frakture

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single de Frakture sorti en 1980.


 

Pop Models dans EL F.A.A. Zine (Septembre 1984)

 


The Pop Models

En 1984, à Nantes, un groupe décide de changer de nom pour un 45 tours. Pas vraiment de quoi bouleverser l’histoire du rock français, sauf que derrière The Pop Models se cachent les musiciens de Ticket, une formation qui, depuis la fin des années 70, fait partie de cette nébuleuse nantaise où se croisent power pop, rock, mod et new wave. Le disque s’appelle « King Of Love » et, sous ses airs de petite production oubliée, il raconte finalement pas mal de choses sur cette scène.
 
Ticket s’était formé à Nantes en 1979 et avait déjà quelques 45 tours à son actif lorsque apparaît le nom de The Pop Models. L’expérience ne durera pas bien longtemps puisque « King Of Love » semble être l’unique disque publié sous cette appellation. Une parenthèse dans l’histoire de Ticket, donc, mais une parenthèse suffisamment particulière pour mériter qu’on s’y arrête.
 
Musicalement, on reste dans le territoire de la power pop, avec cette façon bien particulière de transformer l’énergie du rock en chansons courtes, mélodiques et immédiatement efficaces. Mais The Pop Models accentue le côté pop et mod de Ticket, notamment avec la présence de chœurs féminins. Les « Gaufrettes », deux choristes, viennent ainsi compléter la formation, donnant au morceau une couleur qui le distingue des productions précédentes du groupe.
 
Le disque paraît sur Surfin' Bird Records, petit label nantais qui s’intéresse alors à cette scène locale et publie en 1985 l’album de Ticket. « King Of Love » porte le numéro BIRD 0003 et constitue aujourd’hui l’un de ces 45 tours dont l’existence est relativement facile à retrouver dans les discographies, mais beaucoup moins facile à vérifier en posant réellement le disque sur une platine.
 
Derrière la production, on retrouve Jean-William Thoury, figure bien connue du rock français, notamment pour son travail avec Bijou. Thoury accompagne alors plusieurs groupes de cette génération et son nom apparaît également sur l’album de Ticket publié l’année suivante. L’association avec The Pop Models n’est donc pas vraiment un hasard : la petite scène power pop française du début des années 80 fonctionne encore beaucoup par réseaux, rencontres et labels minuscules.
 
Et puis il y a les musiciens. Parmi eux, Luc Boisseau, qui poursuivra ensuite son parcours avec les Bookmakers avant de rejoindre Elmer Food Beat. Le futur d’une partie de la scène nantaise se trouve donc déjà en filigrane sur ce petit 45 tours de 1984. Quelques années plus tard, certains de ces musiciens connaîtront une tout autre exposition avec Elmer Food Beat, mais « King Of Love » appartient à une époque où les groupes peuvent encore sortir un disque confidentiel sur un petit label, jouer dans le circuit local et disparaître presque aussitôt des radars.
 
C’est probablement ce qui rend The Pop Models intéressant aujourd’hui. Le groupe n’a pas laissé une discographie abondante, ni une longue carrière sous ce nom. Un seul 45 tours et puis retour à Ticket. Pas de quoi remplir une étagère, mais largement assez pour intéresser ceux qui aiment fouiller dans les marges de l’histoire du rock français.
 
« King Of Love » est surtout un petit témoignage de la scène nantaise du début des années 80, à une époque où le punk avait déjà fait exploser les codes et où la power pop, le mod revival et la new wave alimentaient quantité de groupes français. Nantes n’était évidemment pas en reste. Ticket, The Pop Models, les Bookmakers et, un peu plus tard, Elmer Food Beat appartiennent à cette même histoire locale, avec des passerelles entre les groupes et les musiciens.
 
The Pop Models aura donc eu une existence aussi brève que son nom était ambitieux. Un « King Of Love », deux faces de vinyle, quelques musiciens nantais et un label confidentiel. Puis le nom disparaît. Reste ce drôle de 45 tours, suffisamment rare pour intriguer les collectionneurs et suffisamment bon pour rappeler qu’entre deux groupes connus, il existe toujours quelques disques qui n’ont jamais vraiment demandé leur avis à l’histoire.
 
