Russian Roulette dans Rock Hardi n°6 (Octobre 1984)

 


Amendment

Dernier extrait du single de Quel Dommage sorti en 1984, voici le très new-wave "Amendment". 

Le clip de Russian Roulette (FR3 Besançon - 1985)

Russian Roulette

Russian Roulette s’inscrit dans une histoire longue et très imbriquée de la scène rock et punk du bassin mulhousien, où les groupes semblent se répondre, se dissoudre et se reformer en permanence pendant plus d’une décennie. Tout commence en réalité bien avant le nom lui-même, avec une série de formations successives qui structurent un véritable réseau musical local. Dès 1974, Knollhammer réunit Jean-Luc Gomez à la basse, Jean Hasenboehler à la guitare et Bitchené à la batterie. Lorsque ce dernier quitte le groupe, la dynamique continue et évolue vers Black Rat en 1976, formation élargie où se croisent plusieurs figures importantes de la scène locale, dont Jean-Yves Saquet à la batterie et Guenolé Biger, également batteur et passé par Ange, ainsi que Thierry Smadja au chant et Agnain Martin à la guitare. Le groupe répète dans des conditions très autonomes à Spechbach, près de Mulhouse, dans une maison transformée en lieu de vie et de travail, avec un local aménagé par eux-mêmes. Cette période est déjà marquée par une activité scénique réelle, une vingtaine de concerts dans la région et jusqu’en Suisse et en Allemagne, avec une logique d’indépendance totale, affiches collées à la main et matériel géré sans intermédiaires.
 
À la fin de 1977, une nouvelle scission donne naissance à Speed Queen, formé notamment par Agnain Martin et Thierry Smadja, tandis que d’autres musiciens poursuivent sous différentes configurations comme Strass, Virginie ou encore Marilyn, qui croisent des noms comme Freddy Koella, futur guitariste reconnu ayant joué avec Bob Dylan, Willy DeVille ou Francis Cabrel. Dans cet environnement très poreux, où les musiciens passent d’un projet à l’autre sans rupture nette, se construit peu à peu le terrain sur lequel émergera Russian Roulette. Jean-Yves Saquet, figure centrale de cette trajectoire, raconte une enfance et une adolescence marquées par une découverte intuitive du rock, entre les Rolling Stones entendus chez les voisins et les New York Dolls découverts par hasard en supermarché, puis un déplacement vers Mulhouse qui l’ancre dans cette scène en gestation.
 
Au début des années 80, Jean-Yves et Michèle Saquet rencontrent Jean-Louis Arnitz dans un café-concert mulhousien, Le Cerf, lieu pivot de la scène locale. Arnitz incarne alors une figure punk très marquée, déjà passée par plusieurs groupes comme Typhus, Laxatif ou Chaos Club, et se distingue autant par son esthétique que par son activité de parolier et de dessinateur. Le groupe se structure alors dans une cave proche d’un presbytère, à une dizaine de kilomètres de Mulhouse, dans un environnement encore une fois totalement autonome. Didi Kaiser à la batterie et Christian Montemagni à la guitare complètent une première formation qui commence à tourner localement et dans les pays voisins. Leur présence sur scène est rapidement remarquée, notamment lors du festival Les Aventuriers du Rock Perdu en mai 1982, où leur passage marque les esprits par une énergie brute et une esthétique déjà très visuelle, entre crêtes, perfecto et références assumées au punk new-yorkais. Les concerts suivants les mènent à Fribourg, en Suisse et dans plusieurs villes de l’Est de la France, dans une logique de circuits alternatifs et de lieux autogérés.
 
En 1982, des départs successifs fragilisent la formation, mais les liens avec la scène ne se rompent pas. Certains membres rejoignent ou croisent des groupes comme Cosmetix ou Sound Attack, tandis que d’autres projets se développent parallèlement en Allemagne du Sud. C’est aussi à ce moment que la scène punk régionale se révèle comme un réseau transfrontalier continu, où les musiciens circulent entre Mulhouse, Strasbourg et Fribourg, nourrissant une esthétique commune faite de liberté totale et d’approximations assumées. Lorsque Jean-Yves Saquet évoque cette période, il insiste sur la précarité et l’énergie brute plutôt que sur la maîtrise technique, une musique de contact et de survie plus que de virtuosité.
 
C’est dans ce contexte que se met en place, en 1983, ce qui deviendra le single de Russian Roulette. Jean-Yves Saquet évoque une rencontre déterminante avec le producteur Emmanuel Booz, qui cherche alors un groupe de rock plus frontal que les formations new wave parisiennes. Le projet prend forme rapidement autour d’un enregistrement prévu à Paris, tandis que la formation est reconstituée avec des musiciens venus d’Allemagne, notamment Stephan Olefs et Dan Boll, issus du groupe Harnröhrer, déjà actif dans une scène punk allemande très liée aux réseaux français. Le groupe se retrouve donc dans une configuration hybride, franco-allemande, assez représentative de cette zone frontalière où les scènes se mélangent sans distinction nette.
 
