Mopo Mogo

Mopo Mogo apparaît en 1982, quelque part entre Colmar et Fribourg, dans cette zone floue où les scènes françaises et allemandes se croisent sans vraiment se mélanger. Derrière ce nom un peu absurde se cache en réalité Didier Ruy, qui mène seul ce projet entièrement bricolé : une guitare achetée 30 marks, une boîte à rythmes et une envie manifeste de faire du bruit sans attendre personne. À une époque où même les groupes les plus précaires restent des groupes, cette formule minimale a quelque chose de radical. Pas besoin d’être plusieurs pour jouer, pas besoin de répéter longtemps, pas besoin de convaincre qui que ce soit.

Le premier concert a lieu dans un squat à Fribourg, le Crash, un endroit qui en dit long sur le contexte : transfrontalier, autonome, déjà connecté à une scène allemande plus structurée et plus active que son équivalent français. Très vite, Mopo Mogo se retrouve à jouer avec des groupes locaux et à participer à des événements où circulent punks, keupons et marginaux de tous bords. Le projet prend forme dans cette dynamique-là, bien plus que dans un ancrage hexagonal. Les concerts en France, eux, restent anecdotiques, souvent déficitaires, joués devant quelques amis. Une situation presque banale pour l’époque, avec peu de public et des conditions précaires.

Musicalement, Mopo Mogo s’inscrit dans une veine punk dure et minimaliste, influencée par le hardcore anglais du début des années 80. Les références sont claires : quelque chose de direct, de tendu, sans sophistication inutile. Mais l’usage de la boîte à rythmes introduit un décalage, une sécheresse mécanique qui rapproche parfois le projet d’une forme primitive d’electro-punk. Ce n’est pas encore vraiment une esthétique, plutôt une solution pratique qui devient une signature sonore. Dans cet entre-deux, on retrouve aussi l’ombre du punk français le plus expérimental, celui qui n’a jamais eu peur des machines ni du dépouillement.

Les textes ne laissent pas beaucoup de place à l’ambiguïté. Guerre, société, travail, capitalisme : les thèmes sont classiques mais traités frontalement, sans détour ni ironie. Le morceau “Pouvoir”, qui apparaîtra sur une compilation emblématique de l’époque, condense bien cette approche. L’autre face du single, “Fuck Off”, annonce la couleur dès le titre. Deux morceaux, pas plus, enregistrés rapidement, pressés dans la foulée, et diffusés dans un circuit restreint. Le disque ne cherche pas à durer, il existe parce qu’il doit exister, point.

Mopo Mogo intègre également à son répertoire une reprise de Metal Urbain, signe d’une filiation assumée avec une certaine idée du punk français : urbain, tendu, un peu à côté. Mais là où d’autres groupes structurent une carrière, le projet reste mouvant, presque instable. Même son nom est le fruit d’un accident, une déformation née des cris du public allemand, comme si tout relevait d’un enchaînement de circonstances plutôt que d’un plan établi.

Après ce premier jet, Didier Ruy fait évoluer son projet. Il change de direction, s’éloigne du punk le plus brut pour s’intéresser à des formes plus sombres, plus esthétiques, proches de la batcave et du post-punk. Le nom change lui aussi, devenant Le Curé de la Lune, comme pour marquer une rupture. Ce glissement n’a rien d’exceptionnel à l’époque : beaucoup passent du punk à quelque chose de plus froid, de plus introspectif. Mais dans ce cas précis, il donne à Mopo Mogo une existence encore plus brève, presque fantomatique.

Ce qui reste aujourd’hui, c’est un 45 tours difficile à trouver, quelques traces dans des compilations, et l’empreinte d’un projet solitaire, né dans un coin de frontière, nourri par des influences anglaises et allemandes, et porté par une urgence qui ne cherchait ni reconnaissance ni postérité. Une forme de punk à l’état brut, sans stratégie, sans scène nationale, mais avec une cohérence totale dans son refus des règles.

Dolce Vita

Dolce Vita n’est pas tout à fait le groupe fantôme que l’on imagine au premier abord, même s’il en conserve toutes les apparences. Entre 1980 et 1983, ils publient au moins trois singles, une poignée de titres qui dessinent en creux une trajectoire brève mais réelle, inscrite dans ce moment très particulier où la scène française hésite encore entre héritage rock, poussée new wave et tentations synthétiques. Parmi ces morceaux, “Radiophonic”, sorti en 1981, reste le plus emblématique, comme une tentative de capter l’air du temps avec des moyens encore en transition. 

À l’écoute, le groupe se situe dans cette zone intermédiaire propre au tout début des années 80, quand les machines commencent à s’imposer sans avoir encore totalement redéfini les formes. Il y a dans “Radiophonic” une tension un peu raide, une modernité presque théorique, qui évoque autant les productions new wave que certaines déclinaisons plus mainstream du son de l’époque. On n'est pas très loin des débuts de Jacno sans Elli. Rien de totalement radical, mais une manière d’absorber des influences en train de circuler, de les reformuler dans un cadre encore flou.

Les crédits du disque mentionnent Olivier Huret et Simon Cloquet, deux noms qui, pris isolément, restent difficiles à raccrocher à une carrière précise. Longtemps, tout laisse penser à un projet de studio, une entité montée pour porter quelques titres sans véritable existence scénique. Pourtant, plusieurs sources évoquent des passages du groupe sur scène, notamment dans des lieux comme le Le Rose Bonbon ou le Le Palace, deux spots emblématiques de la nuit parisienne du début des années 80. Des endroits où se croisent alors musiciens, figures émergentes et projets hybrides, entre performance et tentative pop.

Cette présence scénique, même sporadique, recontextualise Dolce Vita. On n’est plus seulement face à un projet fabriqué en studio, mais à une formation qui a au moins essayé d’exister dans le circuit live, dans ces lieux où se testaient justement les nouvelles esthétiques. Cela reste une trajectoire fragile, peu documentée, mais suffisamment tangible pour sortir le groupe du simple statut d’objet discographique isolé.

D’autres indices viennent compléter ce tableau. L’un des membres aurait ensuite joué dans Extraballe, formation elle aussi relativement discrète, tandis qu’un autre se serait orienté vers la composition de musiques de films, notamment pour Luc Besson. Des trajectoires typiques de cette génération de musiciens naviguant entre groupes, commandes et projets alimentaires, sans forcément laisser de traces visibles dans les récits officiels.

Dolce Vita apparaît alors comme un point de passage, un moment dans des parcours plus larges mais difficilement reconstituables. Le groupe lui-même ne semble jamais avoir dépassé le stade de l’esquisse prolongée : trois singles en quelques années, une présence discrète sur scène, puis plus rien. Pas d’album, pas de continuité évidente, pas de récit consolidé. Juste des fragments.

C’est précisément dans ces fragments que réside l’intérêt. Ils racontent une autre histoire de la musique française, faite de tentatives, d’ajustements, de projets qui apparaissent et disparaissent au rythme des opportunités. Une histoire où les frontières entre groupe, projet de studio et réseau de musiciens sont poreuses, et où un nom comme Dolce Vita peut à la fois recouvrir une réalité concrète et rester insaisissable.

“Radiophonic”, dans ce contexte, n’est plus seulement un morceau isolé mais l’un des vestiges d’un parcours plus dense qu’il n’y paraît. Un témoignage discret de cette scène parallèle, active mais peu archivée, qui a occupé les interstices entre underground et industrie. Une scène où beaucoup se sont essayés, parfois brièvement, laissant derrière eux juste assez de traces pour qu’on puisse, des décennies plus tard, tenter d’en recomposer les contours.