Et parfois, c’est précisément pour ça qu’on a envie de les écouter.
 

Wuet

Je me suis demandé ce que voulait dire "Wuet" mais je n'ai pas vraiment trouvé de traduction. Etrange. Voici une 3e sélection extraite de l'e.p. de Nilp sorti en 1982.
 

Love Me Tendre

Toujours sympa une bonne reprise du king en mode rock français. Raff ne s'est pas démonté avec son adaptation très personnelle du tube inoxydable : "Love Me Tender". Un grand moment de cet album sorti en 1986.
 

Kleptoman

Voici, sans doute, la chanson la plus connue de Nilp qui figure sur "Definitiv Zürich 1976–1986".
 

Nilp

Nilp est un groupe de rock suisse originaire de Zurich, formé à la fin des années 1970 autour de Boni Koller. Resté relativement discret en dehors de la Suisse, le groupe laisse pourtant deux excellents 7 pouces publiés en 1982, aujourd'hui recherchés par les amateurs de punk et de rock indépendant helvétique. Ces deux disques témoignent d'une scène zurichoise particulièrement inventive où l'autoproduction tenait davantage de la nécessité que de la stratégie.
 
Le groupe est fondé en 1978 par Boni Koller, alors âgé de seulement 17 ans. Quelques années plus tard, il deviendra une figure importante de la musique suisse avec Baby Jail, mais Nilp constitue sa toute première véritable aventure musicale. À ses débuts, le groupe répète avec un matériel de récupération et notamment un amplificateur provenant d'un ancien duo de musique de divertissement. Avec ses quatre entrées, il doit accueillir à la fois les micros, la guitare et l'orgue Farfisa. Une installation rudimentaire qui résume assez bien l'esprit des débuts de Nilp.
 
Le groupe commence par jouer dans des fêtes scolaires avant de se produire dans différents lieux alternatifs de Zurich et de sa région, notamment à la célèbre Rote Fabrik. Nous sommes alors en pleine effervescence de la scène punk suisse. Des groupes comme Kleenex, Nasal Boys, Sperma ou Hertz inventent une identité propre, souvent éloignée des modèles britanniques, avec une forte culture locale et une grande liberté dans la manière d'aborder le rock.
 
Nilp s'inscrit pleinement dans ce mouvement tout en développant une personnalité assez singulière. Leur musique est généralement décrite comme un mélange de punk, de rock minimal et de cabaret, avec une bonne dose d'humour et des textes interprétés en suisse allemand, plus précisément dans le dialecte zurichois. Cette utilisation de la langue locale donne au groupe une couleur très particulière, loin des clichés du punk anglo-saxon.
 
Le premier disque, Gift, est enregistré le 1er décembre 1981 avant de paraître en 1982 sous la forme d'un 7 pouces autoproduit. Il contient quatre morceaux : « Gift », « Wuet », « Patriote » et « Schaffe ». Le pressage est limité à 500 exemplaires. Faute d'argent pour faire imprimer de véritables pochettes, les membres du groupe achètent simplement des pochettes blanches qu'ils peignent eux-mêmes. Chaque exemplaire possède donc sa propre décoration et devient pratiquement unique. Cette fabrication artisanale fait aujourd'hui partie du charme de ce disque devenu emblématique de l'esprit DIY de la scène suisse.
 
Quelques mois plus tard paraît Mode, second 7 pouces du groupe. Celui-ci contient cinq titres : « Tuntschi », « Schponti », « Klöti », « Mode » et « Nilpferd ». Le disque sort sur Nilpferd Records, le propre label du groupe. Si Gift respirait encore l'urgence des débuts, Mode montre déjà une formation plus affirmée, toujours fidèle à cette alliance entre énergie punk, claviers Farfisa et sens du décalage qui caractérise Nilp.
 