L’enregistrement se déroule en 1984 au studio Garage à Paris, en seulement deux jours, dans des conditions rapides et peu sophistiquées. Booz participe aux chœurs et pousse même l’expérience jusqu’à des interventions vocales en allemand, accentuant le côté chaotique et spontané du projet. Le résultat donne un 45 tours tiré à environ mille exemplaires, dont une partie est tamponnée « promotion interdite à la vente », ce qui contribue encore à son statut ambigu entre objet promotionnel et disque officiel. La pochette, réalisée par Jean-Louis Arnitz, prolonge cette esthétique bricolée et très personnelle. Le titre “J’ai Tout Oublié” devient ainsi le seul témoignage discographique concret du groupe dans cette formation.
 
Un clip est tourné pour FR3 Besançon et diffusé dans l’émission Décibels, offrant une visibilité ponctuelle à un groupe qui reste profondément ancré dans l’underground. Le dernier concert a lieu en juillet 1984 au Fort d’Aubervilliers, aux côtés de formations comme Oberkampf ou Ausweis, avant que les membres ne se dispersent définitivement, certains retournant en Allemagne, d’autres poursuivant des parcours musicaux parallèles. Comme souvent dans cette scène, la fin du groupe ne marque pas une rupture mais une transformation continue, avec des reprises d’activités dans d’autres formations, des lieux alternatifs ou des projets plus informels.
 
La suite de l’histoire prolonge cette logique. Jean-Yves et Michèle Saquet reprennent le café-concert Le Cerf, qui devient un point névralgique de la scène locale et accueille des groupes internationaux ou français comme Little Bob ou The Saints. De nouvelles formations émergent ensuite, notamment les Gimmicks, puis le Bluff Band, montrant une continuité musicale et humaine qui dépasse largement le cadre de Russian Roulette. Dans cette perspective, le groupe apparaît moins comme une entité isolée que comme un moment précis d’un réseau plus vaste, fait de circulations, de rencontres et de bifurcations permanentes.
 
Russian Roulette reste ainsi un objet typique de cette scène française des années 80, à la frontière du punk et du hard rock, profondément liée à l’Allemagne et à la Suisse, et caractérisée par une énergie DIY totale. Un groupe bref dans sa durée mais dense dans ses ramifications, dont le single “J’ai Tout Oublié” agit presque comme un point de condensation de toute une époque plus que comme un simple enregistrement.
  

Le 1er single des Tokow Boys

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single des Tokow Boys sorti en 1980.


 

Autour De Mes Nuits

Voici le morceau-tître du mini album des Goulues "Autour De Mes Nuits". Une chanson pop et plutôt sympatoch' !

Que Dommage d'avoir un tître de chanson si long !

 Voici "Music For Serious And Solemn Occasions", 2e extrait du single de Quel Dommage sorti en 1984 !

Douce revanche

 Voici l'autre face du premier single de Neon Judgement ! Le très enlevé "Sweet Revenge".

Interview de Quel Dommage dans Kindred Spirit n°4

 Je me suis permis de traduire une interview de Quel Dommage publiée sur ce très bon blog !

Quel Dommage fait partie des nombreux groupes de Hull qui semblent presque inévitablement destinés à passer à l’étape supérieure.

Le groupe s’est formé en juillet 1982 et a depuis gagné en popularité localement, particulièrement au cours des six derniers mois, grâce à une activité scénique soutenue dans la région de Hull, notamment une première partie plutôt bien accueillie aux côtés de Chelsea. La sortie de leur premier EP, prévue dans les deux ou trois semaines à venir, devrait, espérons-le, leur permettre de grimper encore quelques échelons.

Leurs goûts musicaux personnels couvrent un large éventail de styles, des Cult Maniax… pardon Andy… CULT MANIAX jusqu’à Ian Dury, mais leurs propres compositions sont imaginatives, sombres et traversées d’une agressivité sous-jacente.

Comme les seules occasions où j’ai pu entendre le groupe ont été en concert (les systèmes de sonorisation ne leur rendant pas toujours justice), je me demandais si leurs textes correspondaient à l’atmosphère lourde et pesante de leur musique.

Mike : Il n’y a pas de message caché derrière les textes. Certains parlent de violence en ville, d’autres de bouleversements émotionnels, certains sont romantiques. Ça parle d’un peu tout.

Pensez-vous que de bonnes paroles peuvent parfois détourner l’attention du contenu musical d’un morceau ?

Mike : Moi, j’écoute les paroles en premier. Je pense que c’est la partie la plus importante d’une chanson.

Andy : Je dirais plutôt que la musique est plus importante, mais chacun voit ça différemment.

Quels auteurs de paroles admirez-vous le plus ?

Andy : Rat Scabies.

Mike : Ian Curtis. Je ne comprenais pas de quoi il parlait la moitié du temps, mais j’aimais ça ! Ses paroles n’ont vraiment pris sens qu’après son suicide.

Comment composez-vous un morceau ?

Ian : En général, ça commence par un riff de guitare, puis on ajoute la ligne de basse.

Andy : On écrit un morceau, on trouve son ambiance, puis on a tout un stock de paroles qu’on garde jusqu’à trouver la bonne mélodie pour aller avec, et on assemble les deux.

Mike : Les paroles et la musique peuvent parfois être écrites à six ou sept mois d’intervalle.

Où enregistrez-vous ?

Ian : On est allés trois fois au studio de Ken Giles à Bridlington, mais il a déménagé à Wakefield. Il a ouvert un grand studio avec des équipements 8, 16 et 24 pistes.