Les Malades dans Rock Art n°5 (Mai-Juin 1984)

 


Le single de Doc Lebrun

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de Doc Lebrun sorti en 1985.


 

Embarquement Immédiat

Voici l'autre face du premier single des Malades

David Rosane (en enregistrement chez Basement)

Il y a un peu plus de 15 ans, j'ai demandé à l'ami David Rosane de se remettre à la musique et d'enregistrer un album de ses compositions. Mes copains de Basement étaient aussi dans le coup. On a essayé d'enregistrer ce qu'il lui passait par la tête... Mais David n'était pas très content du résultat, le projet n'a jamais abouti... Et c'est finalement Neon Campfire qui verra le jour et leurs 2 cd que nous avons co-produit. Voici 2 magnifiques clichés pris lors des sessions chez Basement. 



 

 

Les Bonaparte's (encore)

Du fait d'un bout de sein qui dépassait sur la pochette des Bonaparte's, YouTube a bloqué ma vidéo. Depuis, les choses se sont apaisées et grâce à mon ia préférée, j'ai un peu modifié ce visuel. Histoire de ne pas subir, une fois de plus, la foudre moralisatrice de l'hébergeur de contenus vidéos. 

Les Malades dans Anonyme N°3 (Juin 1985)


Le retour des Goulues

Après avoir stoppé la publication de certains albums du fait d'un ordinateur tombé en rideau, je reprend - deux mois après- la publication du mini-album des Goulues. Voici le très bon "Autour De Mes Nuits". 

Les Malades

J'ai déjà publié deux chansons des Malades extraits de la compilation "Repérages 1984". 
 

Les groupes comme Les Malades laissent rarement beaucoup de traces, mais parfois quelques disques et une poignée de pages photocopiées suffisent à reconstituer tout un pan de scène. Actif à Lille entre 1981 et 1986, le groupe s’inscrit dans cette zone encore floue qui relie l’après-punk à l’émergence de la scène alternative française. Longtemps réduit à son premier 45 tours Le Pacha / Embarquement immédiat paru en 1983, le groupe apparaît aujourd’hui sous un jour un peu différent dès lors qu’on recolle les morceaux de sa discographie et qu’on croise ces éléments avec les archives fanzines.

Derrière ce nom, clin d’œil assumé à Madness, se cache un groupe à la fois ancré dans son époque et déjà en décalage. La formation de la première période réunit notamment Abel Chakleb à la batterie, Jean-François Declercq à la basse, Thierry Barrois au saxophone et Thierry Cailliez à la guitare, avec un chant assuré par Bruno Cheynier. La présence du saxophone, loin d’être anecdotique, donne immédiatement une couleur particulière à leur musique, qui déborde du simple cadre punk pour aller chercher du côté du ska, du rhythm’n’blues et de formes plus hybrides.

Le premier single de 1983 capte une énergie encore brute, tendue, mais déjà traversée par ces influences multiples. Pourtant, il ne constitue qu’un point de départ. Deux ans plus tard, Les Malades publient un second 45 tours, Écrivez-moi des lettres, sur leur propre structure, Les Éditions de la Péniche, signe d’un ancrage plus affirmé dans les réseaux DIY locaux. Dans la foulée, ils participent à la compilation Repérages 84, véritable instantané de la scène nordiste, avant de franchir une étape supplémentaire avec la sortie en 1986 de l’album Chaud devant.

Cette progression discographique éclaire autrement le contenu d’un entretien publié en 1985 dans un fanzine (Anonyme n°3 - Juin 1985), où le groupe développe un univers à la fois cohérent et décalé. Les Malades s’y décrivent à travers un vocabulaire médical détourné, parlant de virus, de symptômes et de remèdes, comme si la musique relevait d’une forme de contamination joyeuse. Derrière ce jeu de langage, on découvre surtout une cartographie musicale étonnamment large. Le groupe cite aussi bien The Saints que The Fleshtones, tout en revendiquant un attachement profond à la soul américaine, de Stax Records à Motown.

Plus inattendue encore est l’évocation explicite de musiques africaines, le groupe mentionnant le makossa comme influence directe. Dans le contexte français du milieu des années 80, cette ouverture reste rare et rapproche Les Malades de ces trajectoires marginales où le post-punk devient un terrain d’expérimentation bien plus large qu’un simple prolongement du rock anglo-saxon. Cette hybridation se retrouve aussi dans leur manière d’exister : concerts fréquents, organisation d’événements, implication dans des réseaux parallèles où se croisent musique, graphisme, poésie et performances.

L’album Chaud devant, publié en 1986, apparaît ainsi comme l’aboutissement logique de cette dynamique. Il prolonge un parcours amorcé dans les squats lillois du début de la décennie et structuré autour d’un collectif autant que d’un groupe au sens strict. Mais comme beaucoup de formations de cette époque, Les Malades disparaissent presque aussitôt après avoir atteint cette forme de maturité discographique, laissant derrière eux une œuvre brève, dispersée, et longtemps sous-documentée.

“La scène toujours et toujours car de ça on ne guérira jamais”, affirmaient-ils en 1985. La formule prend aujourd’hui un autre sens. Elle ne dit pas seulement l’urgence de jouer, mais aussi celle de laisser des traces, même fragmentaires. Trois disques — deux singles et un album —, quelques compilations et des pages de fanzines suffisent finalement à faire réapparaître Les Malades pour ce qu’ils étaient : non pas une curiosité isolée, mais un groupe pleinement inscrit dans les circulations souterraines de son époque, à la croisée du rock, de la soul et d’influences bien plus larges.

Le single de The Secret

Ici, on pourra télécharger en Mp3, le premier single de The Secret sorti en 1977 !

Assis devant la télé

 Voici l'autre face du single de Bétrave Rock, le très rock français des années 80 "Assis devant la télé".

Bétrave Rock

 En 1981 paraît un 45 tours dont il ne semble rien subsister en dehors de quelques exemplaires et de mentions éparses chez des collectionneurs : À la masse / Assis d’vant la télé, signé Betrave Rock. Deux titres, un nom à l’orthographe hésitante, et déjà une impression familière pour qui s’intéresse aux zones les moins documentées du rock français : celle d’un groupe dont la trace se limite presque entièrement à cet enregistrement.

Les deux titres suffisent pourtant à esquisser une esthétique. On y devine une écriture ancrée dans le quotidien le plus immédiat, entre fatigue sociale et ironie désabusée, quelque part entre le constat brut et la distance un peu absurde qui caractérise une partie de la production française du début des années 80. Rien de spectaculaire, rien de théorique non plus, mais une manière de capter l’époque à hauteur d’ennui, assis devant un écran ou écrasé par une réalité sans relief. Le nom même de Betrave Rock, avec son orthographe volontairement bancale, semble participer de cette logique : bricolage, décalage, refus implicite du sérieux.

L’un des rares éléments tangibles liés à ce disque est la mention d’un enregistrement au studio ADS à Ivry-sur-Seine. Ce simple détail suffit à replacer le groupe dans un contexte plus précis. Ivry, à cette période, fait partie de ces zones périphériques de Paris où se concentrent des structures d’enregistrement accessibles, fréquentées par des groupes sans moyens mais suffisamment organisés pour franchir l’étape du studio. ADS appartient très probablement à cette catégorie de lieux semi-professionnels aujourd’hui disparus, qui ont vu défiler une quantité de formations locales dont l’histoire reste à écrire. Enregistrer là ne relevait pas du hasard : cela suppose un minimum de réseau, des contacts, peut-être une proximité géographique, en tout cas une inscription dans une scène, même diffuse.