L'histoire de ce deuxième disque possède elle aussi son anecdote. Les vinyles sont fabriqués en Italie puis ramenés en Suisse par les membres du groupe eux-mêmes. Les pochettes transparentes accueillent des feuilles photocopiées contenant les paroles. Malheureusement, avec le temps, l'encre de certaines photocopies finit par adhérer directement au vinyle, provoquant parfois des dégâts irréversibles sur les disques. Une erreur de fabrication que Boni Koller évoquera plus tard avec beaucoup d'autodérision.
 
Nilp poursuit son activité jusqu'en 1983 avant de se séparer. Peu avant la fin du groupe, une session est enregistrée dans les studios de la radio suisse DRS2, d'où est issu le morceau « Kleptoman ». Cette chanson sera finalement publiée en 1986 sur la compilation Definitiv Zürich 1976–1986, un disque essentiel consacré à la scène underground zurichoise et sur lequel Nilp côtoie des artistes comme Kleenex, Liliput, Yello, Sperma, Putsch, Platza ou encore Stephan Eicher.
 
Après Nilp, Boni Koller poursuivra sa route avec Baby Jail, groupe qui connaîtra un succès bien plus important durant les années 1980 et 1990. On retrouve pourtant déjà dans Nilp plusieurs éléments qui feront la personnalité de ses projets suivants : le goût pour les mélodies simples, l'humour, l'observation du quotidien et cette manière très suisse de faire cohabiter rock, chanson populaire et irrévérence.
 
Avec seulement deux disques publiés en 1982, Nilp n'aura laissé qu'une petite discographie. Mais ces deux 7 pouces racontent parfaitement une époque où quelques musiciens, beaucoup d'envie et une poignée de moyens suffisaient pour fabriquer des disques devenus, quarante ans plus tard, de véritables témoins de la richesse de la scène punk suisse.

 

Pourquoi maintenant ?

Nouvel extrait du long des Privés sorti en 1987 sur Closer ! 
 

Le rock français des années 80 et l'approche "Do It Yourself"

Il m'arrive parfois d'utiliser une IA pour m'aider à rédiger des contenus. L'IA est également un précieux outil pour faire des recherches. Bref, j'utilise les outils d'aujourd'hui, histoire, également, d'aller plus vite. Croyez-moi une trentaine de posts par mois depuis 10 ans, c'est beaucoup. Anyway, j'ai testé une nouvelle ia développée par Stanford (mes chouchoux inventeurs du Design Thinking). Un truc qui s'appelle Storm. Et voici le résultat, plutôt cool. J'ai traduis et retravaillé. J'ai laissé certaines ref' (Magma, wtf ?). Au final, on dirait l'ébauche d'une thèse. 

Dans les années 1980, alors que le paysage musical français reste largement dominé par les grandes maisons de disques, les radios nationales et quelques figures incontournables de la variété ou du rock grand public, une autre scène se développe dans l'ombre. Dispersée sur l'ensemble du territoire, portée par des passionnés davantage que par des professionnels de l'industrie, elle s'organise autour d'un principe simple : faire soi-même. Inspirée par l'explosion punk britannique de la fin des années 1970, par le hardcore américain naissant et par l'ensemble des cultures underground européennes, cette scène adopte ce que l'on appelle alors le « Do It Yourself » ou DIY. Plus qu'une méthode de travail, il s'agit d'une véritable philosophie fondée sur l'autonomie, l'expérimentation et le refus des modèles dominants.
Le DIY français ne se résume pas à quelques groupes isolés enregistrant des démos dans leur garage. Il constitue un écosystème complet où les musiciens, les graphistes, les rédacteurs de fanzines, les organisateurs de concerts, les disquaires indépendants et le public participent à la construction d'un réseau alternatif. Dans une époque où les moyens de communication sont limités, chacun devient un maillon essentiel de la chaîne. Les groupes produisent leurs enregistrements, organisent leurs tournées, réalisent parfois leurs propres pochettes et développent des circuits de diffusion parallèles à ceux de l'industrie musicale classique.
 