Andy : Pour enregistrer un single, il nous faut du 16 ou 24 pistes. On utilisait du 8 pistes, mais c’est assez limité. Chaque studio a son propre son, mais je pense qu’il faut sortir de Hull pour trouver un bon studio.

Avez-vous déjà pensé à faire une vidéo ?

Andy : On a filmé récemment un de nos concerts, surtout pour voir à quoi on ressemblait sur scène.

Vous aimeriez faire une vidéo plus scénarisée, comme Indians in Moscow ?

Andy : Ce serait un changement de faire quelque chose comme ça, mais ça ne m’attire pas tant que ça.

Mike : Je ne supporte pas de voir des groupes pop essayer de jouer la comédie. Je préfère voir une vidéo d’un groupe en live sur scène.

Andy : Une bonne vidéo, c’est une vidéo qui sert la chanson.

Pensez-vous être influencés par quelqu’un en particulier ?

Andy : Nos influences, c’est nous-mêmes. On a tous des goûts différents, mais ça ne veut pas dire qu’on copie un groupe précis. On nous compare à The Cure et Joy Division, mais on ne cherche pas à leur ressembler.

Quelles sont vos opinions sur le féminisme ?

Andy : Eh bien… chacun fait comme il veut… (réponse très peu engagée, les gars !)

Et les femmes de Greenham Common ?

Andy : Elles ont fait de grands sacrifices pour être là-bas et, personnellement, je sympathise avec elles.

Vous êtes tous pro-CND ?

Mike : Je ne veux pas de guerre nucléaire, c’est bien la dernière chose que je souhaite.

Andy : C’est du bon sens, non ? Qui a envie de sauter ?

Ian : Je ne connais peut-être pas tous les faits, mais de mon point de vue, la Russie a des bombes nucléaires, donc nous devons en avoir aussi comme moyen de dissuasion. Il n’y a pas eu de guerre depuis 1945 et je pense que ça l’empêche. Par contre, ces missiles secondaires sont absurdes. On a déjà de quoi rayer le monde de la carte et ils essaient encore d’en construire de meilleurs ?!!

Andy : Alors que cet argent pourrait être utilisé à bien meilleur escient.

Quelle est la prochaine étape pour Quel Dommage ?

Ian : La prochaine étape, c’est forcément de jouer en dehors de Hull… Leeds, Manchester, ce genre d’endroits.

Andy : C’est un cercle vicieux. Il faut avoir sorti un single et être un minimum reconnu avant de pouvoir décrocher un concert hors de Hull. On a écrit à des salles, appelé des gens, mais sans succès. Beaucoup d’organisateurs veulent faire de l’argent, et si tu n’es personne, ils ne veulent pas te connaître. L’idéal serait d’obtenir une première partie pour un gros groupe.

Un dernier mot ?

Andy : J’aimerais juste dire que la scène de Hull est franchement pourrie en ce moment. Ce n’est pas parce que certains groupes attirent l’attention des médias et de la presse que Hull possède une scène valable. C’est aux groupes de faire évoluer la scène — ils devraient s’entraider au lieu d’être aussi arrogants et ignorants, comme certains le sont ! Il serait temps de faire un grand ménage dans cette putain de ville !!

Bon… euh… autre chose ?

Andy : Merci à tous ceux qui ont fait l’effort de découvrir Quel Dommage, ah et je ne fume pas !


 

Quel Dommage

Formé à Hull au milieu des années 80, Quel Dommage n’a laissé qu’une poignée d’enregistrements, suffisamment rares pour alimenter les fantasmes habituels autour de la cassette culture anglaise, des labels bricolés et des groupes qui ont probablement répété davantage qu’ils n’ont joué.

Paru en 1984 sur le microscopique label Xcentric Noise, Bright Lights ressemble exactement à ce qu’on espère d’un obscur EP britannique de cette période : une production sèche, une tension contenue et cette manière très anglaise de faire de la mélancolie sans jamais verser dans le pathos. Le morceau-titre avance avec une lenteur presque obstinée, porté par une basse rigide, des guitares maigres et un synthé qui apporte juste ce qu’il faut de froideur synthétique pour faire basculer l’ensemble du côté minimal wave. On pense parfois aux premiers Cure débarrassés de toute tentation pop, parfois à ces dizaines de groupes provinciaux qui ont absorbé Joy Division sans forcément disposer des mêmes moyens ni des mêmes ambitions.

La face est complétée par l’improbablement intitulé Music For Serious And Solemn Occasions (A Song Of Thankfulness And Praise), titre aussi pompeux qu’attachant, qui prolonge cette esthétique grise et appliquée, comme si Quel Dommage avait décidé de prendre très au sérieux sa propre tristesse. Rien ici ne cherche l’efficacité immédiate : tout semble légèrement raide, retenu, presque maladroit, ce qui contribue paradoxalement au charme du disque.

Le passage du groupe chez John Peel en août 1984 suffit à prouver que Quel Dommage n’était pas totalement condamné à l’anonymat, même si leur trajectoire semble ensuite s’être dissoute dans le brouillard habituel des groupes DIY anglais. La réédition tardive de leurs archives sous le titre Drogo Beat a permis de confirmer qu’il ne s’agissait pas seulement d’un single isolé mais bien d’un projet un peu plus consistant, actif entre 1983 et 1986.

