Je me souviens de nous (2)


J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés ! 

Nous sommes en 1983, je rencontre Franck War dans une école qui prépare à un BTS de Publicité. Très vite nous sympathisons. La « Pub » qui n’est pas devenue la « Com », à l’époque, est un phénomène de société sympa et branché. Le consumérisme et l’écologie ne sont pas à l’ordre du jour. Jacques Séguéla n’est pas encore un vieux con qui sucre les fraises en mélangeant Rolex et Réussite. 

Notre amitié commence peut-être dès le premier jour quand un de nos profs nous demande de partager nos motivations à intégrer la grande famille des « pubeurs ». J’avoue pour ma part, moitié français, moitié provocateur, « vouloir me faire plein de fric et un maximum de nanas ». Je crois que ça a plu à Franck.  Sandrine également dans la classe deviendra la manageuse du groupe avec un certain succès avant de tomber amoureuse et de se marier avec le chanteur de Seaton (une formation new-wave amie basée à Aix-en-Provence). Béatrice intégrera la bande et épousera Bruno, le batteur de Cérémonies. Également avec Mathy, Anne-Marie et pleins d’autres nous formons une petite bande d’apprentis pubards. 

Très vite Franck fait le lien avec les autres Cérémonies qui répètent au fameux Parking 2000. Le groupe partage un box avec une groupe exclusivement féminin les Traffic Diams. A côté, on croise les punks de Panik LTDC. Christian Panik, leur chanteur, est le frère de Bruno, le batteur de Cérémonies. Plus loin, les Martyrs ou les Toreros Muertos. Les Toreros sont espagnols et ont déjà eu des hits, dans les années 70, dans leur pays d’origine. Le Parking 2000 est un vrai parking qui loue à des groupes comme Tanit ou les Washington Dead Cats. Il n’y a pas de toilettes et on imagine facilement l’odeur ambiante. Le proprio coupe l’électricité à minuit. Dur pour ceux qui squattent et dorment dans les locaux de répétition sans chauffage. Le Parking 2000 est devenu, bien plus tard, un sujet de recherche pour une sociologue spécialisée dans la culture pop. C’est là que j’assiste à mon premier concert du groupe. Le premier d’une longue série.

En plus d’intégrer le BSS Kontingent, je change de look. Une grosse dominante de noir sur fond de treillis et de rangers tchécoslovaques achetés à La Redoute. Dieu merci, j’ai déjà les oreilles percées. Mes parents bloquent un peu sur mes chemises noires qui font écho aux heures sombres de l’histoire du fascisme italien. Me voici bientôt promu manager du groupe malgré une timidité maladive. Je ne tiendrai mon rôle juste quelques semaines, le temps d’envoyer quelques dossiers de presse et de faire une interview avec le groupe sur Radio Anarchie.

 Pour exister, Cérémonies joue un peu partout, dès qu’on lui en donne la possibilité. Un concert particulier est resté gravé dans la mémoire collective de tous les fans… Celui des 120 nuits. Les 120 nuits est une boite éphémère puisqu’elle ne durera que 120 Nuits (comme son nom l’indique). Une référence directe aux 120 journées de Sodome du Marquis de Sade. Un lieu que l’on aperçoit dans le cultissime « Les Nuits de la Pleine Lune » d’Eric Rohmer. Le 17 mai 1983, le groupe s’y produit soit quelques semaines avant sa fermeture. Pour l’occasion et pour affirmer l’univers artistique du groupe, nous mettons à contribution notre professeur de maquette et de dessin. Didier Puy-Ségur est un plasticien qui ne s’appelle pas encore « Putch » et qui n’a pas encore épousé la fille du « compresseur » César. Didier a vissé des capots de voiture sur le devant de la scène. Il est assis sur une chaise roulante avec des lunettes noires et un plaid sur les genoux. Avec une badine, il dirige deux « esclaves » femmes en combinaison de chantier qui vont exécuter ses ordres et peindre à sa place sur les dits capots. Cette performance est typique du personnage, elle mêle humour, décalage et performance artistique. Cérémonies joue d’enfer. Franck qui est inscrit à un atelier vidéo de la ville de Rosny, demande à ses camarades de filmer le concert. L’apprenti vidéaste oubliera d’appuyer sur le bouton et ne lancera pas l’enregistrement. Une galère de plus et un concert qui ne sera pas documenté…

Nous sommes en 1984 et le groupe décide de s’autoproduire. Une démarche peu commune à l’époque d’autant que l’opération est coûteuse (de mémoire autour des 15 000 Francs) et qu’il faut aller enregistrer en studio. Dans une interview donnée pour le fanzine Tropique du Cancer, le groupe déclare : « Nous sommes catégoriques, Nous n’avons jamais été jeté par une maison de disque pour la simple raison qu’on n’est jamais allé en voir. On voulait faire notre 45 tours pour se faire plaisir et pour voir si notre musique passe bien et pour faire la promo de Cérémonies. Ce qui est plus simple et plus efficace de faire avec un 45 Tours qu’avec une K7 ».  Tous les membres du groupe commencent à travailler et ont un peu d’argent à investir, il est donc temps pour eux de passer à la vitesse supérieure… Bien sûr, ils ont déjà enregistré des maquettes, mais là c’est du sérieux. Direction Studio DB où le groupe « pause » 3 morceaux : Le Goût du Saké, Kiss Of Death et Dantzig. Le ton est donné et seuls les 2 premiers titres seront retenus pour le single tandis que le 3e atterrira sur une K7 produite par un fanzine « Zick Addikt ». Dantzig est un morceau plutôt long qui comprend 2 segments, il n’y a pas la place sur le 45 tours et un maxi coûte trop cher. Je revoie clairement Franck, sa planche de Letraset à la main, composer la pochette du disque après avoir extrait d’un livre sur Paris, la fameuse photo de la gargouille gothique. Là, pour la première fois, j’ai pris conscience du process graphique et ma future carrière professionnelle prend corps.  A l’intérieur, grâce à une photocopieuse amie, un petit flyer, avec textes et remerciements, est inclus. Au verso une photo en contre-plongée présente le groupe avec un Franck un peu fatigué, un Gordon dégarni, un Piepp’ aux allures gothiques et un Bruno qui se prend déjà la tête. Pendant les mois qui suivèrent la publication du 45 tours, toute notre énergie sera dirigée vers la diffusion et la promotion de ce single qui, avec le recul, tient plutôt bien le coup. Sandrine, entre temps, devient la manageuse du groupe…

Pendant les mois qui vont suivre cette sortie, l’activité est intense pour le groupe et son entourage. Ainsi, lors de mon premier stage dans une agence de publicité, je découvre (non sans un certain bonheur créatif) le premier Macintosh d’Apple. Grâce à ce fantastique outil, nous coréalisons avec Franck le fanzine « 5 francs » qui est un collage de textes (saisis sur Mac Paint) et d’images. Je squatte la photocopieuse de l’agence pour le reproduire. On y trouve les textes de Cérémonies et certains de mes poèmes mélangés autour de photos. Car, oui j’écris des poèmes… Mais je ne m’en vante pas. L’image du poète torturé ne me plait pas.  Si nous n’avons jamais co-écrit de textes de chansons… Certains bouts de poème ont parfois inspiré l’écriture de Franck War. Ainsi et par exemple dans « Les Bouchers de Verdun », Franck emprunte « Un hiver mal placé dans mon été » à mon « Un hiver mal placé entre deux étés ». Il n’est pas question de plagiat puisqu’il m’a demandé la permission. Je vois ce processus créatif plus comme une forme d’émulation littéraire, un quasi- cadavre exquis façon Dada. C’est aussi une façon d’exister dans les chansons de Cérémonies et pour moi, en tant que fan N°1, un vrai bonheur. 