Cette culture indépendante s'appuie sur un outil fondamental : le fanzine. À l'heure où Internet n'existe pas encore, ces publications artisanales deviennent le principal moyen de communication de la scène. Réalisés avec des machines à écrire, des photocopieuses, des ciseaux et de la colle, les fanzines diffusent des chroniques de disques, des interviews, des comptes rendus de concerts, des manifestes, des dessins et des adresses de groupes ou de labels. Ils permettent à des passionnés de Brest, de Toulouse ou de Strasbourg d'échanger avec des scènes situées à des centaines de kilomètres. Plus qu'un simple média, le fanzine agit comme un véritable réseau social avant l'heure. Il crée des liens, fait circuler les informations et contribue à la naissance d'une identité commune au sein d'une communauté pourtant dispersée géographiquement.
 
L'importance de cette culture est telle qu'elle dépasse rapidement le cadre de la musique. Les fanzines deviennent également des espaces de création graphique, de réflexion politique et de diffusion artistique. Nombre de graphistes, illustrateurs et photographes issus de la scène underground y développent leurs premiers travaux. L'esthétique du collage, du détournement d'images, de la photocopie noir et blanc et de la sérigraphie artisanale devient l'un des signes distinctifs de cette génération.
 
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la scène DIY française ne se concentre pas exclusivement à Paris. Si la capitale joue un rôle majeur grâce à la présence de salles de concert, de médias spécialisés et de certains labels, la province constitue un terrain particulièrement fertile. Bordeaux, Rennes, Toulouse, Marseille, Lille, Lyon ou encore Rouen développent leurs propres réseaux de groupes, de lieux et de collectifs. Les tournées passent souvent par ces villes où l'accueil est assuré par d'autres membres de la scène. Les musiciens sont hébergés chez l'habitant, jouent dans des salles associatives ou des lieux improvisés et repartent avec de nouvelles adresses pour poursuivre leur route. Cette organisation horizontale favorise les échanges et renforce le sentiment d'appartenance à une même communauté malgré les distances.
 
Les modes de production reflètent cette volonté d'autonomie. Les groupes privilégient les petits studios indépendants ou les enregistrements à faible coût. Les tirages sont souvent modestes, parfois limités à quelques centaines d'exemplaires. Les cassettes audio deviennent un support privilégié, car elles permettent une reproduction rapide et peu coûteuse. De nombreux albums, EP ou compilations circulent ainsi sous le manteau, vendus lors des concerts, envoyés par correspondance ou distribués dans quelques disquaires spécialisés. L'objectif n'est pas de conquérir les hit-parades mais de toucher un public réceptif à cette culture indépendante.
 
Les labels jouent un rôle déterminant dans ce système. Souvent créés par des passionnés plutôt que par des entrepreneurs, ils servent à documenter une scène en pleine effervescence et à faire circuler des musiques que l'industrie ignore. Certains entretiennent même des liens avec d'autres réseaux européens ou américains, permettant l'importation et l'exportation de disques au sein d'un vaste circuit souterrain. À travers ces connexions se construit progressivement une culture internationale de l'indépendance où un groupe français peut partager les mêmes références et les mêmes pratiques qu'un groupe allemand, britannique ou américain.
 
Musicalement, la diversité est l'une des caractéristiques majeures de cette scène. Le punk demeure son point de départ naturel, mais ses ramifications sont nombreuses. Le hardcore se développe avec son énergie brutale et sa vitesse d'exécution. Le post-punk explore des atmosphères plus sombres et expérimentales. La new wave et la cold wave introduisent les premières influences électroniques et les synthétiseurs. La noise, le rock expérimental et certaines formes avant-gardistes trouvent également leur place dans cet environnement où la prise de risque est valorisée. Loin des catégories rigides, les groupes mélangent souvent les influences et développent des approches très personnelles.
 
Parmi les figures emblématiques de cette période apparaissent des groupes comme Metal Urbain, dont l'utilisation précoce des boîtes à rythmes et des sonorités électroniques ouvre de nouvelles perspectives au punk français. Stinky Toys et Marie et les Garçons participent eux aussi aux prémices de cette culture indépendante. Dans un registre plus radical, Camera Silens devient l'une des formations marquantes de la scène Oi! française. D'autres groupes comme Etron Fou Leloublan repoussent les limites du rock en intégrant des éléments issus de l'improvisation et de l'avant-garde. Quant à Magma, même si son parcours dépasse largement le cadre du DIY punk, son influence sur les musiciens attirés par l'expérimentation reste considérable. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, des groupes comme Diabologum hériteront de cette tradition de liberté artistique en développant des formes hybrides mêlant rock, spoken word et collages sonores.
 