Bright Lights n’est sans doute pas un chef-d’œuvre caché qui bouleversera l’histoire du post-punk, et c’est peut-être précisément ce qui le rend intéressant. On y entend moins la naissance d’un grand groupe manqué qu’un témoignage très pur de cette Angleterre musicale parallèle où des dizaines de formations enregistraient quelques titres, pressaient un 45 tours à compte d’auteur et disparaissaient presque aussitôt. Un disque mineur, donc, mais de ceux qui racontent parfois mieux une époque que les classiques mille fois documentés.

The Neon Judgement dans L'Equerre (Été 1986)

Petite pensée pour Franck qui, à l'époque, fréquentait la bande de l'Equerre ! 

The Neon Judgement live à la télé Belge en 1986

 

Neon Judgement

Dans la Belgique du début des années 80, quelque part entre les dernières secousses du post-punk et l’émergence d’une électronique encore bricolée, The Neon Judgement apparaît presque en marge, mais avec une intuition sonore qui va marquer durablement les sous-sols européens. Formé à Louvain en 1981 par Dirk Da Davo et TB Frank, le duo commence comme beaucoup à l’époque : avec peu de moyens, des idées très claires et un goût prononcé pour les textures froides. Leurs premières cassettes autoproduites circulent discrètement, mais posent déjà les bases d’un son tendu, minimaliste, où la boîte à rythmes claque sec et la guitare tranche sans bavure. En 1982, la sortie de “Factory Walk” agit comme un révélateur. Le morceau, à la fois rigide et nerveux, presque mécanique sans jamais être totalement déshumanisé, devient rapidement un classique underground. Il ne s’agit pas seulement d’un premier single réussi, mais d’une forme de manifeste involontaire, quelque part entre la répétition industrielle et une urgence héritée du punk.

À la même époque, la Belgique voit émerger toute une scène électronique radicale, et le parallèle avec Front 242 est inévitable, même si The Neon Judgement s’en distingue très vite. Là où d’autres poussent vers une Electronic Body Music plus martiale et structurée, eux conservent une ambiguïté permanente, une manière de laisser entrer la guitare, le flottement, voire une certaine forme de mélancolie. Cette tension entre rigidité et lâcher-prise devient leur signature. Les enregistrements du milieu des années 80, notamment autour de “Mafu Cage”, montrent un groupe en pleine mutation, qui affine son langage sans jamais le lisser complètement. Il y a chez eux une volonté d’aller vers des formats plus construits, mais sans abandonner cette rugosité initiale qui fait tout leur sel.

À la fin de la décennie, alors que les scènes électroniques se spécialisent et que les esthétiques se figent parfois, The Neon Judgement prend une direction légèrement à contre-courant. La guitare prend plus de place, les structures se rapprochent du rock, et certains morceaux semblent hésiter entre club et scène live. Ce n’est pas un reniement, plutôt une extension du territoire, mais cela les place dans une position un peu inconfortable, trop rock pour les puristes de l’EBM, trop électroniques pour les circuits rock classiques. Cette zone grise, qu’ils occupent presque seuls, contribue sans doute à expliquer pourquoi leur reconnaissance reste longtemps confinée à un cercle d’initiés, malgré une activité scénique soutenue et une discographie cohérente.

Les années 90 accentuent encore ce déplacement. Le son se fait plus organique, parfois presque bluesy, loin des pulsations mécaniques des débuts. À mesure que la techno et les formes plus dures d’EBM gagnent du terrain, The Neon Judgement semble suivre son propre chemin, indifférent aux effets de mode. Cette trajectoire, moins lisible, les éloigne progressivement du devant de la scène, sans pour autant entamer la fidélité de ceux qui les suivent depuis les premières heures. Il y a dans cette période quelque chose d’assez typique des groupes nés dans l’urgence des années 80, qui refusent de se figer dans une formule qui a pourtant fait leurs preuves.

Le ralentissement de la fin des années 90 et des années 2000 n’a rien d’une disparition. Les activités deviennent plus sporadiques, les projets parallèles prennent le relais, mais le nom circule toujours, notamment grâce aux rééditions et à l’intérêt croissant pour les scènes cold wave et industrielles. Avec le recul, “Factory Walk” apparaît de plus en plus comme un point de départ emblématique, non seulement pour le groupe, mais pour toute une manière d’aborder la musique électronique sans renoncer à l’énergie du rock. Le retour sur scène dans les années 2010, dans un contexte où ces esthétiques retrouvent une nouvelle jeunesse, confirme leur statut de groupe culte, presque discret mais essentiel.

Ce qui frappe aujourd’hui, en replongeant dans leurs premiers enregistrements, c’est à quel point The Neon Judgement n’a jamais vraiment cherché à appartenir à une case précise. Ni totalement EBM, ni vraiment rock, ni strictement industriel, le duo a constamment navigué entre plusieurs mondes, au risque de rester en périphérie. C’est précisément là que réside leur intérêt. Dans cette capacité à maintenir une forme d’instabilité, à refuser la pureté des genres, et à produire, dès 1982, avec un morceau comme “Factory Walk”, une musique qui semble encore aujourd’hui fonctionner comme une ligne de fuite plutôt qu’un point d’arrivée.

Le retour des Stillers

Du fait d'un problème technique, j'avais arrêté la publication du mini album des Stillers, le magnifique "Rock Rural". Voici donc le dernier extrait ! 

Le 3e single de The Depressions

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 3e single de The Depressions, pur groupe punk anglais, sorti en 1978.