Tout laisse penser que Betrave Rock s’inscrit dans ce tissu francilien de groupes éphémères, actifs le temps de quelques répétitions, de quelques concerts et, pour les plus déterminés, d’un unique passage sur bande. Le disque devient alors à la fois trace et aboutissement, preuve d’existence plus que point de départ d’une trajectoire. On peut imaginer sans trop de risque une diffusion limitée, quelques ventes en concert, peut-être une circulation par correspondance, puis plus rien. Pas de presse, pas d’archives, pas de continuité.

Il reste aujourd’hui cet objet, et avec lui une série de questions sans réponse. Qui étaient-ils, combien de temps ont-ils joué, dans quels lieux, avec quels autres groupes ont-ils partagé l’affiche ? Le nom du studio ouvre une piste sans la résoudre, comme souvent dans ces histoires où chaque indice révèle davantage l’ampleur de ce qui a disparu qu’il n’éclaire réellement ce qui subsiste. Betrave Rock rejoint ainsi la longue liste des formations fantômes qui peuplent les marges du rock français, celles dont l’existence ne tient plus qu’à la persistance matérielle d’un vinyle et à la curiosité de ceux qui le font tourner, des décennies plus tard.

Les Orchidées

 Dernier extrait de l'unique single de Vietnam Rafale sorti en 1982, voici "Les Orchidées" ! 

Le pire des Ramones

Je savais que les Ramones ne se supportaient pas. Joey, un peu autiste, avait beaucoup de mal avec les autres et ce jusqu'à la fin. Le fait de bien gagner sa vie était sans doute plus important que l'harmonie d'un groupe qui a usé ses baskets lors d'épiques prestations live entrées dans la légende. Il y a quelques années, je suis tombé sur une série d'obscures compilations intitulées "Celebrity At Their Worst". Tout un programme que l'on se refile sous le manteau. On y entend - entre autres - Billy Holliday ou Judy Garland complétement bourrées, Elvis faisant des vannes pourries... Etc. Les Ramones (du moins Joey et Marky) ne sont pas en reste puisqu'on les entend, par l'intermédiaire d'un show radio, se cracher dessus. Joey accuse Marky de porter une perruque...

Le 1er single de Marie & Les Garçons

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le 1er single de Marie & Les Garçons qui est sorti en 1977.


Lili Calcium

Voici un 2e extrait du simple de Vietnam Rafale qui n'est pas sans me rappeler les meilleures heures de Lucrate Milk !  

Les Etc's en répétition

Grâce au camarade Yannick, voici quelques photos des Etc's en répétition (groupe pré Monkey Business) au tout début des années 90. On y aperçoit Yann, Pascal, Marc-André et, de dos, Yves à la basse et Véronique. Ces photos ont été prises à Boulogne dans un local loué par la ville. 






 

Vietnam Rafale dans New Wave n°19 (Janvier 1983)



Bienvenue au Japon

Voici l'autre face du single de Tokow Boys "Elle Hôtesse" sorti en 1980 ! 

Vietnam Rafale

Vietnam Rafale fait partie de ces groupes dont il ne reste presque rien, sinon quelques traces éparses, un disque et une poignée de lignes dans un fanzine. Actif entre novembre 1981 et décembre 1982, le groupe est originaire de Versailles et s’inscrit dans cette frange discrète de la scène française du début des années 80 où tout se joue en marge, loin des circuits officiels. Leur existence est brève, à peine un an, rythmée par des changements de formation et marquée par le départ d’Étienne, guitariste et chanteur, décrit comme l’âme du groupe. Ce départ précipite la fin définitive de Vietnam Rafale, malgré l’idée évoquée à l’époque d’une nouvelle mouture qui ne verra visiblement jamais le jour.

Leur unique trace tangible reste un 45 tours trois titres, Asile Tropical, sorti en avril 1982. Comme beaucoup de productions de cette époque, il s’agit d’une autoproduction, avec ce que cela implique de fragilité technique. Le disque souffre apparemment d’un mixage et d’une gravure en deçà de ce que le groupe laissait entrevoir sur ses enregistrements de répétition, jugés plus convaincants. Ce décalage entre le potentiel perçu et le résultat final est un classique des sorties DIY du début des années 80, où les contraintes matérielles pèsent souvent plus lourd que les intentions artistiques. Malgré cela, le disque circule, et même plutôt bien à l’échelle de ce microcosme, au point que plusieurs mois après sa sortie, il suscite encore un certain intérêt.

Cette circulation doit beaucoup au réseau AL DI LA. Plus qu’un label, il s’agit très probablement d’un circuit de distribution parallèle, essentiel pour ces groupes sans accès aux structures traditionnelles. À une époque où l’autoproduction est fréquente mais la diffusion reste un verrou, ce type de réseau permet aux disques d’exister réellement, de passer de main en main, d’apparaître chez quelques disquaires indépendants et de trouver leur chemin jusqu’aux lecteurs de fanzines. Le fait que Vietnam Rafale y soit associé les inscrit d’emblée dans une cartographie souterraine faite de cassettes, de correspondances et de relais informels.

Musicalement, Vietnam Rafale semble s’éloigner des formes les plus abrasives du punk pour explorer quelque chose de plus retenu. Les descriptions évoquent une musique claire et légère, construite par touches subtiles, avec une atmosphère qui n’est pas sans rappeler les premiers travaux de The Cure, période Seventeen Seconds ou Faith, loin de leurs évolutions ultérieures. On imagine des guitares propres, peut-être légèrement chorusées, une rythmique sobre, et un chant détaché, dans cette esthétique cold wave encore en train de se chercher en France. Rien de spectaculaire, mais une tentative d’équilibre entre mélodie et distance, typique de nombreux groupes restés dans l’ombre.

Le cas de Vietnam Rafale illustre assez bien ce que fut une partie de la scène versaillaise du début des années 80, bien avant que la ville ne soit associée à d’autres vagues plus médiatisées. Proche de Paris mais sans en être tout à fait, elle abrite alors une série de groupes éphémères, souvent influencés par la musique britannique, qui enregistrent peu, jouent parfois, et disparaissent vite. Leur histoire se reconstitue aujourd’hui à partir de fragments, d’archives incomplètes, de souvenirs diffus. Vietnam Rafale n’est ni une exception ni une anomalie, mais un exemple parmi d’autres de cette activité intense et pourtant presque invisible.

Il reste de tout cela un disque imparfait, quelques lignes tapées à la machine et une sensation familière : celle d’un groupe qui aurait pu aller plus loin, si le temps, les moyens ou les circonstances avaient été différents. Comme souvent dans ces trajectoires brèves, l’intérêt ne tient pas seulement à la musique elle-même, mais à ce qu’elle raconte d’un moment précis, d’un réseau informel et d’une manière de faire exister des chansons en dehors de toute structure.

Le single de Sofa Chérie

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le single de Sofa Chérie sorti en 1985. 


 

Je chante dans les Glaviots (3)


Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique. 