L’été venu, nous partons en vacances, direction l’Espagne et la petite ville côtière d’Oliva (près de Gandia et de Valence). Nous y retournerons plusieurs fois. Pendant trois semaines, au mois d’août, nous louons un appartement où le confort est réduit à sa plus simple expression. Il fait, de toute façon, trop chaud pour s’en rendre compte. Tous les soirs, c’est discotecă et alcool (souvent le fameux mélange Fanta Orange / vodka). Très vite, nous sympathisons avec quelques locaux « branchés ». C’est encore la movida et l’Espagne vit le grand n’importe quoi de l’après Franco. C’est la « fiesta » sans fin, toutes les nuits, à l’Hexagono ou au Labotorio Industriale. Angel et sa bande nous font découvrir le rock espagnol du moment. On partage la paëlla dans un repère d’anarchiste et malgré le fossé linguistique, le courant passe. La drogue facilite aussi la communication. Isabella, notre fournisseuse officielle, a le look « españa negra » derrière son éventail et s’avère être une amie des Chihuahua parisiens. Que nous croiserons à Paris grâce à elle. Nos copains espagnols nous invitent à participer à une émission (en traduction simultanée) sur la radio du coin, Radio Olivia. Nous parlons rock français et bien sûr de… Cérémonies. Naturellement, ils nous demandent de jouer en concert dans un bar de plage pour fêter ce rapprochement franco-espagnol. Une moitié de Cérémonies et une moitié… de ceux qui sont là sont donc invités à se produire live. Pour cette occasion uniquement, je deviens guitariste du groupe. Sans répéter, sans pouvoir vraiment m’accorder, nous assurons un set hallucinant ne comprenant qu’un long morceau d’une vingtaine de minutes. Finalement, je jette l’éponge et ma guitare. Un Espagnol complétement bourré prend le relai et martyrise cette guitare japonaise franchement injouable. Une vraie performance sonique à la Sonic Youth et mon pire souvenir de musicien ...

 

 

Marie Et Les Garçons dans Feeling (N°6 Juin 1978)

 


The Blasters

Au tournant des années 80, alors que Los Angeles bruisse encore des secousses du punk et de ses prolongements les plus fiévreux, un groupe de Downey s’emploie à rappeler que la musique américaine ne commence ni avec les Ramones ni avec MTV. Formés en 1979 autour des frères Phil et Dave Alvin, épaulés par le bassiste John Bazz et le batteur Bill Bateman, The Blasters surgissent sur la scène californienne avec un programme simple et presque anachronique : jouer, à très haut volume et sans vernis nostalgique, un mélange organique de rhythm’n’blues, de rockabilly, de country et de blues, qu’ils baptisent sans détour « American Music ». Dans les clubs de LA où se croisent punks, rockab’ et amateurs de roots, leur réputation se forge d’abord sur scène : tempo implacable, guitare tranchante, voix râpeuse de Phil Alvin et science déjà redoutable de l’écriture chez Dave Alvin, qui aligne des chansons semblant sorties d’une Amérique mythique mais bien réelle, faite de radios frontalières, de Cadillac poussiéreuses et de nuits sans retour.

Leur premier album American Music (1980) pose le manifeste, mais c’est surtout le suivant, The Blasters (1981), qui cristallise l’instant : un disque tendu, direct, où « Marie Marie » et « Border Radio » sonnent comme des standards exhumés plutôt que composés. Contrairement à beaucoup de groupes du revival rockabilly de l’époque, The Blasters ne jouent pas à se costumer en années 50 ; leur musique est contemporaine, nourrie de l’énergie punk et de la conscience historique du folk et du blues. Cette position singulière les place au croisement de plusieurs scènes : ils partagent l’affiche avec X ou The Gun Club, croisent Los Lobos, et deviennent une référence pour toute une génération qui, de la Californie aux circuits alternatifs américains, cherche une voie entre tradition et urgence électrique. Évidemment, si je suis fan de X et de toute la scène de Los Angeles, les Blasters me font un effet tout particulier puisqu'ils renouent avec le rock and roll originel que j'ai toujours vénéré ! Leur passage dans le film Streets of Fire en 1984, où ils incarnent un groupe de bar devant un public de bikers, n’est pas un clin d’œil mais presque un documentaire : c’est exactement là que vit leur musique, dans ce territoire interlope entre mythe américain et culture underground.

Les albums Non-Fiction (1983) et Hard Line (1985) prolongent l’élan avec une production plus large, mais l’équilibre initial commence à se fissurer : Dave Alvin, principal compositeur, s’éloigne peu à peu, avant de quitter le groupe en 1986 pour une carrière solo qui fera de lui l’un des grands conteurs de l’Americana moderne. La première période de The Blasters se referme alors, laissant derrière elle une poignée de disques qui n’ont jamais vraiment cherché le succès massif mais ont profondément marqué la cartographie des musiques américaines alternatives. Dans les années 80, alors que l’industrie redéfinit le rock à coups de synthés et d’images, eux réaffirment qu’une autre modernité est possible : celle qui consiste à rejouer le passé au présent, sans fétichisme, jusqu’à ce qu’il redevienne dangereux.

Aujourd’hui encore, leurs chansons circulent comme des classiques sans âge dans les répertoires roots, cowpunk ou alt-country, et l’on retrouve leur empreinte chez des artistes aussi divers que Dwight Yoakam ou toute la scène Americana des décennies suivantes. Mais c’est peut-être sur leurs enregistrements live du début des années 80 que l’on mesure le mieux ce qu’était The Blasters : non pas un groupe revivaliste, mais un groupe de rock’n’roll américain au sens le plus large et le plus littéral, celui qui relie les juke-joints du Sud aux clubs punk de Los Angeles. Dans cette continuité souterraine que documente Bouloup, ils occupent une place particulière : celle d’un pont tendu entre la mémoire et l’électricité.

À Bout De Souffle

 2e extrait du premier single de Marie Et Les Garçons, voici l'excellent "À Bout De Souffle" sorti en 1978.

Marie Et Les Garçons dans Annie Aime Les Sucettes (n°1, Janvier 1978)

 Voici un petit article extrait du fanzine d'Elli Medeiros (à l'époque chez les Stinky Toys).


 

Je me souviens de nous (1)

J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés !

 

Avec le recul, parler de Cérémonies, c’est entreprendre un voyage introspectif et faire un retour sur mes années de formation puisque, d’une certaine façon, j’ai participé à cette aventure musicale. Bien sûr, vous vous demandez, « What’s the fuck… C’est quoi Cérémonies ? » S’ils avaient une « entrée » dans Wikipedia ça pourrait donner quelque chose comme « Cérémonies est un groupe rock français et new-wave qui a été en activité de 1983 à disons… 1989. » Je ne suis plus très sûr et Franck War (le chanteur du groupe) que j’ai interviewé pour écrire cet article non plus. D’ailleurs, je le remercie d’avoir partagé ses souvenirs et ravivé les miens.