Les concerts constituent le cœur battant de cette culture. Installés dans des squats, des MJC, des centres culturels alternatifs ou de petites salles indépendantes, ils offrent bien plus qu'une simple expérience musicale. Ils deviennent des lieux de rencontre, d'échange et parfois de militantisme. Dans ces espaces, la frontière entre le groupe et le public est souvent mince. Les artistes discutent avec les spectateurs, vendent eux-mêmes leurs disques et participent à l'organisation des événements. Cette proximité contribue à créer un sentiment d'appartenance rarement retrouvé dans les circuits commerciaux.
 
L'univers visuel participe lui aussi à l'identité de la scène. Les affiches, les pochettes de disques, les logos et les illustrations ne sont pas conçus comme de simples outils promotionnels mais comme une extension de la démarche artistique. Les collaborations entre musiciens et artistes graphiques sont fréquentes, renforçant les liens entre différentes disciplines créatives. Cette approche globale contribue à donner au DIY français une identité forte et immédiatement reconnaissable.
 
Au-delà de la musique, cette scène entretient une relation complexe avec les institutions culturelles françaises. Les années 1980 correspondent à une période d'importants investissements publics dans le domaine culturel. Pourtant, de nombreux acteurs du DIY préfèrent rester à distance des structures officielles, considérant que l'indépendance constitue une condition essentielle de leur liberté créative. Cette tension entre culture institutionnelle et culture underground traverse toute la décennie et nourrit des débats sur l'authenticité, la récupération commerciale et le rôle de l'État dans la création artistique.
 
Avec le recul, le rock DIY français des années 1980 apparaît comme bien plus qu'un simple courant musical. Il représente l'émergence d'un modèle alternatif de production culturelle fondé sur l'entraide, l'autonomie et la circulation des savoirs. Dans un contexte où les moyens étaient limités, des centaines de groupes, de labels, de fanzines et de lieux indépendants ont réussi à bâtir un réseau durable qui a profondément marqué l'histoire de la musique française. L'influence de cette période se fait encore sentir aujourd'hui dans les labels indépendants, les collectifs artistiques, les salles autogérées, les festivals alternatifs et l'ensemble des scènes qui continuent à défendre l'idée selon laquelle la création peut exister en dehors des structures dominantes. Plus qu'une mode ou qu'une esthétique, le DIY des années 1980 a légué une manière de penser la musique : libre, collective et profondément indépendante.

 

Mean To Me

Voici le flip side du single de Celia And The Mutations, une compo. originale des Stranglers rien que pour Celia et ses beaux yeux ! 
 

Le single de Splassh

Ici, on pourra télécharger l'unique single des rennais de Splassh sorti en 1984 !


 

Lola

Magnifique face B des Crock, une "Lola" façon The The low-fi et chantée en français. Une idée de reprise pour mes Jean_Marc préférés ! 
 

Spanish Bombs

On revient aujourd’hui sur un morceau rare des Clash : « Spanish Bomb », dans une version non éditée datant de 1979. Une autre façon d’entendre ce groupe qui, à la fin des années 70, ne se contentait pas de faire du punk : les Clash mélangeaient rock, reggae, dub, ska et politique avec une liberté qui allait durablement marquer la musique.
 
« Spanish Bomb » évoque la guerre civile espagnole et les Brigades internationales, avec ce mélange très particulier de mélodie pop et de tension électrique qui caractérise le groupe. Dans cette version non éditée, on retrouve les Clash dans un état plus brut, moins formaté, et c’est précisément ce qui rend l’écoute aussi intéressante : on a l’impression de surprendre le groupe en plein travail, avant que le morceau ne devienne la version que l’on connaît.
 
Et pour nous, cette rareté est aussi une bonne occasion de rappeler que Les Clash font partie de ces groupes que nous avons déjà eu le plaisir de partager plusieurs fois ici. Parce que chez Bouloup, il y a les obscurités improbables, les groupes oubliés et les 45 tours introuvables… mais il y a aussi quelques monstres sacrés. Et franchement, quand il s’agit des Clash, on ne va pas bouder notre plaisir.
 