Bruno, sans doute tombé dans l’alcool (et peut-être amoureux de David), avait des accès de n’importe quoi et pliait (parfois) ses voitures en sortie de répétition… Puis, il disparaissait dans la nuit. Sa fiancé, médecin du travail, m’appelait, désespérée, vers 3 heures du matin en espérant le retrouver. Bruno me pensait bien trop gentillet pour le poste de lead guitariste et parfois me le faisait savoir plus ou moins violemment. Aujourd’hui encore, au détour d’un cauchemar, Bruno m’apparaît. Il est le gardien de mon enfer personnel. David, le chanteur américain, mélangeait whisky et Lexomil et se prenait parfois pour une rock star. Il tapait (un peu) sur les nerfs des techniciens, lors de nos concerts. Un jour, après un concert tellurique, au Plan à Ris-Orangis, le patron de lieux nous a maudit jusqu’à la 5e génération et bannit à jamais du lieu. Trop de bruit et trop de David. Il en a été également ainsi pour le groupe de hard rock en Spandex avec qui nous partagions, ce soir-là, l’affiche. David leur avait emprunté un ampli. tout neuf, acheté la veille et s’était mis en tête de tester les limites de sa puissance. En une demi-heure, il avait rodé la bête et à la fin du set, l’amplificateur n’émettait plus qu’un vague bruit blanc. Ma mère que j’avais invité à ce concert (et qui avait eu le courage de venir), a décrit notre musique comme « tragique ». C’était assez juste. Sandy (la femme de David et manageuse/choriste) pleurait beaucoup et serait bientôt diagnostiquée schizophrène avec de fréquents passages en HP. Yannick balançait sa basse et quittait parfois les répétitions pris d’une rage incontrôlable. Le gars Yannick était, à l‘époque, un peu tendu et je me souviens avoir été à ses côtés, lorsqu’il bloqua les 4 voies du périphérique (en garant son camion de travers), un samedi vers 14h, pour faire sa fête à un type qui lui avait fait une queue de poisson. Yannick, lui non plus, fallait pas lui casser les pieds. Depuis, il s’est considérablement assagi et continu d’hanter les studios, guitare électrique à la main.

Nous nous aimions, nous nous détestions. Difficile de discerner la limite entre les deux. Nous étions, en tous cas, un vrai gang. Et puis un jour, au bout de 5 intenses années d’espoir et d’efforts, ce fût le bar pourri de trop (aux Halles, à Paris). L’organisation catastrophique nous a demandé de jouer après un handicapé (au demeurant guitariste) qui n’était pas prévu au programme. Cela voulait dire finir à point d’heure et surtout n’avoir que 3 personnes devant nous. Je travaillais le lendemain. J’ai craqué. J’ai refusé de jouer et c’était terminé… C’était le prétexte que nous attendions tous et surtout David. Lui avait commencé à répéter en secret avec d’autres musiciens et planifiait son départ du groupe. Ce fut comme une rupture, une séparation amoureuse… Presque un adultère. Beaucoup de douleur et de rancœurs. Une longue gueule de bois. Ce qui était un domaine réservé au plaisir était devenu un travail et une peine : 2 répétitions par semaine, la promo, la com, transporter le matos, supporter les égos, fréquenter des amis qui au fond ne l’étaient pas… etc. J’en ai presque oublié de travailler et de mener ma carrière de graphiste. Là, le travail fût ma planche de salut.

Après quelques années de vide musical, j’ai finalement décidé de ne plus m’embêter et surtout de ne plus jouer avec des psychopathes et ce quelque soit le projet. J’ai rejoint le nouveau groupe de Yannick : Blade. C’est sans doute ce que j’ai fait de mieux à la guitare. Nous avons fait quelques concerts (dont un très bon, à la Flèche d’Or) et une démo où David, ancien Monkey Business, est venu chanter sa seule compo. en français, ever. La batterie et le chant étaient assurés par une sorte de consultant /espion qui travaillait pour les Services de Renseignement Français. Parallèlement, j’ai commencé à répéter avec Jean-Yves, mon ami de toujours, seul vrai musicien que je connais qui sait lire et écrire la musique. Nous avons fait de la musique électronique grâce à Cubase et sans se donner de limites, le tout à grands coups de sampler. Du mambo, de l’impro, de l’électro, du n’importe quoi, nous nous sommes tout permis et j’ai un peu laissé tomber la guitare. Bien nous en a pris puisque Canal Plus nous a inclus dans une compilation thématique liée à leur Nuit des Extra-terrestres. Radio Nova nous a programmé lors de leur hommage à Gainsbourg et nous étions en « heavy rotation » sur les radios universitaires québécoises. Pour l’occasion l’inoxydable Franck chantait sur nos compos et reprises. Pour finir le chapitre « Nouveaux Monstres », après 2 CD diffusés (dont 1 interactif), nous avons travaillé sur un enregistrement qui nous a demandé beaucoup trop d’efforts : 2 années de préparation et de composition, 15 jours de studio, un guitariste, une section de cuivre, un percussionniste, de l’accordéon, des cuivres, des chœurs… etc., etc. Mon « Smile » personnel quoi (les fans des Beach Boys comprendront). J’ai même écrit toutes les paroles des chansons. Une fois le mix terminé, j’avais un sentiment d’écœurement solidement chevillé au corps qui me reprend à chaque écoute du CD. J’étais lessivé et je n’ai même pas pu faire de promo. Les CD sont restés en caisse. Mais, Peut-être qu’un jour, sait-on jamais !

Aujourd’hui, je joue toujours, mais mon futur musical est derrière moi. Un de ces quatre, je referai de la scène, du moins je l’espère. Parce que c’est là où ça se passe. Je garde plein de bons souvenirs de ces années qui alimentent, encore aujourd'hui, mon imaginaire et ma créativité : notre entrevue avec le label New Rose, le live à Radio France dans le studio 113, les bœufs avec les Bonaparte’s ou les Stunners. La première partie du guitariste de Rory Gallagher, le retour de notre mini-tournée bretonne où j’ai croisé Link Wray a une station-service (avec Vincent Palmer), le CD des Nouveaux Monstres présenté à Nulle Part Ailleurs, « So Alone » des Monkey Business qui me donnait une joie sans égal à chaque fois que nous la jouions, ma propre version de Louie Louie (avec mes lyrics) par les Nouveaux Monstres, Jean-Yves mangeant son cassoulet avant un concert au Cadran, ce spécialiste du contrepoint qui fût clavier chez les Monkey (et qui avait joué avec les Toys Dolls), l’écho à bande emprunté au groupe Dolly qui enregistrait en même temps que nous, la musique d'un CD-Rom éducatif pour enfants (commandé par Michelin), l’expander également emprunté à Manche de Raquette, Daniel - notre ami trompettiste - qui joue sur le premier Nouveaux Monstres (mais qui, malheureusement, n’est plus là aujourd’hui), ma première « belle » guitare électrique ramenée des USA, un concert apocalyptique sur une plage espagnole (avec un groupe éphémère : une moitié de Cérémonies + une moitié de Fricotins)… Etc. 


 

Le nouveau Demolition Party

Il y a chez Demolition Party une forme de persistance tranquille qui finit toujours par payer, comme si chaque nouvelle sortie venait patiemment ajouter une couche à un édifice commencé il y a longtemps, abandonné, puis repris sans nostalgie. Ce nouvel EP, Portraits Crachés, s’inscrit exactement dans cette logique : pas un retour tonitruant, pas une tentative de rattraper quoi que ce soit, mais plutôt une manière d’avancer encore, en affinant ce qui fait depuis quelque temps la singularité du groupe.

On retrouve d’abord ce son immédiatement identifiable, fait de guitares en suspension, d’arpèges qui semblent plus dessinés que joués, et d’une économie de moyens qui évite soigneusement toute tentation du riff appuyé. Chez eux, la tension ne vient jamais de la saturation ou de la vitesse, mais de ce léger flottement permanent, comme si les morceaux hésitaient à s’effondrer tout en tenant debout par miracle. Cette impression, déjà perceptible sur les précédents titres et notamment sur American Cliché, trouve ici une forme d’équilibre assez frappante, presque apaisée sans devenir confortable. 