Ces années ont mis la touche finale à mon éducation musicale à une époque où Joy Division n’était pas encore une marque distribuée par H&M. Juste un précieux secret partagé par quelques aficionados. Si vous connaissez le groupe de Ian Curtis, vous avez sans doute fait le rapprochement avec une de leurs plus belles chansons (selon Franck War). C’est également le chemin des studios de répétition que m’a ouvert Cérémonies. Avec eux ou plutôt grâce à eux, j’ai pu exprimer cette irrésistible envie de « gratter sur une guitare électrique » sans vraiment savoir jouer.  Mon avenir et « ma carrière professionnelle » ont également été liés à certains membres du groupe puisqu’ensemble nous avons « entrepris » et créé deux studios de design graphique. De Joy Division à Peter Saville, il n’y avait qu’un pas que nous avons franchi sans sourciller. Avec l’arrivée de la micro-informatique (et de la PAO), nous avons appliqué le « Do It Yourself » chers aux punks à un métier qui n’avait quasiment pas évolué depuis la fin des années 60. Ensemble, nous avons créé Bleu Petrol (en hommage aux Bleus de Matisse et à That Petrol Emotion) puis Public’Image Factory avec PIL et…. Factory Records comme ultimes références. En mode autogestion, bien sûr. J’ai donc eu la chance de rencontrer ce groupe et son entourage proche qui se moquaient de ma provenance sociale. Pourtant issu de la petite bourgeoisie intellectuelle, ces purs produits de la Banlieue Est m’ont ouvert les bras (sans trop poser de questions). Et même si mon prénom composé pouvait paraître suspect, J’étais là, avec eux, point. 

L’histoire du groupe se divise en 2 époques distinctes musicalement. D’abord une période « batcave » (comme on disait à l’époque, le mouvement gothique en étant à ses balbutiements) portée par l’influence des ténors du genre : Joy Division (toujours et encore), Killing Joke, Bauhaus… Et plein d’autres. Puis après un changement de guitariste, le groupe s’est émancipé et a lorgné vers une pop de qualité, quelque part entre Marc Seberg et Gamine. Le choix d’une référence comme Marc Seberg n’est pas fortuit puisqu’une rencontre Anzia - Cérémonies a bien eu lieu, initiée par le camarade Édouard proche de Marc Seberg et bientôt ami intime de Philippe Pascal. Cette rencontre aurait pu déboucher sur une production et un album digne de ce nom. Mais de l’aveux même de Franck, le groupe avait surtout envie de s’amuser et l’ascétisme du guitariste collait mal avec l’énergie déconnante des quatre copains de Rosny. Anzia exigeait un travail sérieux et constant ainsi qu’un aller-retour Rennes/Paris payé par le groupe pour assister à cette rencontre. Une exigence qui manquait franchement de classe (et d’une certaine générosité). Comme le faisait aussi remarquer Franck, la fine équipe n’était pas prête à franchir le pas et faire de la musique une profession. C’est peut-être ce qui a manqué au groupe pour atteindre un début de notoriété. Ça et un batteur qui joue « carré » et au click.

Très vite, je me suis revendiqué président de leur fan club.  Ce n’était pas une « posture » naïve façon faire-valoir mais bien un vrai coup de foudre pour leur musique et l’univers poétique de leur chanteur. Un univers, au départ, un peu emprunté : le baiser de la mort (cher à la mafia), Hiroshima, Verdun et la Guerre de 14, la folie, les trains de banlieue… Presque des passages obligés pour tout amateur de new-wave française de ces années-là. Mais, très vite, Franck s’est mis en tête d’explorer ce qu’il était : un juste mélange entre dépression et légèreté. Avec en toile de fond des histoires d’amour beaucoup trop grandes pour lui…. Et pour nous. Car Franck, à travers ses « lyrics », parlait aussi de nous, de cette incapacité d’être à deux, ni tout seul. Ou plus simplement de ce Syndrome de Peter Pan sur lequel nous construisions, alors, nos vies. Nous étions jeunes pour l’éternité. Ses chansons étaient comme un blues blanc et sophistiqué spécial beau gosse. D’ailleurs, Franck War avec sa tête de « BG » apportait un charisme un poil hautain à Cérémonies. Un charisme qui fascinait et qui permettait de « choper » plus facilement. Du genre : « Oui, le chanteur, c'est mon pote. Je t’offre un verre ? ».  Mais cette attitude qui masquait une forme de timidité, souvent, aussi… Repoussait. A cela, il fallait ajouter un sens de la vanne plutôt aiguisé qui a pu parfois jouer en leur défaveur. Cet art de la vanne est mon héritage de ces années-là. Je l’ai appris à leur contact et transmis à mon fils qui, à son tour, se défend plutôt bien !

Comme pour le Bromley Contingent des Sex Pistols, tous ceux qui comme moi, gravitaient autour du groupe se sont auto-proclamés membre du BSS Kontingent… BSS pour « Bois Sans Soif ». A n’en pas douter, la bringue et l’alcool furent des points d’ancrage pour cette petite « troupe », puis, comme pour tant d’autres, la drogue s’est invitée à la fête. Des drogues très année 80 pas « festives » pour un sou, d’abord sniffées puis injectées par le plus impliqués. Ceux qui ne sont pas morts d’overdose ont plongé dans un alcoolisme compensateur. Finalement, l’âge venant, certains BSS ont dû affronter maladies psychiatriques et autres affections chroniques. Presque 40 ans après, les cimetières se sont remplis et se remplissent grâce à nous. Et ça ne va pas s’arranger. Dis comme ça, on a l’impression de plonger dans l’univers morbide des junkies de Burroughs (ou des alcoolos de Bukowski). A l’époque, nous pensions que nous avions une véritable grandeur d’âme à nous mettre systématiquement « minables ». Nous étions des « princes » à l’image d’Henry Chinaski au comptoir du Golden Horn (que nous avions remplacé par celui du Piano Vache). Nous partions à l’assaut des catacombes ou des toits de Paris, systématiquement bières à la main juste après l’apéro dinatoire. En réalité, cette méthodique opération d’autodestruction s’est faite dans la joie et la bonne humeur.  Sans douleur, du moins sur le moment, toujours en rigolant. Et puis, il nous fallait donner corps à certaines chansons du groupe comme « Les Chiens de l’Enfer » qui emprunte son titre à un poème de l’écrivain et poète destroy californien cité précédemment. Finalement, à force de vannes, de glande et de légèreté nous avons raté l’ascenseur social et personne dans mes relations proches peut se vanter, aujourd’hui, de « siéger au Comex » ou d’avoir reçu la légion d’honneur. Au moins, nous n’avons fait que ce que nous voulions… A commencer par rigoler et faire la fête.

La saga de Cérémonies permet de corriger une idée reçue sur le rock français de ces années-là. Lorsque l’on relit la presse musicale de l’époque, le rock français semble à se réduire à deux possibilités : le rock à la Rolling Stones (de Téléphone et de ses multiples dérivés) ou le rock façon punk new-yorkais (et « arty ») lorgnant parfois vers un funk blanc (Casino musique, Go Go Pigalles) avec option textes à messages en français (Higelin ou Bashung). A l’époque, nous étions déjà persuadés que l’énergie bouillonnante d’un Téléphone ne pouvait compenser la vacuité de leurs paroles pré-adolescentes … Allez, tous en cœur : « Un jeeeu neeuhhh  sais quooiii qui me laisseuuuu connnnn ». Rien ou très peu pourtant quant à ces groupes influencés par ce qui se passait en Angleterre. Rien sur une underground riche et multiple, dark et violente. D’après Franck, c’est peut-être la faute aux journalistes alors en poste. Des journalistes déjà vieux, ayant connu (et adoré) les années 70 et ne s’appuyant que sur leurs propres références musicales pour critiquer. Une génération qui croyait dur comme fer à l’unique influence d’un Bowie ou d’un Lou Reed quand on faisait du rock. A la limite, les New-York Dolls ou le MC5. Il faudra attendre la déferlante rock alternative pour que l’incroyable richesse de la scène française soit enfin visible et exposée par les médias. Cérémonies a traversé cette vague alternative sans changer de cap, sans sourciller. Cérémonies était déjà un vieux groupe. Il n’a jamais été question d’accordéon ou de néo-réalisme français à la Léo Ferré dans la new-wave épique du groupe.