Un morceau rare, une période essentielle et un groupe qui, plus de quarante ans après, n’a toujours pas fini de faire du bruit.
 

Celia & The Mutations dans le journal

J'ai trouvé cette coupure de presse sur le net. Je l'ai un peu amélioré pour la rendre à peu près lisible ! 


 

Château Hanté

 4e et dernier titre extrait de l'ep des Électrodes sorti en 1983, voici  "Haunted Castle" !
 

Spermicide

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single des belges de Spermicide, sorti en 1980 !


 

Les Crock

En 1986, un drôle de 45 tours apparaît au catalogue du Kiosque d’Orphée : « Patricia » / « Lola », signé Les Crock. À première vue, rien de particulièrement remarquable. Deux chansons, une pochette bricolée, un groupe dont personne ou presque ne semble avoir gardé la trace. Pourtant, le disque mérite qu’on s’y attarde, ne serait-ce que parce qu’il appartient à cette vaste zone grise de la musique française des années 80 où des disques ont été enregistrés sans véritable ambition commerciale, parfois loin des circuits habituels du rock et de la variété.
 
Le mystère commence avec le nom même des Crock. On trouve peu d’informations sur le groupe et encore moins sur ses éventuels musiciens. Une piste particulièrement intéressante apparaît cependant sur un exemplaire du 45 tours : une inscription manuscrite précise qu’il s’agit d’un « disque fait par les jeunes de Henry Yanowitz ». Cette mention, rapportée par un collectionneur, change complètement la perspective. Les Crock ne seraient donc peut-être pas un groupe constitué au sens traditionnel du terme, mais le nom donné à une réalisation collective menée avec des jeunes encadrés par Henry Yanowitz, travailleur social et intervenant dans le domaine éducatif et médico-social.
 
Le parcours de Yanowitz confirme en tout cas qu’il évoluait dans le champ du travail social et de l’éducation spécialisée. Il a notamment participé à des travaux consacrés aux jeunes et aux questions d’éducation, d’insertion et de vie dans les quartiers populaires. Il reste cependant difficile, faute de documents d’époque suffisamment précis, d’identifier exactement la structure dans laquelle le disque aurait été réalisé et de savoir qui étaient les jeunes ayant participé à l’enregistrement. C’est précisément cette part d’incertitude qui contribue aujourd’hui au charme du disque.
 
Musicalement, « Patricia » et « Lola » ne cherchent manifestement pas à rivaliser avec les productions sophistiquées de la pop française de 1986. « Patricia », créditée à Elie Ghnassia, raconte l’attente du retour d’une jeune fille avec une simplicité désarmante. La chanson avance avec ses moyens, sans chercher à masquer ses maladresses. « Lola », composée par Richard Roblin, adopte un ton plus potache et raconte une rencontre avec une « super nana », entre restaurant, déconvenues et apparition finale de Zorro. Deux chansons qui semblent davantage relever de l’expérience collective que d’un véritable projet de carrière.
 
C’est justement là que le rapprochement avec l’outsider music devient intéressant. Le terme désigne généralement des musiques réalisées en marge des circuits professionnels par des artistes qui ne maîtrisent pas nécessairement les codes techniques ou esthétiques de la musique populaire, mais qui développent une expression très personnelle, parfois maladroite, naïve, étrange ou complètement décalée. On pense évidemment à des figures comme Daniel Johnston, The Shaggs ou Wesley Willis, mais l’outsider music ne se résume pas à une liste d’artistes « mauvais » ou inexpérimentés. Ce qui compte, c’est surtout le décalage entre la création et les normes musicales dominantes.
 
Les Crock pourraient ainsi être envisagés comme une forme très française et très particulière d’outsider music. Pas forcément parce que « Patricia » serait une chanson radicalement expérimentale, mais parce que le disque semble avoir été produit en dehors des mécanismes habituels de l'industrie musicale. Il ne s'agit visiblement pas de musiciens cherchant à intégrer une scène rock, à décrocher un contrat ou à construire une discographie. Le disque semble être le résultat d'une activité collective, avec des jeunes, des adultes qui les accompagnent, des chansons, un studio et, au bout du processus, un véritable 45 tours pressé et distribué.
 