Il y a aussi cette voix qui semble parfois arriver en décalage avec la musique, ou plutôt glisser dessus sans chercher à s’y accrocher. Ce choix, qui pourrait passer pour de la retenue, donne en réalité beaucoup d’espace aux morceaux. Les textes, eux, restent dans cette zone un peu floue entre fragments, images et impressions, comme des notes prises à la volée, sans volonté de conclure. Le titre de l’EP n’est d’ailleurs pas anodin : ces “portraits” ne cherchent pas la ressemblance, ils capturent plutôt des états, des silhouettes, des choses à moitié dites.

Ce qui frappe surtout, c’est la cohérence d’ensemble. Là où certains projets récents pouvaient donner l’impression de juxtaposer des idées, Portraits Crachés tient comme un bloc, avec ses respirations, ses creux, ses moments presque immobiles. On sent que le groupe a pris le temps de construire un climat plutôt que d’empiler des chansons. Il y a quelque chose de plus maîtrisé, sans que ça devienne démonstratif.

Et puis il y a cette manière très particulière d’être contemporain sans jamais sonner comme tel. Demolition Party ne court pas après les tendances, mais ne se réfugie pas non plus dans une esthétique rétro. On pense parfois à une new wave fantôme, débarrassée de ses clichés, ou à une pop française qui aurait oublié de chercher le refrain. C’est sans doute là que le groupe est le plus intéressant : dans cet entre-deux un peu instable, où rien n’est vraiment souligné.

Au fond, ce nouvel EP confirme surtout une chose : Demolition Party avance à son rythme, sans stratégie apparente, en laissant la musique se déposer là où elle peut. Et c’est précisément ce qui le rend attachant. Pas spectaculaire, jamais pressé, mais toujours juste. Pour écouter ce nouvel ep produit par Steve, le claviériste de Shaka Ponk, c'est ici !

Une photo des Fricotins (un peu bidouillée)

Grâce à une IA, j'ai un peu retravaillé cette photo emblématique des Fricotins (réalisée par Philippe G.). Au final, je ne suis pas sûr du résultat... Flippante mais plus vivante.


 

 

Tokow Boys dans New Wave n°4 - Octobre 1980



Une vidéo des Tokow Boys


Le retour des Tokow Boys

On avait déjà évoqué Tokow Boys (et Rachel Rachel, leur chanteuse) dans Bouloup, un peu en filigrane, comme une silhouette qui passe derrière le décor des “jeunes gens modernes”. Et puis il y a des morceaux qui méritent qu’on s’y attarde pour de bon, ne serait-ce que pour comprendre comment une poignée de titres ont réussi à capter quelque chose de très précis de leur époque sans jamais vraiment exister dans le paysage officiel. “Elle Hôtesse” fait clairement partie de ceux-là.

Sorti en 1980, le morceau déboule avec cette espèce d’assurance fragile propre aux débuts de la new wave française, encore en train de chercher sa langue. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette voix perchée, presque désincarnée, de Rachel Ortas, qui flotte au-dessus d’un groove minimaliste, un peu bancal, mais jamais maladroit. Derrière, ça tricote sec entre les claviers et une rythmique sèche, pendant que le sax vient poser une couleur à la fois élégante et légèrement incongrue, comme souvent dans cette période où tout le monde semblait redécouvrir l’instrument sous l’influence croisée du punk et du jazz mutant.

Le groupe s’est formé à Paris à la toute fin des années 70, dans ce moment charnière où l’énergie punk commence déjà à se dissoudre dans quelque chose de plus froid, de plus conceptuel, mais pas encore totalement synthétique. Chez Tokow Boys, il y a ce goût pour une esthétique un peu déplacée, presque exotique, qui passe autant par le nom que par certaines textures sonores. Le morceau a été enregistré à Londres avec David Cunningham, ce qui n’est pas anodin : on retrouve dans “Elle Hôtesse” ce sens du vide, du rythme étiré et du détail absurde qu’on pouvait entendre chez les The Flying Lizards. C’est une musique qui avance en décalage, qui ne cherche jamais vraiment à séduire, mais qui finit par accrocher sans prévenir.

À l’époque, le titre circule, notamment sur les radios pirates, sans jamais franchir le cap du succès visible. Trop étrange, trop raide, ou simplement mal distribué, comme beaucoup de choses sorties chez Virgin Records à ce moment-là en France. C’est le genre de disque qu’on imagine très bien passer tard le soir, entre deux imports anglais, pour une poignée d’auditeurs qui avaient déjà un pied ailleurs.

Avec le recul, “Elle Hôtesse” apparaît presque comme un point d’équilibre entre plusieurs mondes qui cohabitent brièvement avant de se séparer. Il y a encore un peu du chaos du punk, déjà une forme de sophistication pop, et surtout cette manière très française de rendre le détachement presque théâtral. Rien n’est appuyé, tout semble tenu à distance, et c’est précisément ce qui donne au morceau sa tenue.

La suite est connue, ou en tout cas plus visible : après la fin du groupe au début des années 80, Rachel Ortas et Éric Tabuchi bifurquent vers Luna Parker, avec à la clé un tube massif quelques années plus tard, “Tes états d’âme… Éric”. Difficile de faire un grand écart plus spectaculaire. Et pourtant, en revenant à “Elle Hôtesse”, on entend déjà quelque chose de cette écriture précise, de ce goût pour les lignes claires, simplement plongés ici dans un environnement beaucoup plus anguleux.

C’est sans doute pour ça que le morceau tient aussi bien aujourd’hui. Il ne cherche pas à être emblématique, il ne coche aucune case évidente, et il reste coincé dans une zone intermédiaire assez rare. Un disque qui n’a pas vraiment trouvé sa place au moment de sa sortie, mais qui, justement pour cette raison, continue de réapparaître régulièrement, comme un rappel discret que la scène française du début des années 80 ne se résume pas à ses figures les plus visibles.

Basement Daze

Voici l'autre face du single de The Depressions, proto-punk pub rock et leur très enlevé "Basement Daze".

Arrête ou continue

Nuit Privée n'est pas sans me rappeler Écoute Maman dans sa façon de jouer et dans la structure de ses chansons. Voici la face B de l'unique single du groupe... 

Le maxi de Putsch

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le mini-album 5 titres de Putsch sorti en 1982.


 

Des photos restaurées des Monkey Business

Grâce à une petite IA de derrière les fagots, voici quelques photos "améliorées" des Monkey Business. De haut en bas :  2 photos pendant la Pif Party, 2 photos du concert au Plan, 1 photo du tournage du clip dans les Frigos.







Les textes de Stalag

Le camarade Thierry Tuborg a publié quelques textes de Stalag sur son profil FB. Je me permet donc de les reproduire ici-même... 

Cas social                                                        

Je suis un cas social
Je ne suis pas normal
Et le gouvernement
se pose des questions
Ils m’ont mis à l’usine
J’y ai foutu le feu
Ils m’ont mis à l’asile
Car j’étais pas comme eux
Je mens, je mens, je mens, je mens
Je t’emmerde
Je vends, je vends, je vends, je vends
Mon déshonneur
Je m’aime, je m’aime, je m’aime, je m’aime
Je m’emmerde
Je m’exhibe, je m’exhibe, je m’exhibe, je m’exhibe en disant
Une passion, je cherche une passion
Une fonction, je cherche une fonction
Une intuition
Je veux plus étudier
J’aime pas les leçons
Je veux plus travailler
Ca donne des boutons
Psychothérapie
Et primes alimentaires
Payées par les impôts
De mon putain de père
J’apprends à être adulte
J’apprends je me disculpe
Je rends les draps humides
J’apprends, je suis utile
je m’exhibe