Cérémonies, c’est l’histoire de 4 copains de lycée, quelque part du côté des cités de Rosny 2 et Montreuil qui vont mettre leur goût et leur énergie en commun pour créer un répertoire original ne comprenant qu’une ou deux reprises bien senties (Joy Division ou Bauhaus). Ainsi, Lors de voyages linguistiques en Angleterre, Franck ramènera des disques alors inconnus dans l’hexagone puis, plus tard, avec ses camarades de jeu, prendra une carte de fidélité chez New Rose pour trouver la perle rare, la nouveauté qui tue. Bref, le terreau musical sur lequel le groupe construira et évoluera. Dans le désordre (et de souvenir) PIL, Stiff Little Fingers, Outcasts, Bollock Brothers ou Jean-Jacques Burnel et les Stranglers mais aussi du reggae à la Mickey Dread ou Dr Alimentado (l’influence des Clash) voir de la « variété » un peu plus « light » comme Jo Boxer, Woodentops et New Order.

Cérémonies n’est pas apparu d’un seul coup, comme une évidence, il est le résultat d’une évolution, d’une maturation qui commence en 1979 par une première formation punk, l’Affrontement. On notera l’influence des Clash qui accompagnera toute l’histoire de Cérémonies plus d’une façon idéologique que musicale. Gordon à la guitare, Franck à la basse, Commandant à la guitare et Bosniak à la batterie. Un seul ampli pour reprendre le quator. Personne n’a vraiment envie de chanter et c’est finalement Franck – qui a le meilleur look punk - qui s’y colle. Le groupe dégote un local de répétition complétement gratuit (la salle des fêtes commune dans la cité). Ah oui, j’oubliais, dans la bande des Cérémonies, on pouvait (devait ?) se retrouver affublé du surnom qui va bien : Gordon (car Hervé aimait le gin), Piepp’ (Car Jean-Jacques était pompier d’entreprise), Commandant (après son passage dans l’armée), Bosniak, Adolphe, Iggy, Zaza, Camisole, Pachi, Dicav’, Coco et puis plus tard Quick et moi-même Marcotin… Et plein d’autres. Donc de l’Affrontement naitra un déjà plus sérieux Stygmat avec Gordon à la basse et les frères Boubich’ (Commandant et Bosniak). Puis le deux partiront fonder Ordonnance Karmélites. L’arrivée de Bruno à la batterie et de Piepp’ à la guitare permettra de distribuer définitivement les rôles avec, bien sûr, Franck au chant et Gordon à la basse. Gordon qui, il y a peu, a dû quitter le vaisseau amiral (et à qui je dédie ces quelques lignes). 

J’en profite pour partager un grand moment « gordonnien », bière à la main lors d’une fête de jour de l’an dont nous avions le secret. Après une longue discussion, nous étions finalement tombés d’accord sur le fait que « quand on pisse debout et qu’on ne voit plus sa bite, il est temps de maigrir ». Dont acte, je pense à toi Gordon et j’essaie de perdre du poids. Gordon avait un réel don pour la guitare électrique à quatre cordes. Il développera un vrai style personnel et son propre son très influencé par la maestria d’un Peter Hook. Ce talent achètera à vie notre admiration ébahie. Un AVC plus loin, seul à Grenoble, il devait arrêter la pratique de son instrument fétiche, cloué sur un fauteuil roulant, parlant difficilement et n’ayant plus la force de soulever une basse ...

Le single de Staff

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le premier single de Staff sorti en 1990 ! 


 

Marie Et Les Garçons en concert

Voici des images en concert de Marie Et Les Garçons. Des belles images sans le son correspondant, ce qui est dommage ! 

La Nuit Seulement

Dernier extrait du single de Pour L'Exemple, voici "La Nuit Seulement" ! 

Marie Et Les Garçons

Pour parler de Marie et Les Garçons, il faut revenir à Lyon au mitan des années 70, à un moment où la ville commence à bouillonner d’une énergie neuve, encore bricolée, encore maladroite, mais déjà tournée vers ailleurs. Le groupe naît d’un noyau de lycéens qui jouent d’abord sous le nom de Femme Fatale, avant de trouver sa forme définitive autour de Marie Girard et Patrick Vidal. Très vite, quelque chose se met en place qui dépasse le simple cadre d’un groupe local : une urgence, un goût pour les rythmes secs, les guitares tendues, et cette façon d’attraper l’air du temps sans chercher à le polir. On entend dans leurs premiers morceaux l’ombre portée de Velvet Underground, une élégance nerveuse qui n’est pas sans rappeler Roxy Music, et un sens du riff minimal qui fait penser à The Seeds, mais rien de tout cela n’est jamais de la citation servile : c’est plutôt un langage commun, réinterprété avec les moyens du bord et une vraie personnalité.

Le premier single, “Rien à dire”, sort sur Rebel Records, ce qui suffit déjà à inscrire le groupe dans une cartographie très précise de la contre-culture française de l’époque. Le nom du groupe, soufflé par Marc Zermati, sonne comme une évidence et installe d’emblée une petite mythologie, à la fois simple et légèrement décalée. Peu après, l’histoire prend un virage new-yorkais : le groupe enregistre là-bas et bénéficie du regard bienveillant de John Cale, ce qui n’est pas rien quand on vient de la scène française encore balbutiante en matière de punk et de new wave. Le single “Re-Bop / Attitudes” paraît alors, lié à l’écosystème de ZE Records, et cette parenthèse américaine donne au groupe une visibilité et une couleur internationale qui tranchent avec l’image souvent provinciale qu’on collait encore à la scène lyonnaise.

La suite est plus heurtée, presque symptomatique de l’époque. Le départ de Marie Girard entraîne un changement d’identité, le groupe devient Garçons et s’oriente vers une musique plus dansante, plus marquée par le disco, ce qui déroute une partie de ceux qui avaient suivi les débuts. L’album Divorce cristallise cette mue et, sans être un échec total, il laisse l’impression d’un rendez-vous manqué, comme si l’élan initial s’était partiellement dissous dans les contraintes du moment. La séparation arrive peu après, presque logiquement, et l’histoire se referme au tout début des années 80, non sans laisser derrière elle quelques disques qui continuent de circuler sous le manteau et dans les bacs des collectionneurs.

Avec le recul, ce qui frappe, c’est moins la brièveté de l’aventure que sa justesse. Marie et Les Garçons n’ont jamais été un groupe de stades ni même un groupe de charts, mais ils ont incarné un moment précis où la pop française a cessé de regarder seulement Paris pour se nourrir aussi de ses marges et de ses villes. Leur trajectoire raconte à la fois l’enthousiasme, les illusions et les virages parfois abrupts d’une génération qui découvrait qu’on pouvait faire du rock autrement, en français ou presque, avec trois accords, une idée claire et l’envie d’en découdre avec le présent. C’est sans doute pour ça que leurs morceaux tiennent encore debout aujourd’hui, non pas comme des reliques, mais comme des instantanés d’une époque où tout semblait possible, même de partir de Lyon pour aller enregistrer à New York et revenir avec des chansons qui, malgré leurs aspérités, continuent de respirer.

La disparition de Marie Girard en 1996, à seulement quarante ans, a jeté une lumière encore plus fragile et mélancolique sur l’histoire du groupe. Avec le temps, elle est devenue une figure presque fantomatique de cette scène lyonnaise de la fin des années 70, associée à une énergie brute et à une promesse restée en suspens. À l’inverse, le parcours de Patrick Vidal a pris une tournure inattendue mais finalement assez logique : il s’est reconverti en DJ et est devenu une figure reconnue de la nuit parisienne, notamment derrière les platines du Le Palace, temple éphémère mais mythique des années 80. Ce glissement du punk et de la new wave vers la culture club raconte aussi quelque chose de l’époque : la même génération, les mêmes corps en mouvement, mais d’autres machines, d’autres rythmes, et une autre façon de faire danser l’urgence. D’une certaine manière, les trajectoires opposées de Marie et de Patrick prolongent l’histoire de Marie et Les Garçons au-delà de leurs disques, entre disparition prématurée et réinvention, comme deux faces d’un même moment de bascule. 