 

Les Monkey Business au Studio Val d'Orge

Nous sommes le week-end du 1er Juin 1993 et les Monkey Business enregistrent leur première maquette en 16 pistes avec le fameux Jean Taxis qui depuis a fermé le studio et récupéré le Studio d'Hérouville. Jean est connu pour son travail avec la crème de la scène new-wave de l'époque. Les photos que je publie aujourd'hui ont été prises par Yann à l'époque (Thanks bro) et on comprend sa fascination pour le matériel utilisé. 





 

Vive La Veuve

Dernier extrait de l'unique single des Nana Bonnard sorti en 1983, voici le très punk "Vive La Veuve" ! 

Les David Vincent dans Rock de Poche & Cie N°19 (Avril 1991)






Les David Vincent

Les David Vincent n’ont jamais vraiment cherché à faire du rock comme les autres, et c’est sans doute pour ça qu’on en parle si peu aujourd’hui. Formé à Troyes à la fin des années 80, le groupe apparaît à un moment où la scène alternative française déborde d’énergie mais commence déjà à se structurer, à se professionnaliser par endroits. Eux prennent le chemin inverse. Leur unique album, Ourouni, sorti en 1990 sur New Rose, ressemble moins à une tentative de carrière qu’à la captation d’un état second. Quant à leur nom, on se souvient - bien sûr - de la série culte "Les Envahisseurs".

Dans une interview donnée à l’époque à un fanzine, ils posent d’emblée les bases de leur affaire : ils jouent du “trash jungle rock”. La formule pourrait passer pour une blague si elle n’était pas aussi précise. Dans leur bouche, ça devient un mélange de rockab’ tribal, de blues déjanté et de rythmes marécageux. À l’écoute, ça se traduit par une musique instable, mouvante, qui semble parfois sur le point de se désagréger mais retombe toujours sur ses pattes, portée par une énergie de groupe très physique. L’harmonica y dialogue avec les guitares, les percussions épaississent le décor, et le chant, souvent à la limite de la transe, sert davantage d’incantation que de narration.

Leur imaginaire est à l’avenant. Les David Vincent parlent de leurs concerts comme de fêtes enfumées où le public se transforme en sauvages et les salles en jungles verdoyantes. Il n’est pas question de pose ou de mystique de façade : tout est dit avec une forme de candeur enthousiaste, presque naïve, mais parfaitement cohérente avec leur musique. Ils veulent provoquer quelque chose de physique, d’immédiat, une perte de repères plus proche du rituel que du concert rock classique. Ils le disent eux-mêmes : ils ensorcellent, ils envoûtent. Dit comme ça, ça pourrait prêter à sourire, mais Ourouni donne plutôt envie de les croire.

Le titre de l’album est à lui seul un programme. “Ourouni”, expliquent-ils, serait une sorte de mantra récupéré chez Slim Gaillard (en solo ou via "Slim & Slam"), personnage fantasque du jazz américain connu pour ses inventions linguistiques. L’histoire qu’ils racontent – un type tambourinant pendant des heures dans une boîte enfumée en répétant des variations autour du mot – tient autant du mythe que de l’anecdote, mais peu importe. Ce qui compte, c’est l’idée que le langage peut devenir rythme, que les mots peuvent perdre leur sens pour ne garder que leur pouvoir d’évocation. Chez eux, “Ourouni” devient une sorte de mot-monde, un territoire mental dans lequel tout peut entrer.

Ce territoire, ils lui donnent une forme : le bayou. Un bayou imaginaire, évidemment, mais omniprésent, avec ses alligators, ses moiteurs et ses dangers. Ils le décrivent comme un monde à la fois terrible et beau, fait de rythmes lourds et de danses tribales, capable de faire tourner la tête comme une balle de ping-pong sur un jet d’eau. Là encore, l’image pourrait sembler excessive, mais elle correspond parfaitement à leur musique, qui avance par nappes, par boucles, par secousses, sans jamais chercher la ligne droite.

Parmi les rares repères qu’ils revendiquent, on trouve Jack Kerouac, auquel ils consacrent un morceau. Mais là où beaucoup auraient insisté sur la dimension littéraire ou mélancolique de la beat generation, Les David Vincent en retiennent surtout l’élan vital : vivre au jour le jour, partir à l’aventure, refuser l’autorité et multiplier les expériences. Leur “Kerouac Way” n’a rien de contemplatif, c’est un cri de départ, une injonction à bouger, à ne pas rester en place. “Vas-y, roule ma poule”, résument-ils, ce qui a le mérite de clarifier les choses.

Musicalement, ils revendiquent un “rock de bric et de broc”, mélangeant psycho, fanfare, bebop, percussions africaines et influences ethniques sans hiérarchie ni souci de cohérence académique. Cette liberté se retrouve dans leur manière de composer. Ils se méfient des structures classiques, refusent le schéma couplet-refrain et préfèrent laisser les morceaux évoluer de manière imprévisible. Il y a dans cette approche quelque chose de très jazz, ou en tout cas de très éloigné du rock formaté, avec une place importante laissée à l’instant, à l’accident, à ce qui peut surgir sans prévenir.