C’est ce passage de l’atelier au vinyle qui rend l’objet particulièrement touchant. Dans les années 80, enregistrer un disque n’était pas une opération anodine. Il fallait enregistrer les morceaux, réaliser une pochette, presser le vinyle et lui donner une référence. « Patricia » / « Lola » témoigne donc d’une volonté de donner une existence physique à cette expérience musicale. Le disque n’est peut-être pas un grand disque de rock français oublié. Il est peut-être quelque chose de plus intéressant : la trace d’un moment où des jeunes ont eu la possibilité de fabriquer collectivement un objet culturel et de le voir exister réellement dans les bacs.
 
Le choix du nom Les Crock, les paroles, l’interprétation, le côté bricolé de l’ensemble et cette mystérieuse inscription sur la pochette ou sur le disque donnent aujourd’hui au 45 tours une dimension presque documentaire. Il appartient à ces productions que les histoires officielles de la musique ignorent généralement parce qu’elles ne correspondent ni aux critères de réussite commerciale ni aux catégories musicales habituelles.
 
C’est aussi pour cela que l’outsider music constitue une bonne manière de l’aborder, à condition de ne pas lui coller l’étiquette trop vite. Les Crock ne sont pas nécessairement des « outsiders » au sens où l’entendent les amateurs américains du genre. Ils sont plutôt les témoins d’une pratique musicale périphérique, réalisée avec d’autres objectifs que ceux d’un groupe professionnel. Leur musique est peut-être moins importante que le fait même qu’elle ait été enregistrée et pressée.
 
Aujourd’hui, « Patricia » / « Lola » est donc l’un de ces petits objets qui rendent la recherche sur la musique française des années 80 aussi passionnante. Deux chansons, un nom presque introuvable, quelques crédits, un mystérieux Henry Yanowitz et un 45 tours Kiosque d’Orphée qui semble avoir échappé à tout le monde. On aimerait évidemment en savoir davantage : qui étaient ces jeunes, où le disque a-t-il été enregistré, dans quel cadre, comment les chansons ont-elles été choisies et combien d’exemplaires ont-ils été pressés ? Tant que les archives n’auront pas parlé, Les Crock resteront un mystère. Mais un mystère qui tient dans un petit 45 tours et qui, près de quarante ans plus tard, continue de jouer.
 

Reflexion In A Cold Eye

 Voici un 3e extrait de l'ep des Électrodes : "Black Flag (No Flag)" sorti en 1983 !
 

Les Électrodes dans Spliff n°7 (Octobre 1983)


Celia And The Mutations

Ça fait longtemps que je voulais rendre hommage aux Stranglers sur Bouloup. Parce que le groupe est une référence pour beaucoup de bouloupiens, et qu’il serait assez difficile de parler de rock français des années 80 sans reconnaître l’ombre immense portée par les quatre de Guildford. Alors, plutôt que de revenir une énième fois sur leur discographie officielle, autant passer par une petite porte dérobée : Celia & The Mutations et leur improbable reprise de « Mony Mony », sortie en 1977.
 
À première vue, rien ne semble relier cette Celia, chanteuse de cabaret à l’allure plutôt sage, aux Stranglers. Et pourtant. Celia Gollin avait notamment chanté dans des restaurants de Chelsea, avec un répertoire qui pouvait aller de Marlene Dietrich aux Kinks en passant par le Velvet Underground. Elle avait également travaillé avec Brian Eno sur « 1, 2, 1-2-3-4 », une pièce de Gavin Bryars publiée en 1975 sur le label Obscure d’Eno. Un parcours plutôt éloigné des punks qui commençaient alors à retourner Londres.
 
C’est Dai Davies, le manager des Stranglers, qui aurait repéré Celia et imaginé cette association pour le moins improbable. Le principe était simple : confronter sa voix très anglaise, presque distinguée, à un groupe capable de transformer n’importe quelle chanson en quelque chose de nettement plus malsain. Pour l’occasion, les Stranglers deviennent donc les Mutations.
 