Je Ne Veux / Black Angel

2e extrait du maxi de Pour l'Exemple sorti en 1988, voici "Je Ne Veux / Black Angel". 

Pour l'Exemple dans Wave n°2 (Janvier 1987)

 





R.E.M. again

Il y a quelques temps, j'ai publié un live de R.E.M. qui ne m'a pas complétement satisfait. Je souhaitais plutôt proposer une reprise étonnante... Le groupe en a souvent fait. Ainsi, grâce à cette fabuleuse formation ai-je découvert à l'époque "King Of The Road" de Roger Miller (par exemple). J'ai donc cherché un peu plus (un peu mieux ?) et je suis enfin tombé sur cette cover d'Eddie Cochran (mon chouchou des fifties)...

Pour l'Exemple

Pour l’Exemple apparaît au milieu des années 1980 comme une formation discrète mais révélatrice de ce que fut une certaine scène post-punk française hors des radars médiatiques. Le groupe se forme à Lille en 1985, mais son histoire est indissociable d’Amiens et surtout de Guerre Froide, projet actif dès 1980, dont il constitue moins une rupture qu’une prolongation naturelle. Guerre Froide appartient à cette génération de groupes marqués par l’urgence punk, souvent rapprochés de Joy Division, mais cherchant déjà ailleurs leurs références : dans une culture européenne revendiquée, nourrie d’expressionnisme allemand, de l’imaginaire berlinois et d’un tropisme persistant pour l’Est, réel ou fantasmé. Maïakovski y est cité comme référence, Marquis de Sade comme point de comparaison contemporain, et l’on parle alors de « new wave continentale » pour désigner cette scène qui refuse le simple mimétisme anglo-saxon.

Lorsque Guerre Froide se dissout au milieu des années 1980, Yves Royer, son chanteur, retrouve Fabrice Fruchart, premier guitariste du groupe, qui avait quitté l’aventure avant l’enregistrement du maxi 45 tours. Autour d’eux se constitue Pour l’Exemple, avec Philippe Buteux à la basse et une boîte à rythmes. Le nom du groupe est choisi pour sa consonance volontairement ambiguë, presque étrangère ; il renvoie à une idée plus qu’à un message, laissant à l’auditeur la responsabilité de l’interprétation. Cette notion d’interprétation subjective traverse l’ensemble de la démarche du groupe et se retrouve aussi bien dans ses textes que dans son rapport aux images.

Car Pour l’Exemple ne se pense pas uniquement comme un groupe de rock. À l’image de Guerre Froide auparavant, les concerts sont conçus comme des expériences visuelles : projections de diapositives, images fragmentées, fanzines distribués lors des prestations. Le fanzine Interprétation subjective, édité et diffusé à l’occasion des concerts, prolonge cette volonté de ne pas séparer musique et iconographie, son et sens. Le groupe se situe dans une approche engagée, sans militantisme revendiqué, où la musique est avant tout un vecteur d’images mentales. Les textes, écrits et chantés en français, abordent l’amour sous un angle douloureux, l’enfance comme territoire ambigu, la violence latente des relations humaines. Certaines influences littéraires sont explicitement revendiquées, notamment J. G. Ballard, dont l’univers résonne avec cette fascination pour les paysages mentaux et les dérives modernes.

Musicalement, Pour l’Exemple développe deux axes complémentaires : des morceaux tendus et rythmiques, souvent portés par la basse, et d’autres plus mélodiques, où la guitare et les synthétiseurs occupent un espace plus atmosphérique. Cette dualité se retrouve sur leurs premiers enregistrements. En mars 1986 paraît une cassette éponyme sur le label Cryogénisation Report, document brut de répétition, qui fixe les bases du projet. En 1988 sort enfin Contre-Courant, maxi 45 tours publié chez Flashbacks Futurs, contenant notamment Contre-courant, Je ne veux / Black Angel et La nuit. Le disque, aujourd’hui rare, connaît une gestation compliquée : soufflet perdu, problèmes de pressage, hésitations autour du label. La distribution reste essentiellement locale, assurée par Danceteria, structure lilloise déjà impliquée dans la diffusion de groupes comme Buzz, The Gun Club, Mac Carthy ou The Grief.

À la fin des années 1980, Pour l’Exemple demeure un groupe confidentiel, davantage ancré dans un réseau de scènes et d’affinités que dans une logique de carrière. Les membres vivent à Lille mais restent très liés aux groupes amiénois, et le retour en concert dans cette ville, après plusieurs années d’absence, marque une forme de bascule dans leur état d’esprit. Les photographies de groupe sont fragmentées, jamais posées, comme pour refuser toute fixation d’une identité définitive. Plusieurs projets de participation à des compilations avortent, avant qu’un dernier album cassette, E Pericoloso…, ne voie le jour en 1992, scellant la fin du groupe.


Une petite reprise de Johnny ?

Voici la face B du single des Ex-teens, soit une reprise d'un standard d'Elvis via Johnny Hallyday suivi d'"Éjaculation Précoce" que je vous laisse apprécier. Je ne l'ai pas mentionné sur la vidéo YouTube pour éviter les embrouilles. En tous cas, la juxtaposition de ces deux extrêmes : romantisme surranné  suivi d'une évocation façon cul trivial est plutôt intéressante.

Le single de Zoquillos

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'e.p. 3 titres de Zoquillos sorti en 1981 ! 


 

It's So Lovely

Voici la face b du single "punk" de Hansje. Ce coup-ci on est sur du rétro sixties années 80, beaucoup plus hardcore que certains singles de Lio ou des Forbans datant de la même époque. Pour être tout à fait franc, le pire des eighties. Mais comme je respecte tous les artistes et leurs œuvres, je publie. Tant pis pour moi.

London live en 2011

London

London fait partie de ces groupes punk anglais qui ont frôlé quelque chose sans jamais vraiment s’y installer, laissant derrière eux quelques disques nerveux et un parfum d’instant capturé trop vite. Formé à Londres en 1976, le groupe s’inscrit pile dans le moment où tout est encore possible : le punk n’est pas encore figé, les labels flairent le filon, les groupes apparaissent et disparaissent à une vitesse folle. London joue vite, fort, avec une vraie conscience pop derrière l’urgence, ce qui leur vaudra d’être signés chez MCA — un choix qui, rétrospectivement, dit beaucoup de l’époque.

Leur maxi quatre titres regroupant No Time, Siouxsie Sue, Summer Of Love et Friday On My Mind est sans doute ce qu’ils ont laissé de plus emblématique. On y retrouve un punk tendu mais lisible, bien produit, presque trop propre pour certains puristes, mais terriblement efficace. No Time ouvre le bal comme un manifeste : tempo pressé, chant hargneux, le genre de morceau fait pour lancer un concert et ne plus relâcher la pression. Siouxsie Sue, malgré son titre, n’a aucun lien avec Siouxsie Sioux ; c’est plutôt un clin d’œil générationnel, un nom dans l’air du temps, accrocheur et provocateur, typique de cette scène où tout le monde se croise dans les mêmes clubs.

Summer Of Love joue sur un contraste ironique entre son titre hérité des années psychédéliques et une exécution résolument punk, comme si London se plaisait à dynamiter les mythes récents. Quant à Friday On My Mind, reprise survitaminée du classique des Easybeats, elle résume assez bien leur positionnement : reprendre la pop anglaise, la passer à la moulinette punk et rappeler que cette musique reste aussi une histoire de mélodies et de refrains immédiats.