Ce qui frappe, au-delà des déclarations et des concepts, c’est la joie qui traverse tout ça. Une joie un peu brute, parfois bordélique, mais jamais cynique. Ils le disent simplement : derrière leur musique, il y a leur joie de vivre. Et quand on leur demande d’où elle vient, ils répondent : de leur musique sauvage. La boucle est bouclée. Les David Vincent ne théorisent pas vraiment ce qu’ils font, ils le vivent, et c’est sans doute ce qui rend leur unique album aussi attachant aujourd’hui.

Ils se séparent au début des années 90, après une trajectoire courte, sans avoir eu le temps – ni peut-être l’envie – de s’inscrire durablement dans le paysage. Il reste Ourouni, disque un peu perdu dans le catalogue New Rose, et quelques traces comme cette interview, qui donnent l’impression d’avoir affaire à un groupe à part, difficile à classer, mais parfaitement aligné avec lui-même. Un groupe pour qui le rock n’était ni un style ni une carrière, mais un terrain de jeu, une fête et, à leur manière, une forme de transe.

Open Secret

 Voici "Open" le dernier extrait de "Climbing" de Foreign Press sorti en 1982 !

Le single de Nuit Privée

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Nuit Privée sorti en 1983 !


 

Zoophilie

Voici un 2e extrait du seule single des Nana Bonnards sorti en 1983. Avec un tître pareil, vais-je devoir subir les foudres de la censure ! 

Les Monkey Business aux Frigos

Pour tourner le clip des Monkey Business ("Paradise") nous avions loué une salle de répet' dans les frigos parisisens. Si ce fameux clip a disparu des radars, il reste quelques photos dont ces clichés (plutôt rares) en couleurs restaurés par une IA ! 



 

Remember You

Voilà un 2e extrait du magnifique 3 titres de Foreign Press sorti en 1982 ! 

Nana Bonnard dans Chaos Fanzine n°2 (1984)

Nana Bonnard

Nana Bonnard fait partie de ces groupes fantômes dont la scène punk française du début des années 80 a le secret. Formé à Angers en juin 1982, le groupe réunit Édouard (chant), Steeve (guitare, chant), Denis (basse, chant, également passé par Trotskids, Pungy Sticks et Dandy Wild) et JFN (batterie). Une formation classique sur le papier, mais avec cette énergie brute et un peu déglinguée propre à l’époque.

Leur discographie tient en une poignée de minutes : un unique 45 tours, Enculé tête de mort, sorti en 1983 sur Studio 1. Un label qui, mine de rien, croisera aussi la route de groupes comme Têtes Raides ou Kremlin Kontingent - preuve qu’on est au bon endroit, même si tout ça reste encore très souterrain. Trois titres, pas un de plus : Enculé tête de mort, Zoophilie et Vive la veuve. Le ton est donné. En 1984, Nana Bonnard refait surface sur la compilation Chaos en France vol. 2 avec Morpionibus de profundis, ultime trace discographique d’un groupe qui disparaît presque aussitôt.

Il faudra attendre 2013 pour qu’Euthanasie Records ressorte le 45 tours, enrichi du titre de la compilation et affublé d’une nouvelle pochette - nettement plus regardable, ce qui n’était pas un luxe. Comme souvent avec ces groupes-là, difficile de ne pas penser qu’il manque quelque chose. Un album, au moins. Quelques titres de plus. De quoi savoir jusqu’où ils auraient pu aller.

Mais non : Nana Bonnard, c’est un 45 tours, une compile, et puis s’en vont. Et c’est peut-être aussi pour ça que ça reste.

Le 1er single de Kheops

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single de Kheops sorit en 1987 ! 


Il n'est pas trop tard

Voici un nouvel extrait du 2e long de Raff sorti en 1986 "Six Balles... Pour Un Colt !"...

Fuck Off

Voici l'autre face de l'unique single de Mopo Mogo, le très punk "Fuck Off" ! 

Foreign Press, le vidéo clip

Foreign Press

Il y a des groupes qui passent à côté de l’histoire sans jamais vraiment disparaître, coincés dans un angle mort où tout semblait pourtant aligné. Foreign Press fait partie de ceux-là. Formé à Manchester à la fin des années 70 par les frères Bowe, le groupe émerge d’un premier projet punk nommé Emergency avant de glisser assez naturellement vers un post-punk plus nuancé, plus mélodique, dans l’air du temps mais sans jamais tomber dans la caricature. On est alors en plein moment charnière, celui où la scène locale se redessine autour de Factory Records, et Foreign Press se retrouve, presque mécaniquement, à évoluer dans son orbite.

Ils jouent dans les mêmes salles, croisent les mêmes groupes, fréquentent les mêmes coulisses. Le Factory Club, Rafters, toute cette géographie nocturne où se fabrique le son mancunien du début des années 80 devient leur terrain de jeu. Sur scène ou en affiche, ils côtoient des groupes comme Joy Division ou A Certain Ratio, sans pour autant franchir la dernière marche, celle qui mène à une signature chez Factory. Ils restent à la périphérie, suffisamment proches pour être associés, trop extérieurs pour être intégrés. C’est une position étrange, presque inconfortable, mais qui dit beaucoup de cette scène où tout ne se résumait pas à un seul label, aussi mythique soit-il.