Les fusils

On sait on n’est pas très malins, on nous l’a assez dit
Vous vous foutez de ce qu’on dit, ça on le sait aussi
On n’est pas très sélect, on vit dans des taudis
Vous vous foutez de ce qu’on vit
On sait on n’est pas très instruits, on n’est pas très polis
On n’a jamais su se servir de l’hypocrisie
On n’a pas l’intellect, on vit pas, on s’ennuie
Vous vous foutez de nos envies
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie
On n’est pas venu pour se plaindre ou pour vous implorer
On est venu pour se venger et pour vous insulter
On va vous expliquer, touchez-nous si vous l’osez
Vous verrez, on est maudits
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie
Mais nous on sait de quoi on parle
Même si on s’exprime mal
Vous vous foutez de ce qu’on dit
Vous attendez qu’on prenne les fusils
Alors tant pis, vous allez payer de votre vie


Dernier cri
 

Tous ces petits génies qui habitent Paris
Usent de la méthode pour vous vendre leur mode
Ca fait de la nouvelle vague, ça m’a tout l’air d’une blague
Sans le moindre complexe, ça retourne sa veste
Et ils vous font marcher, et ça vous fait bander
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
C’est le rock romantique, c’est le rock Prisunic
Les grands coups d’étiquettes sans trop se compromettre
Interviewes dans la presse et la province achète
Ils vous ont convaincus ouais ils vous ont bien eus
Personne n’a rien compris, dans ce foutu pays
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Allez tricote !
Hein…. Hein-hein aaah…
Pesonne n’a rien compris dans ce foutu pays
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Si ça vous arrive de Paris, c’est sûrement du dernier cri
Na na na na, na na na na…
Beuah !…


Coupables

Toute une existence armés de patience
Vivre dans l’attente d’une fin décente
Faut s’occuper, savoir se changer les idées
Quel bel avenir nous est-il réservé ?
A quand le feu vert, qu’avez-vous décidé ?
Nous sommes trois millions, on a des doutes et nous vous jugeons
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables
Faut pas s’étonner du manque de progrès
Vous vous chargerez de nous décourager
On peut plus construire, alors on va tout, tout détruire
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables
La loi de la jungle, de l’indifférence
On était patients, mais on n’a plus confiance
Nous sommes cinq millions, on a des doutes et nous vous jugeons
C’est de votre faute, vous êtes coupables responsables
C’est pas de la nôtre, irréprochables, irresponsables


Les quatre vérité

Jamais rien n’a réussi à me faire de la peine
Sûrement pas maintenant que ça va commencer
J’en ai rien à foutre de tes états d’âmes
C’est pas de ma faute si t’aimes les drames
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
Tu veux que je sois franc, entre nous c’est risqué
C’est pas toujours marrant, ses quatre vérités
Arrête ton cinéma, tu deviens ridicule
Tu n’as aucun droit, mais tu me manipules
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
Garde tes problèmes, j’ai bien assez des miens
Pose pas de questions, j’ai rien à répondre
Ton air effarouché commence à m’agacer
Allez n’insiste pas, ça vaut mieux pour toi
Désolé sweet sixteen j’suis pas sentimental
Tu es trop romantique, attention c’est fatal
‘tention c’est fatal
‘tention c’est fatal
Tu n’es vraiment pas originale


Marche ou Crève

Aucune raison de rester sur terre
Juste l’intuition qu’il n’y a rien à faire
Gaspiller sa confiance, subir chaque présence
Refuser toute concession
Plus aucun motif pour parler de soi
Tout juste fautif de sa propre foi
Se traîner dans la boue et finir chez les fous
Esclave de tous ses fantasmes
Faut-il marcher ou bien crever
Tout abandonner, ou bien tout casser, ou se faire bouffer
Plus qu’un seul espoir, celui de la vengeance
Sans savoir pourquoi, vivre dans la méfiance
Quand je sors j’aperçois mon cadavre déjà froid
Gisant sur le bitume
Comprends si tu peux, dis ce que tu veux
J’ai rien à te vendre, rien à attendre
Me traîner dans la boue et finir chez les fous
Esclave de tous mes fantasmes
Faut-il marcher ou bien crever
Crevez aaaah, aaaah crevez aaah, aaah crevez aaah…


Je suis chez moi


Qu’est-ce que tu viens foutre à cet endroit j’y suis chez moi
Il n’y aura pas de place pour toi j’y suis déjà
Je suis chez moi
Dix-huit ans que je t’attends, tu arrives trop tard
Trop souvent chacun pour soi, maintenant c’est trop tard
Je suis chez moi, tu vois
Tu vois je suis chez moi, tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Tu vois je suis chez moi tu n’as aucun droit
Regarde bien ce que l’on a fait de moi
Je ne vois pas pourquoi je me mettrais à ta place
Ta place est trop loin pour moi, je ne vis que pour moi
Que pour moi
Je n’ai rien à demander, tu n’as rien à donner
Je vais pas faire visiter, c’est trop compliqué
Je suis chez moi, tu vois
Tu vois je suis chez moi, tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Tu vois je suis chez moi tu n’as aucun droit
Allez vas-y dis que tu ne comprends pas
Regarde bien ce que tu as fait de moi
Regarde bien ce que tu as fait de moi


Fred

Fred avance d’un pas malhabile
Dans les impasses de cette ville
Aucune ne mène quelque part
Pas une ne sortira du noir
Toutes les nuits la même envie
Alors que les gens sont endormis
Mais chercher qui, chercher quoi ?
À présent Fred attend sa proie
On peut pas dire qu’il soit en vie
Ça doit suffire car il survit
On peut pas dire qu’il soit normal
Il peut plus dormir, c’est sûrement pas grave
Fred sombre dans l’indifférence
Fred fait sa vie dans l’inconscience
Il n’a plus rien à vous dire
À quoi bon se rendre utile
On dit qu’il changera
Qu’il est jeune il comprendra
Difficile de se rendre compte
Quand on marche à côté de ses pompes
On peut pas dire qu’il soit en vie
Ça doit suffire car il survit
On peut pas dire qu’il soit normal
Il peut plus dormir, c’est sûrement pas grave
Pas grave... Pas grave... Pas grave...
Sûrement pas grave...


Secrets

On t’a fait croire à des conneries
On a voulu te faire envie
On s’est débarrassé de toi
Mais les mensonges tu les as là
Mais les mensonges, toi, tu peux pas savoir ce que c’est
Toi tu arrives, toi, tu sais pas qu’ça peut exister
On t’a fait dire des conneries
On t’a fait dire que t’avais compris
Ils n’ont même pas remarqué
Que t’ étais en train de pleurer
Oui mais pleurer, toi, tu peux pas savoir ce que c’est
Toi tu arrives, toi, tu sais pas qu’ ça peut exister
Alors écoute, mon métier c’est de te venger
Alors appelle, mon métier c’est de t’écouter
Ne laisse pas les garçons t’acheter
Ne laisse pas les autres te briser
Surtout ne te cache pas, ces gens n’attendent que ça
Tu ne veux pas me faire confiance
Tu préfères garder tes distances
Tu peux pas savoir ce que c’est pour moi
De vouloir dire la vérité
Je veux seulement, moi, me cacher parmi tes jouets
T’écouter parler, découvrir tes plus grands secrets
Je veux seulement, moi, me cacher parmi tes poupées
Te déshabiller, découvrir tes plus grands secrets
Je veux seulement, moi…
Je veux seulement, moi, découvrir tes plus grands… Secrets…