Le groupe ne survivra pas longtemps à cette période. Malgré un album et quelques singles, London se sépare rapidement, victime à la fois de l’emballement médiatique autour du punk et des contradictions inhérentes à un groupe underground propulsé sur un label majeur. Comme souvent, les trajectoires individuelles survivront mieux que le collectif : Jon Moss, leur batteur, connaîtra plus tard une célébrité mondiale avec Culture Club, bien loin de l’urgence crasse des débuts.

Aujourd’hui, London reste un nom que l’on croise surtout dans les discographies, les bacs spécialisés ou les conversations de collectionneurs. Leur maxi de 1977-78 fonctionne comme une capsule temporelle : quatre morceaux qui racontent un moment précis de la scène punk londonienne, quand l’énergie brute cohabitait encore avec l’idée de tubes potentiels, avant que tout ne se fragmente en chapelles. Un disque modeste, mais suffisamment tendu et accrocheur pour mériter d’être ressorti de temps en temps, histoire de se rappeler que le punk n’a pas toujours été qu’une posture ou un dogme.

Hansje à la télévision


Voici Hansje

En 1978, quand Silex Pistols Piew Piew débarque sur vinyle, on comprend assez vite qu’on n’est pas face à une révélation punk surgie des marges d’Amsterdam, mais devant un pur produit d’exploitation pop, parfaitement assumé. Hansje, chanteuse hollandaise au parcours déjà bien entamé dans le mannequinat et la télévision, se retrouve propulsée dans le grand bain new wave au moment précis où tout ce qui claque, crache et fait semblant d’être dangereux semble vendable. Le morceau arrive juste après l’onde de choc provoquée par Ça plane pour moi et consorts : même tempo pressé, mêmes onomatopées absurdes, même sensation d’urgence un peu creuse. Peu importe le sens, l’essentiel est ailleurs : ça doit sonner punk, ça doit aller vite, et surtout ça doit coller à l’air du temps.

Le vernis punk est d’autant plus révélateur que Silex Pistols Piew Piew n’est pas une création originale, mais la reprise quasi clé en main d’un titre d’un groupe belge, Too Much, sorti la même année. On est là au cœur du mécanisme d’exploitation : un morceau repéré, jugé suffisamment accrocheur, recyclé avec une nouvelle figure en façade. Hansje ressemble à Debbie Harry ? Très bien, on va en faire une Debbie Harry locale. Le punk marche ? Parfait, on garde la structure, l’énergie factice, le gimmick vocal, et on emballe le tout dans une image new wave compatible avec la télévision et les plateaux allemands.

Ce qui rend Silex Pistols Piew Piew intéressant aujourd’hui, ce n’est donc pas tant sa valeur musicale intrinsèque que ce qu’il raconte de l’industrie de la fin des années 70. Tout est calibré, rien ne sonne vraiment dangereux, mais l’emballage est suffisamment frondeur pour donner l’illusion d’un débordement. Le punk devient ici un costume, un décor, un argument marketing, vidé de sa charge initiale mais encore assez frais pour tromper l’oreille quelques minutes.

Avec le recul, le single fonctionne comme une capsule temporelle parfaite : celle d’un moment où le punk n’est déjà plus un choc culturel, mais une esthétique duplicable, traduisible, exportable. Hansje n’est ni une héroïne underground ni une simple imposture ; elle est le produit d’un système qui observe, copie et recycle à grande vitesse. C’est précisément ce côté “on va faire un truc un peu punk parce que c’est ce qui marche” qui rend ce disque attachant aujourd’hui. Une exploitation pop sans illusion, presque naïve, coincée entre la subversion fantasmée et le divertissement pur, et qui, sans le vouloir, documente parfaitement la fin de l’innocence punk.

C'est Pas Grave

Voici "C'est Pas Grave", un nouvel extrait du long des Goulues. J'aime bien leur son et leur énergie. Il y a un petit quelque chose de garage-sixties finalement assez proche des Calamités !

D'autes photos des Monkey Business

Toujours grâce au camarade Led', voici d'autres photos (ce coup-ci en noir et blanc) des Monkey Business en répétition (à Boulogne et ailleurs), sans doute au début du groupe.




Le single de Veel

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le single des belges de Veel sorti en 1981.

Ex-Teens

Ex-Teens fait partie de ces groupes français des années 80 dont il ne reste aujourd’hui que quelques traces, un nom qui circule entre collectionneurs et un 45-tours qui refait parfois surface au détour d’une caisse ou d’un forum spécialisé. En 1986, le groupe sort un unique single, Dans Ma Ville, sur le label DS Audio. Une production modeste, typique de cette période où de nombreuses formations rock existaient en marge des circuits officiels, enregistrant un disque comme on laisse une balise, sans forcément imaginer qu’il deviendrait, des décennies plus tard, un objet de curiosité pour amateurs de scènes oubliées.

À l’époque, Ex-Teens se compose de Frédéric Duchesne au chant, Pascal Manganaro à la batterie et Vincent Guilluy à la basse. Le trio s’inscrit dans ce rock français de milieu des années 80, direct et sans fioritures, ancré dans le quotidien, comme le suggère déjà le titre Dans Ma Ville. Le morceau évoque une réalité urbaine banale et familière, loin des postures ou des effets de style, dans une veine qui rappelle toute une génération de groupes locaux pour qui le rock était avant tout une affaire de vécu et de proximité. Le choix de placer en face B une reprise de Heartbreak Hotel d’Elvis Presley (via Johnny en français) est révélateur de cet ancrage rock sans complexe, assumant une filiation évidente avec les racines du genre tout en les réinterprétant à l’échelle d’un trio français des années 80.

Le disque sort discrètement, sans relais médiatique notable, et ne sera suivi d’aucune autre publication connue. Comme beaucoup de groupes de cette époque, Ex-Teens n’a laissé ni interviews, ni articles de presse, ni récit officiel de son parcours. Seuls subsistent ce 45-tours, quelques mentions éparses et la mémoire fragmentaire de ceux qui l’ont croisé ou écouté. Cette absence d’archives fait aussi partie de son histoire. Elle rappelle combien la scène rock française des années 80 fut foisonnante, faite de groupes éphémères, d’initiatives isolées et de disques autoproduits ou confidentiels, dont l’existence même tient parfois à un exemplaire conservé, un rip partagé ou un nom inscrit sur une pochette. Ex-Teens appartient pleinement à cette cartographie discrète et précieuse que Bouloup s’attache à documenter, là où la mémoire officielle s’est arrêtée.

Hit Kat Choufi

 Nouvel extrait du long de Dazibao "Les Musiques De La Honte" sorti en 1987, voici "Hit Kat Choufi".

Say You Remember

Voici l'autre face du single de Détective sorti en 1982 !

Détective dans Bruit D'odeur n°4 (Novembre 1982)


Merci l'IA (et les Monkey Business)

Bon, les IA génératives n'ont pas forcément la côte. Mais, utilisées comme ils se doit, elles peuvent apporter une véritable aide. Ainsi, j'ai des planches contact d'un concert des Monkey Business au Pré St-Gervais et franchement malgré mon savoir-faire sous Photoshop, je n'ai jamais réussi à en tirer quelque chose de potable. Elles sont trop abimées. Too bad pour l'archiviste que je suis. Récemment, j'ai ressorti le dossier et j'ai réussi à ressusciter cette image qui me représente (un hasard, je ne pense pas) avec un look pure grunge comme on aimait dans les 90's. Le tout grâce à Firefly d'Adobe... 


 

Le premier single des Stilettos

Ici, on pourra télécharger le 1er single des Stilettos bordelais sorti en 1981 ! 