En 1982, ils sortent Climbing, un 12" trois titres enregistré l’année précédente. C’est sans doute leur moment le plus juste, celui où leur identité apparaît le plus clairement. Les guitares y sont tendues mais aérées, souvent en arpèges, portées par une rythmique qui refuse l’emphase. Il y a quelque chose de retenu dans ces morceaux, une manière de ne jamais forcer le trait, qui les rapproche naturellement de certaines productions Factory, sans que cela ressemble à une imitation. On pense parfois à l’économie de moyens de Joy Division, à une forme de froideur élégante que l’on retrouvera aussi chez d’autres groupes du Nord, mais Foreign Press conserve une approche plus directe, presque pop par moments, comme s’ils hésitaient encore entre plusieurs directions possibles.

Ce flottement, qui fait une partie du charme du disque aujourd’hui, a sans doute joué contre eux à l’époque. Climbing sort tard, sans véritable promotion, et passe largement sous les radars. Le groupe lui-même semble conscient d’avoir entre les mains quelque chose de solide, mais rien ne prend. Pas de relais radio significatif, peu de presse, et un label trop discret pour compenser. Le disque s’installe alors dans cette zone grise, celle des sorties que seuls quelques curieux repèrent au moment de leur parution, avant de disparaître presque complètement.

Le lien le plus tangible avec Factory arrive un peu plus tard, lorsque Bernard Sumner, figure centrale de Joy Division puis de New Order, produit leur single suivant. C’est à la fois une reconnaissance et une forme de confirmation : Foreign Press n’est pas un groupe isolé, mais bien un élément identifié de cette scène élargie. Pourtant, même ce coup de projecteur ne suffit pas à inverser la trajectoire. Le groupe amorce un virage vers un son plus accessible, plus marqué par les textures électroniques qui commencent à s’imposer, sans jamais trouver le point d’équilibre qui lui aurait permis de franchir un cap.

Avec le recul, Climbing apparaît comme un instant suspendu, celui où tout était encore possible. Ni totalement brut ni complètement poli, le disque capte une transition, un moment où la scène mancunienne se cherche encore autant qu’elle s’affirme. Foreign Press n’a pas laissé une discographie abondante ni une empreinte évidente, mais ce 12" suffit à les inscrire dans une cartographie plus souterraine, faite de groupes satellites, proches du cœur sans jamais y être absorbés. C’est souvent là que se nichent les disques les plus attachants, ceux qui n’ont pas été écrasés par leur propre légende et qui continuent, des décennies plus tard, à circuler discrètement entre amateurs éclairés.

Les Fricotins (restaurés)

Voici des photos de Bibi & les Fricotins live à Cachan pour une fête de la musique dans les années 80. Ces photos, déjà publiées, on été restaurées avec une IA ! 





 

Le 2e single de Hansje

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 2e single de Hansje sorti en 1979 !  


 

Mopo Mogo dans Noire Inquiétude (N°2 - Juin 1982)

Mémoire

Voici l'autre face du single de Dolce Vita sorti en 1981 et qui n'est pas sans rappeler Jacno (et ses productions).

Mopo Mogo

Mopo Mogo apparaît en 1982, quelque part entre Colmar et Fribourg, dans cette zone floue où les scènes françaises et allemandes se croisent sans vraiment se mélanger. Derrière ce nom un peu absurde se cache en réalité Didier Ruy, qui mène seul ce projet entièrement bricolé : une guitare achetée 30 marks, une boîte à rythmes et une envie manifeste de faire du bruit sans attendre personne. À une époque où même les groupes les plus précaires restent des groupes, cette formule minimale a quelque chose de radical. Pas besoin d’être plusieurs pour jouer, pas besoin de répéter longtemps, pas besoin de convaincre qui que ce soit.

Le premier concert a lieu dans un squat à Fribourg, le Crash, un endroit qui en dit long sur le contexte : transfrontalier, autonome, déjà connecté à une scène allemande plus structurée et plus active que son équivalent français. Très vite, Mopo Mogo se retrouve à jouer avec des groupes locaux et à participer à des événements où circulent punks, keupons et marginaux de tous bords. Le projet prend forme dans cette dynamique-là, bien plus que dans un ancrage hexagonal. Les concerts en France, eux, restent anecdotiques, souvent déficitaires, joués devant quelques amis. Une situation presque banale pour l’époque, avec peu de public et des conditions précaires.

Musicalement, Mopo Mogo s’inscrit dans une veine punk dure et minimaliste, influencée par le hardcore anglais du début des années 80. Les références sont claires : quelque chose de direct, de tendu, sans sophistication inutile. Mais l’usage de la boîte à rythmes introduit un décalage, une sécheresse mécanique qui rapproche parfois le projet d’une forme primitive d’electro-punk. Ce n’est pas encore vraiment une esthétique, plutôt une solution pratique qui devient une signature sonore. Dans cet entre-deux, on retrouve aussi l’ombre du punk français le plus expérimental, celui qui n’a jamais eu peur des machines ni du dépouillement.

Les textes ne laissent pas beaucoup de place à l’ambiguïté. Guerre, société, travail, capitalisme : les thèmes sont classiques mais traités frontalement, sans détour ni ironie. Le morceau “Pouvoir”, qui apparaîtra sur une compilation emblématique de l’époque, condense bien cette approche. L’autre face du single, “Fuck Off”, annonce la couleur dès le titre. Deux morceaux, pas plus, enregistrés rapidement, pressés dans la foulée, et diffusés dans un circuit restreint. Le disque ne cherche pas à durer, il existe parce qu’il doit exister, point.