Date limite de vente1

Je suis une date limite de vente
J’suis là pour informer la cliente
Dans chaque centre distributeur
Je joue les super indicateurs
Vous feriez mieux de m’apercevoir
A moins qu’il ne soit déjà trop tard
J’ai des conditions d’utilisation
J’ai même une contre-indication
Méditez bien mon mode d’emploi
Avant de dire ça n’marche pas
Vous faites semblant de ne pas me voir
Vous laissez trop de choses au hasard
Respectez ma fabrication
Dépassez pas les proportions
Consommez-moi mais faites attention
Vous passez à côté de mes qualités
A côté de mon utilité
Vous oubliez la notoriété
Qui me conduira jusqu’au sommet
Vous faites semblant de ne pas me voir
Mais moi j’ai droit à quelques égards
Respectez ma fabrication
Dépassez pas les proportions
Consommez-moi mais faites attention


Interdit aux moins de 18 ans

C’est pas toujours drôle d’être un adolescent impuissant
T’as jamais raison t’as des boutons
Tu n’as pas le choix, t’as que la liberté surveillée
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
C’est pas toujours drôle le silence d’un lycée, d’un ciné
Tu comptes les jours aucun recours
Tu vas te cacher, pour toi qu’est-ce que c’est jouir, c’est rougir
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
Tu sais ça fait que commencer, et faudra pas t’étonner
Quand ils t’auront tout refusé, tu n’auras qu’à resquiller
C’est pas toujours drôle d’être jamais capable mais coupable
De broyer du noir au fond d’un bar
Jamais de réponses à toutes tes questions, obsessions
T’es qu’un mongolien, t’es qu’un chien
Tu sais ça fait que commencer, et faudra pas t’étonner
Quand ils t’auront tout refusé, tu n’auras qu’à resquiller
Toi tu n’as pas demandé de vivre sur cette terre
Toi tu n’as pas refusé, hey ! tu peux encore le faire
Tu peux encore le faire…
Tu peux encore le faire…


L’Étudiant

Tu es un étudiant, tu vis chez tes parents
Tu es dans ta science, tu vis plein de bon sens
Tu n’as pas de problèmes et t’as l’esprit ouvert
Quand tu parles t’as raison, puisque tu as l’instruction
T’es pas un bon à rien, ancêtre de Pétain
Tu ressembles à ton père, la connerie c’est héréditaire… Haou…
Tu n’es qu’un étudiant, mais t’es intelligent
Tu penses à l’avenir, à surtout pas te salir
Tu construis ton image parmi des bavardages, bla bla bla
Quand tu parles t’as raison, puisque t’as l’éducation
T’es pas un bon à rien, ancêtre de Pétain
Hou…
Tu ressembles à ton père, la connerie c’est héréditaire… héréditaire…
T’aimerais bien changer mais c’est vraiment risqué
C’est pas que t’aies la frousse mais que faire sans les bourses
Tu te sens supérieur et tu te crois vainqueur
Mais ça te fais pas de mal d’être remis à ta place
Tu es un moins que rien, ancêtre de Pétain
Tu te trouves agréable, la connerie c’est incurable… incurable…
Wouh… Wouh…


Carolus d’Or
 

Tu peux les voir chaque soir
Pendus dans les bars
Tous les trois s’observant du coin de l’œil
Alex vit avec son ventre
Tommy vit avec son sexe
Et Charlie vit avec sa cocaïne
Et moi tout ça me regarde pas
Je supporte pas, je change de bar
Prêts à sauter sur tes torts
Prêts à te sucer ta force
Comme un clochard qui ramasse un mégot
Ils voudraient bien t’imiter
Ils voudraient bien s’agripper
Mais ils font jamais rien de leurs dix doigts
Et moi tout ça me regarde pas
Je supporte pas, je change de tare
Alex parle de son ventre
Tommy parle de son sexe
Et Charlie parle de sa cocaïne
Et moi je parle de rien
Et moi j’en ai pas besoin
Je n’ai aucune preuve à exhiber
(Et dans trente ans, idem, toujours assis tous ! au fond d’un hospice, poursuivant vos lamentations dérisoires, sans vraiment savoir ce que vous foutiez là…)
Sauf nécessité


Défense d’afficher 

Défense de fumer
De parler au conducteur
Sauf nécessité
Défense de tricher
Et même d’essayer
Défense d’exister
Si c’est pas dans la légalité
Ah !
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu ramasses
Répression, dépression, le grand frisson
Défense de troubler
L’ordre instauré
Tapage nocturne
A titre posthume
Ya ya !
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu ramasses
Obsession, frustration, masturbation
Où que t’ailles et quoi que tu fasses
Jamais rien qui se passe
Chaque fois au coin de la rue tu entends
Défense ! Défense ! Défense ! Sauf nécessité !
 

Désirs télévisés 

Désirs télévisés, noir et blanc
Amours télécommandés
Bonbons acidulés, colorants
Destins téléguidés, yeah !
Un monde si moderne
Pour des peuples imparfaits
Pourquoi ne sommes-nous jamais
A la hauteur, jamais à l’heure
Et nous rêvons
De passions perdues dans le passé
Nous ignorons
Toute loyauté, toute dignité
Confidence pour confidence
Je rentre dans la danse
Malgré les contredanses
Je pense à contresens
Savants et dirigeants concurrents
Fierté du gouvernement
Nous ne sommes que des enfants
Nous sommes désespérants
Un monde si moderne
Pour des peuples imparfaits
Pourquoi ne sommes-nous jamais
A la hauteur, jamais à l’heure
Et nous rêvons
De passions perdues dans le passé
Nous ignorons
Toute loyauté, toute dignité
Confidence pour confidence
Je rentre dans la danse
Malgré les contredanses
Je pense à contresens 

  

The Depressions

Au tournant de 1977, alors que l’explosion punk redistribue les cartes de la scène rock britannique, un groupe de Brighton tente sa chance sous un nom parfaitement dans l’air du temps : The Depressions. Comme beaucoup d’autres formations de l’époque, ils ne sortent pas de nulle part. Avant de rejoindre la vague punk, le groupe joue un répertoire assez classique de pub rock et de reprises des The Who ou des Small Faces. L’arrivée du punk change rapidement la donne : look radicalisé, tempo accéléré et compositions originales viennent remplacer les anciens réflexes de groupe de pub. La formation se stabilise autour de Dave Barnard au chant et à la basse, Tony Mayberry et Eric Wright aux guitares, et Ozzy Garvey à la batterie.

Le groupe enregistre plusieurs singles entre 1977 et 1978, mais celui qui retient le plus l’attention reste le 45 tours paru en 1978 sur le petit label indépendant Barn Records. Sur la face A figure Get Out Of This Town, tandis que la face B propose Basement Daze. Le disque s’inscrit parfaitement dans cette zone un peu floue qui caractérise une partie du punk britannique de première génération : une énergie évidente, une attitude agressive, mais un fond musical qui doit encore beaucoup au pub rock et au glam rock des années précédentes. Get Out Of This Town avance à un rythme nerveux, porté par des guitares franches et un refrain immédiat, tandis que Basement Daze développe un côté un peu plus rugueux, presque garage, qui correspond bien à l’imagerie souterraine du punk de l’époque.

Ce single sera repris la même année sur l’unique album du groupe, The Depressions, un disque qui reste aujourd’hui un témoignage intéressant de ces formations situées à la périphérie de la scène punk la plus médiatisée. Comme beaucoup de groupes de la seconde ligne du mouvement, The Depressions ne bénéficient ni de la puissance de feu des grandes maisons de disques ni de l’exposition offerte par les groupes phares de la période. Leurs disques sortent sur de petites structures, dans des tirages modestes, et circulent surtout dans les circuits indépendants, les concerts et les magasins spécialisés.