Détective dans On Est Pas Des Sauvages n°17 (Janvier 1983)



Plus d'infos sur Stalag (et sur leur fameux single)

 


J'ai déjà parlé de Stalag, ici-même. Or, il se trouve qu'une de mes relations Facebook était un membre du groupe. Dans deux de ses récents posts, Thierry Tuborg témoignait de cette belle aventure. Je me suis donc permis de reproduire ces deux publications. 

"L’histoire du single de Stalag « Date limite de vente », que nous avons enregistré en novembre 1980 à Bordeaux. Il se trouve que le mixage assez curieux sur ma voix dans ce disque a un rapport direct avec Trevor Horn et The Buggles. Comme on le verra un peu plus loin.
 

Mais commençons par le début.  Adoncques au cours de l’année 1980, Les Ablettes, nos petits camarades de Fumel, annoncent l’imminente sortie de leur tout premier 45-tours autoproduit (« Spontanéité zéro » et « Un amour propre »). Immédiatement, nous insistons auprès de Richard Berthou, notre manager, pour que nous enregistrions nous aussi notre disque. Il n’est pas très chaud mais nous parvenons à le convaincre. De fait, Richard va se lancer dans une organisation méthodique de l’affaire de A à Z.
Il nous déniche un petit studio abordable, 16 pistes en analogique (bien sûr), le studio Isis (rien à voir avec l’État islamique : Islamic State of Iraq and Sham), dans le quartier Nansouty. Nous nous mettons d’accord sur les cinq meilleurs titres de notre répertoire à travailler en studio, soit : « Carolus d’Or », « Interdit aux moins de 18 ans », « Dernier cri », « Date limite de vente » et « Secrets ». Le choix des deux faces du disque se fera une fois le master réalisé.


Le moment venu, on me demande de ne me montrer au studio qu’au troisième jour, une fois que Jean, Beber et Vincent auront bouclé leurs parties, lorsqu’il ne restera que les voix, les miennes et celles de Vincent, ainsi que ses solos. Auparavant, j’avais demandé à Richard s’il serait possible de faire chanter les chœurs du break de « Secrets » par une chorale d’enfants, derrière ma propre voix (« Ne laisse pas les garçons t’acheter, ne laisse pas les autres te briser, surtout ne te cache pas, ces gens n’attendent que ça »). Il avait médité une petite minute là-dessus en me fixant, puis m’avait répondu : « Je vais voir ce que je peux faire. » La veille de mon entrée en studio, je reçois une lettre de ma petite amie fumeloise, Tracy (une jeune Anglaise de quatorze ans dont la famille s’est installée dans le Lot-et-Garonne et dont j’ai fait la connaissance lors d’un concert commun des Ablettes et de Stalag). Elle m’annonce qu’elle casse avec moi. Ça me rend fou.


Le lendemain, en studio, je commence par écouter le travail des trois autres Stalag et je suis épaté. La section rythmique est impeccable, et Vincent, guitariste par trop solitaire sur scène, s’est composé des parties guitares additionnelles, a ajouté ici et là des riffs bien sentis, et leur a cherché méticuleusement un son adéquat sur son Twin Reverb. Je devine les merveilles d’arrangements que ce guitariste pourra fournir au groupe en enregistrements (loin de me figurer que nous ne rentrerons plus jamais en studio ensemble).
J’apprends que Richard n’est pas parvenu à trouver une chorale d’enfants pour « Secrets », nous devons nous contenter de chanter tous les quatre le break. Lors de mes prises pour ce titre, je ne peux m’empêcher de penser à Tracy qui me largue, je chante en chouinant un peu comme un enfant, alors je tourne le dos à la cabine d’où m’observent six paires d’yeux. « Je veux seulement, moi, me cacher parmi tes jouets… » J’enchaîne les quatre autres chansons, puis Vincent fait ses voix et ses solos.


Le lendemain, au mixage, sur le titre « Date limite de vente », je demande à l’ingé son s’il peut appliquer à mes couplets un effet gramophone.
L’ingé son me dévisage, perplexe.
— Qu’est-ce que tu entends par « effet gramophone », au juste ?
— Comme les Buggles.
— Comme les quoi ?
— Les Buggles, « Video Killed the Radio Star », tu connais pas ? T’as jamais entendu leur tube à la radio ? Sur les couplets, le chanteur a un effet gramophone, un vieux son des années 20, tu vois ce que je veux dire ? Je voudrais le même effet, ça rendrait bien sur ce titre.
Il manipule un bon moment sa console, finalement il s’en approche un peu mais ça ne rendra jamais comme les Buggles. C’est un peu raté, quoi.


À l’écoute des cinq titres, le choix majoritaire se porte sur « Date limite de vente » en face A et « Secrets » en face B. Je suis déçu parce que je voyais « Dernier cri » en face A. De plus, à la fabrication il y aura un gros plantage : alors que la pochette annonce « Date limite de vente » en titre du single, on trouve « Secrets » carrément en face A. Sans parler du nom des auteurs des chansons : Richard a dispatché nos quatre noms, deux au pif à chaque titre (alors que c’est Thierry La Barthe/Vincent Simonacci pour les deux titres). Et puis Beber est furax : Raymond Belliard est devenu Raymond Belliaed ! Zarma ! Voilà l'histoire...

« Stalag, c’est aussi bien que The Damned sur disque et aussi fou que les Stooges sur scène ».


Quatre années d’existence seulement, de 1978 à 1982, mais une intensité rare. Le groupe signe son acte de naissance en studio sous le nom de Royal Flush, clin d’œil à un vieux flipper Gottlieb martyrisé lors de leurs errances quotidiennes. Une maquette financée par une association d’aide aux jeunes, l’Adama, grugée dès le départ grâce à une fausse adresse de facturation. Le ton est donné. Stalag cultive une réputation sulfureuse, faite de concerts brouillons, d’ivresse assumée et de dégâts collatéraux. Le nom intrigue, dérange, choque parfois. Un stalag, dans l’Allemagne nazie, désignait un camp de prisonniers de guerre pour soldats et sous-officiers. Provocation pure ? Sans doute. Quand Caméra Silens brandissait l’Irlande et l’Ira, Stalag préférait l’impact frontal, sans slogan explicatif. Les sous-officiers du Punk Rock bordelais, en quelque sorte. Pas d’idéologie en bandoulière, mais une rage brute et incontrôlée.
 

L’histoire s’écrit aussi par croisements. En 1978, Kick, chanteur de Strychnine, présente ses amis de Saint-Jean-de-Luz à Thierry Tuborg. La rencontre fait des étincelles. Un guitariste manque encore. Ce sera d’abord « Chinois », trop aguerri pour ces adolescents furieux. Il laisse rapidement sa place à Vincent Simonacci, étudiant à Bergerac, recruté via une petite annonce déposée chez Bulle, disquaire culte de Bordeaux. Les répétitions s’enchaînent au presbytère, les bœufs aussi, souvent avec Strychnine, grand frère omniprésent. Kick enregistre la première maquette, puis récupère le bassiste Richard Brousse. Trahison vécue comme un coup de couteau. Mais l’histoire continue. Raymond Belliard, ancien roadie des Standards, apprend la basse et le répertoire en dix jours chrono. Punk Rock, on a dit. Ce line-up écume la région, enchaîne près d’une centaine de concerts en trois ans, dont une trentaine dans le cadre de la tournée Bordeaux Rock, aux côtés des Stilettos, Standards, STO et bien sûr Strychnine. Une aventure intense, jamais concrétisée par un véritable album, malgré des passages en studio. Aucun label n’ose franchir le pas. Trop bruyant, trop instable, trop libre. Janvier 1982 marque le split. Rideau. 