Mopo Mogo intègre également à son répertoire une reprise de Metal Urbain, signe d’une filiation assumée avec une certaine idée du punk français : urbain, tendu, un peu à côté. Mais là où d’autres groupes structurent une carrière, le projet reste mouvant, presque instable. Même son nom est le fruit d’un accident, une déformation née des cris du public allemand, comme si tout relevait d’un enchaînement de circonstances plutôt que d’un plan établi.

Après ce premier jet, Didier Ruy fait évoluer son projet. Il change de direction, s’éloigne du punk le plus brut pour s’intéresser à des formes plus sombres, plus esthétiques, proches de la batcave et du post-punk. Le nom change lui aussi, devenant Le Curé de la Lune, comme pour marquer une rupture. Ce glissement n’a rien d’exceptionnel à l’époque : beaucoup passent du punk à quelque chose de plus froid, de plus introspectif. Mais dans ce cas précis, il donne à Mopo Mogo une existence encore plus brève, presque fantomatique.

Ce qui reste aujourd’hui, c’est un 45 tours difficile à trouver, quelques traces dans des compilations, et l’empreinte d’un projet solitaire, né dans un coin de frontière, nourri par des influences anglaises et allemandes, et porté par une urgence qui ne cherchait ni reconnaissance ni postérité. Une forme de punk à l’état brut, sans stratégie, sans scène nationale, mais avec une cohérence totale dans son refus des règles.

Dolce Vita

Dolce Vita n’est pas tout à fait le groupe fantôme que l’on imagine au premier abord, même s’il en conserve toutes les apparences. Entre 1980 et 1983, ils publient au moins trois singles, une poignée de titres qui dessinent en creux une trajectoire brève mais réelle, inscrite dans ce moment très particulier où la scène française hésite encore entre héritage rock, poussée new wave et tentations synthétiques. Parmi ces morceaux, “Radiophonic”, sorti en 1981, reste le plus emblématique, comme une tentative de capter l’air du temps avec des moyens encore en transition. 

À l’écoute, le groupe se situe dans cette zone intermédiaire propre au tout début des années 80, quand les machines commencent à s’imposer sans avoir encore totalement redéfini les formes. Il y a dans “Radiophonic” une tension un peu raide, une modernité presque théorique, qui évoque autant les productions new wave que certaines déclinaisons plus mainstream du son de l’époque. On n'est pas très loin des débuts de Jacno sans Elli. Rien de totalement radical, mais une manière d’absorber des influences en train de circuler, de les reformuler dans un cadre encore flou.

Les crédits du disque mentionnent Olivier Huret et Simon Cloquet, deux noms qui, pris isolément, restent difficiles à raccrocher à une carrière précise. Longtemps, tout laisse penser à un projet de studio, une entité montée pour porter quelques titres sans véritable existence scénique. Pourtant, plusieurs sources évoquent des passages du groupe sur scène, notamment dans des lieux comme le Le Rose Bonbon ou le Le Palace, deux spots emblématiques de la nuit parisienne du début des années 80. Des endroits où se croisent alors musiciens, figures émergentes et projets hybrides, entre performance et tentative pop.

Cette présence scénique, même sporadique, recontextualise Dolce Vita. On n’est plus seulement face à un projet fabriqué en studio, mais à une formation qui a au moins essayé d’exister dans le circuit live, dans ces lieux où se testaient justement les nouvelles esthétiques. Cela reste une trajectoire fragile, peu documentée, mais suffisamment tangible pour sortir le groupe du simple statut d’objet discographique isolé.

D’autres indices viennent compléter ce tableau. L’un des membres aurait ensuite joué dans Extraballe, formation elle aussi relativement discrète, tandis qu’un autre se serait orienté vers la composition de musiques de films, notamment pour Luc Besson. Des trajectoires typiques de cette génération de musiciens naviguant entre groupes, commandes et projets alimentaires, sans forcément laisser de traces visibles dans les récits officiels.

Dolce Vita apparaît alors comme un point de passage, un moment dans des parcours plus larges mais difficilement reconstituables. Le groupe lui-même ne semble jamais avoir dépassé le stade de l’esquisse prolongée : trois singles en quelques années, une présence discrète sur scène, puis plus rien. Pas d’album, pas de continuité évidente, pas de récit consolidé. Juste des fragments.

C’est précisément dans ces fragments que réside l’intérêt. Ils racontent une autre histoire de la musique française, faite de tentatives, d’ajustements, de projets qui apparaissent et disparaissent au rythme des opportunités. Une histoire où les frontières entre groupe, projet de studio et réseau de musiciens sont poreuses, et où un nom comme Dolce Vita peut à la fois recouvrir une réalité concrète et rester insaisissable.

“Radiophonic”, dans ce contexte, n’est plus seulement un morceau isolé mais l’un des vestiges d’un parcours plus dense qu’il n’y paraît. Un témoignage discret de cette scène parallèle, active mais peu archivée, qui a occupé les interstices entre underground et industrie. Une scène où beaucoup se sont essayés, parfois brièvement, laissant derrière eux juste assez de traces pour qu’on puisse, des décennies plus tard, tenter d’en recomposer les contours.

Les Malades dans Rock Art n°5 (Mai-Juin 1984)

 


Le single de Doc Lebrun

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Doc Lebrun sorti en 1985.


 

Embarquement Immédiat

Voici l'autre face du premier single des Malades