Et derrière Celia & The Mutations se cachent bien Hugh Cornwell à la guitare, Jean-Jacques Burnel à la basse, Dave Greenfield aux claviers et Jet Black à la batterie. Autrement dit, les Stranglers au complet. Le disque sort chez United Artists en juin 1977, avec « Mony Mony » en face A et « Mean To Me » en face B, ce dernier étant une composition des Stranglers.
 
Le choix de « Mony Mony » est déjà une drôle d’idée. Le morceau de Tommy James & the Shondells avait été un énorme tube en 1968, pur produit de la pop américaine. Dix ans plus tard, Celia et les Mutations le passent à la moulinette du Londres punk. La chanson conserve son squelette pop, mais les guitares, la basse et surtout l’attitude du groupe lui donnent une toute autre gueule. Le contraste entre Celia et les quatre Stranglers constitue finalement tout l’intérêt du projet.
 
Le disque ne connaît évidemment pas le succès commercial espéré et ne rentre pas dans les charts. Mais l’opération amuse suffisamment pour que le projet connaisse une suite. En octobre 1977 paraît un second 45 tours, « You Better Believe Me / Round & Around », cette fois sous le nom de Celia & The Fabulous Mutations. La distribution des rôles est alors différente, avec notamment Jean-Jacques Burnel, Wilko Johnson et Terry Williams.
 
« Mony Mony » reste néanmoins le témoignage le plus intéressant de cette aventure. Parce qu’il capture les Stranglers au tout début de leur histoire, à un moment où ils aiment encore brouiller les pistes, multiplier les pseudonymes et jouer avec les conventions du rock. On retrouvera d’ailleurs cette propension à l’ironie et au détournement tout au long de leur parcours.
 
Le plus amusant est que le secret n’en était finalement pas vraiment un. La presse de l’époque avait rapidement compris que les Mutations étaient les Stranglers et, bien plus tard, Jean-Jacques Burnel confirma lui-même l’existence de ce faux nez. La pochette contribuait d’ailleurs à semer quelques indices, notamment avec la silhouette des quatre Stranglers au verso.
 
Ce petit 45 tours est donc moins une curiosité anecdotique qu’un instantané de ce que représentaient les Stranglers en 1977 : un groupe qui pouvait être punk sans vraiment l’être, pop sans jamais être sage, expérimental sans abandonner le goût des chansons, et surtout suffisamment joueur pour enregistrer un tube de 1968 sous le nom de Celia & The Mutations.
 
Pour les bouloupiens, « Mony Mony » est aussi une jolie façon de revenir aux sources. Car si Bouloup s’intéresse depuis des années aux groupes français obscurs, aux 45 tours improbables et aux disques qui ont parfois échappé à tout classement, les Stranglers font partie de ces références qui sont toujours là, en arrière-plan. Leur influence sur une certaine scène française des années 80 est difficile à mesurer mais impossible à ignorer.
 
Alors oui, ça faisait longtemps que je voulais rendre hommage aux Stranglers. Et quoi de mieux qu’un disque presque clandestin, sorti en 1977 sous un nom qui ne dit rien à personne, pour commencer ? Celia & The Mutations : les Stranglers, mais avec une chanteuse de cabaret et un tube de Tommy James. Une anomalie discographique comme Bouloup les aime.

 

Fait ceci, fait cela

2e extrait de l'ep des Électrodes sorti en 1983, voici "Do This, Do That".
 

Dazibao (encore)

J'ai tellement aimé le second album de Dazibao (que je ne connaissais pas pour être tout à fait franc). Que je me suis dit... Allez, pourquoi ne pas continuer l'expérience en s'attaquant à leur tout premier long sorti en 1986. Egalement, une franche réussite.
 

Les Électrodes dans Crisantem N°2 (1984)

Mère Albion

 Voici l'autre face du single d'Echo Prism sorti en 1985, soit "Mère Albion".
 

Le single de Quadrascope

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Quadrascope sorti en 1983.