Il faudra attendre plus de trente ans pour exhumer les bandes d’époque. En 2007, le label parisien Mémoire Neuve publie Dernier Cri, compilation mêlant enregistrements studio, 45 tours de 1981 et prises Live. Un dernier cri ? Pas vraiment. Stalag remonte sur scène en 2005, prouvant que certaines colères vieillissent mieux que le vin. Quand les concerts sont annulés, Stalag transforme le local de répétition en salle de spectacle. Le public suit. Attitude Punk jusqu’au bout, mais répétitions quotidiennes, rigueur et acharnement. Le chaos, oui. L’amateurisme, non. Mais un groupe, même Punk Rock, ce n’est jamais qu’un concept. Ce sont des corps, des noms et des choix parfois irréversibles.
 

Membres et ex-membres de Stalag

Stalag, ce n’est pas seulement un mur de guitares et une réputation à la sulfateuse. C’est aussi une addition de trajectoires individuelles, de passages éclairs et de fidélités bruyantes. Des personnalités parfois fugaces, souvent radicales, qui ont façonné l’identité du groupe au fil des répétitions, des concerts et des ruptures.
Thierry La Barthe aka Thierry Tuborg, aka à l’époque Thierry Heineken (Chant)
Figure centrale et moteur du groupe, il incarne la rage fondatrice de Stalag. Adolescente et frontale, sa présence scénique impose le ton. Dans les années 80, il enregistre plusieurs titres avec Jean-Michel Cros et Pascal Cros au sein du groupe Les Alliés. Il se reconvertit ensuite dans l’écriture et publie deux romans, troquant la violence électrique pour une colère plus littéraire, mais tout aussi acérée.

• Richard Brousse aka « Spleen » (Basse)
Bassiste des premiers mois et cofondateur de Stalag, il participe à la naissance du groupe avant de rejoindre Strychnine. Un départ vécu comme une trahison par certains, mais qui illustre surtout la porosité de la scène Punk Rock bordelaise de la fin des années 70, où les groupes se croisent, se déchirent et se recomposent sans cesse.

• Jean de Rivière (Batterie)
Pilier rythmique du groupe à ses débuts, il apporte l’urgence et la rudesse nécessaires à la mécanique Stalag. Une batterie sans fioritures, directe, pensée pour accompagner la déflagration plutôt que la démonstration.

 • Chinois (Guitare)
Premier guitariste du groupe, rapidement jugé trop expérimenté pour l’énergie brute et encore maladroite de ces jeunes punks. Son passage, bref mais fondateur, permet à Stalag de trouver ses premiers repères avant d’opter pour une approche plus radicale et instinctive.

• Vincent Simonacci aka Tungstène (Guitare)
Recruté via une petite annonce déposée chez Bulle, disquaire incontournable de Bordeaux, il apporte une guitare tranchante et un jeu parfaitement aligné avec l’esthétique du groupe. Son surnom résume bien son apport sonore : dense, abrasif et sans concession.

• Raymond Belliard (Basse)
Ancien roadie des Standards, il rejoint Stalag en 1979 après le départ de Richard Brousse. En dix jours, il apprend la basse et le répertoire, preuve d’un engagement total et d’une efficacité toute Punk Rock. Il fait partie du line-up le plus actif, celui qui écumera les salles et portera Stalag sur scène jusqu’à la séparation.
 

Stalag n’a jamais cherché à durer. Juste à frapper fort. Quatre ans, cent concerts, zéro compromis. Pas d’album à l’époque, mais une empreinte indélébile. La preuve qu’à Bordeaux aussi, le Punk Rock ne se dégustait ni tiède ni poli. Plutôt cul sec, verre ébréché, ampli à fond. Alors ce samedi, mousse glacée ou vin chambré ? Peu importe. Tant que ça brûle un peu en descendant.

Il y eut, bien sûr, l’éclair fulgurant de Stäläg 13, Punk Hardcore américain, né en 1983 et déjà disparu en 1984. Et il y a, bien sûr, des stalagmites et des stalactites. Mais dans l’histoire du Rock, un seul nom résiste et s’impose : Stalag."
 

Les Goulues dans Psyko Punc N°6 (Mars 1988)



Détective

Détective fait partie de ces groupes dont l’existence tient presque entièrement dans les pages des fanzines et sur un unique 45 tours, mais dont la trace suffit à raconter toute une scène. Début des années 1980, à Lyon, alors que l’on continue de réduire la ville à Starshooter ou à Marie et les Garçons, Détective apparaît comme une autre facette, plus intériorisée, plus nocturne, d’une new wave locale pourtant bien vivante. Les fanzines de l’époque prennent d’ailleurs un malin plaisir à rappeler à ceux qui enterrent un peu vite la scène lyonnaise qu’elle vient encore de s’enrichir d’une « perle rare ».

Détective se compose autour de Ruth au chant, voix immédiatement décrite comme centrale, presque magnétique, soutenue par Philippe aux claviers et Jean-Louis à la basse. Le groupe chante en anglais, choix encore loin d’être anodin à l’époque, et construit une musique mélodique, dépouillée, parfois légèrement ésotérique, qui évoque davantage The Passions, The Comateens ou les premiers Cocteau Twins que les figures les plus visibles de la new wave hexagonale. Les chroniques insistent sur ce point : ici, pas de synth-pop clinquante ni de pose à la Visage ou Dépêche Mode, encore moins de « pink-floydries » complaisantes, mais une musique de l’esprit et du cœur, capable de provoquer une certaine langueur et des frissons durables.

En 1982, le groupe autoproduit un 45 tours comprenant When The Curtain Falls et Say You Remember, sorti sur le label Element. Les deux titres sont salués pour leur efficacité et leur qualité de production, d’autant plus remarquables au regard des moyens limités dont disposait le groupe. When The Curtain Falls installe une atmosphère feutrée et mélancolique, portée par les claviers et la voix de Ruth, tandis que Say You Remember prolonge cette impression d’élégance sombre, quelque part entre pop fragile et new wave introspective. Plusieurs chroniqueurs soulignent que, si le disque est convaincant, Détective doit probablement encore plus s’apprécier sur scène, même si le groupe semble peu tourner, au grand regret de ceux qui l’ont découvert sur vinyle.

La diffusion du disque reste confidentielle, essentiellement par correspondance, via des contacts à Écully ou par l’intermédiaire de réseaux comme New Wave. Rien n’indique que Détective ait dépassé ce premier single, ni qu’il ait cherché à s’inscrire durablement dans un circuit professionnel. Comme beaucoup de groupes de cette période, son histoire semble brève, presque évanescente, mais suffisamment marquante pour que les fanzines en conservent la mémoire.

Quarante ans plus tard, Détective apparaît comme un parfait exemple de cette new wave française souterraine, inventive et sincère, qui n’a laissé que peu de traces matérielles mais dont l’écho continue de circuler à travers quelques disques, des chroniques passionnées et des archives précieuses. Un groupe discret, mais loin d’être anecdotique, et qui rappelle que la scène lyonnaise du début des années 80 ne se résumait décidément pas à ses figures les plus médiatisées.

Le retour des Cherokees

En trainant sur les réseaux, je suis tombé sur cette magnifique photo (faite par Ph. Boissel) des Cherokees, dont j'ai déjà beaucoup parlé ici-même !

Chapel Of Love

Jolie surprise que cette face b, puisqu'il s'agit d'une cover du tube des Dixie Cups sorti en 1964 et qui n'est pas sur l'unique album du groupe (que j'ai beaucoup écouté - ceci expliquant cet apparent soudain intérêt pour Holly And The Italians).

Le single de Théâtre

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Théâtre sorti en 1983.


 

Les Goulues dans Bruits Et Graffitis n°4 (Mars 1984)