La carrière du groupe est en outre brutalement ralentie par un épisode tragique survenu lors d’un concert donné au Preston Polytechnic pendant une tournée avec The Vibrators. Une bagarre éclate dans le public et l’incident dégénère au point de provoquer la mort d’un spectateur. L’affaire fait rapidement les gros titres et contribue à alimenter la mauvaise réputation déjà tenace de la scène punk britannique. Même si le groupe n’est pas directement responsable, le contrecoup médiatique est sévère. Peu de temps après, la formation se désagrège partiellement et réapparaît brièvement sous un autre nom, The DP’s, avant de disparaître vers 1979.

Avec le recul, le 45 tours Get Out Of This Town / Basement Daze est devenu un petit objet de collection pour les amateurs de punk britannique obscur. Sa sortie sur un label confidentiel, le tirage limité de l’époque et la courte durée de vie du groupe expliquent en grande partie cette rareté relative. Mais au-delà de la simple logique de collection, le disque possède aussi le charme particulier de ces enregistrements réalisés dans l’urgence, à un moment où le punk est encore un terrain d’expérimentation plus qu’un style déjà codifié. Dans cette zone intermédiaire entre pub rock musclé et punk naissant, The Depressions livrent un témoignage assez représentatif de ces centaines de groupes qui ont gravité autour de l’explosion de 1977 sans jamais accéder à la postérité des têtes d’affiche. Aujourd’hui, leur nom subsiste surtout à travers ces quelques sillons gravés sur vinyle, traces modestes mais bien réelles d’une scène aussi foisonnante qu’éphémère.

Je chante dans les Glaviots (2)

Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique. 

Et puis, les choses sont devenues un peu plus sérieuses lorsque nous avons créé notre premier studio de design (Bleu Petrol). Un ami photographe nous avait accueilli dans un vaste local qu’il partageait avec un atelier de pièces détachés au fin fond de la zone industrielle de Cachan.  Le soir venu, il nous sous-louait son gigantesque studio photo. A force de répétitions et d’efforts désespérés nos avons donné vie à Bibi & Les Fricotins. Un nom qui se voulait un hommage au groupe anglais Echo & The Bunnymen. Echo était le nom de leur boite à rythme. Nous avions baptisé la nôtre Bibi. Elle était de marque Alesis et sonnait furieusement 80’s (une HR-16 B). Souvent faux mais forcément dans le temps (la beatbox n’attend pas), aidé par une énorme réverbération nous avons joué notre répertoire instrumental partout où l’on voulait de nous. Entre chaque morceau des extraits de films ou des trailers trash d’époque. Parfois, le camarade Jonyv’s stagiaire et saxophoniste nous rejoignait en live. Dans les caves et les garages des copains, à la Fête de la Musique, à l’inauguration d’un hôtel (habillés en noir et blanc pour assurer la musique d’ambiance), à la fête d’entreprise amie, nous avons joué notre “Surfin’ Petrol Blues”, un nouveau concept inventé par Yann (à la basse). Nous avons même organisé un Festival Bleu Petrol à la MJC des Lilas (avec Cérémonies et plein d’autres groupes de notre entourage). Pour l’occasion, tout Bibi & les Fricotins portait la même chemisette rayée de rouge, hommage aux Beach Boys et profession de foi surf. En rappel, Franck s'est joint à nous et nous nous sommes lancés dans une version très personnelle de « Walk On The Wild Side » de Lou Reed. Pascal, à la guitare rythmique et à la programmation de Bibi, fan de pop (façon Sarah Records) insufflait une couleur toute particulière à nos compositions. Très créatifs (trop créatifs ?), nous n’hésitions pas à injecter d’étranges inspirations à nos chansons qui – souvent- ne suivaient aucune structure musicale classique. Parfois, aussi, nous remixions nos propres morceaux ainsi « D 33 » a vite été suivi d’un « D 34 » et d’un « D 35 ». Les medleys du style « Star On 45 » étant à la mode nous jouions parfois notre propre interprétation du genre, un mélange du thème de « Ne Nous Fâchons Pas » avec celui de « Batman », agrémenté d’un passage de « I’m Sticking With You » du Velvet et d’un de « Bo Diddley » de…  Bo Diddley. Pour élever le débat, nous avons essayé d’adapter « Blue Monk » de Thelonious Monk en version twist et « A Forest » des Cure en version rockabilly. En réponse à la fameuse photo des jeunes gens modernes et de leurs mamans dans Actuel, ce sont nos papas qui posent à notre place sur la photo « officielle » du groupe et que nous avons utilisée sur nos démos et sur notre dossier de presse.

Et puis un jour, on a voulu ajouter du chant. Ma copine Véronique a rejoint le club et nous avons formé Les Etc’s. Je ne me souviens pas de grand-chose, si ce n’est du titre d’une de nos compositions « Traci Lords a disparu » (les fans de porno 80’s apprécieront) et que la gentille Véro. ne chantait pas très bien. Mais, elle aussi avait du cœur et de la motivation. Sauf pour porter les amplis à la fin des quelques concerts que nous avons donnés. En plus de nos compositions, nous reprenions les Young Marble Giants, les Housemartins, les Comateens ou Cindy Lauper. Je me souviens également que nous avons participé à une sorte de Woodstock improvisé pour la Fête de la Musique sur les bords de Marne. Nous avons pris d’assaut un champ désert et tiré un câble électrique d’une maison voisine. Nous avons tous joués (tous les groupes proches de Bleu Petrol) devant un parterre de copains venus nous soutenir bière à la main. Les riverains n’en n’ont pas cru leurs oreilles mais n’ont pas appelé la gendarmerie. Et puis, vers minuit, nous avons plié les gaules et nous sommes dissous, ni vu, ni connu, dans l’obscurité.

Sur les traces encore fumantes des Etc’s, ce sont les Monkey Business qui se sont créés. David, un ami américain, récemment rencontré chantait et chante sérieusement bien. Il nous a montré le chemin… Lui qui venait de quitter Aix-en-Provence et les Seaton qui commençaient pourtant à se faire un nom dans le Sud. Comme lui, nous voulions plus de bruit et de fureur. Le grunge et les Sonic Youth avaient changé l'ambiance. Du moins Yannick et moi souhaitions attaquer les guitares au tournevis et à grands coups de larsen. Pascal, trop doux et trop pop, a jeté l’éponge puis a rejoint les Chinaski’s. Exit la réverbération XL et le surf new-wave. Véronique s’est exilée aux USA puis est devenue astrologue holistique. Bruno (ex-Cérémonies) a pris les baguettes pour bûcheronner avec certaines ambitions fusion/hardcore en tête. Avec les Monkey, c’est devenu du lourd. Dans tous les sens du terme.

J’ai retrouvé ce petit texte, écrit à l’époque, qui résume parfaitement bien l’humeur des Monkey Business : « " Voici revenir le temps des guitares jouées approximativement. C'est le Temps qui change les valeurs. Aujourd'hui une note écorchée en vaut deux, un bruit insidieux remplace un baiser (avec la langue). C'est ça l'arnaque, un business minable qui devient de l'Art. L'art de la table, de se mettre à table et de balancer le nom de tous ceux "à cause de qui". C'est injuste, balancer tous ceux qu'on a singé. Mais les singes font, ce que les singes voient... ».

Après une longue période de gestation, nous avons beaucoup joué nos compositions : les bars/caf’ conc’, le Gibus, le Plan, la Clé, le Cadran, la MJC du Pré Saint-Gervais, Saint Malo, Rennes, Fréquence Ado et Radio Libertaire (ou un truc du genre)Etc. Parallèlement, nous avons enregistré une démo en 16 pistes, à l'ancienne, chez le camarade Jean Taxis alors spécialisé dans l’indie (il avait produit - entre autres – Norma Loy et Little Nemo) et tourné un clip, en un long plan séquence, dans les Frigos de Paris. Également, le grand photographe et D.A. suisse Peter Knapp nous a pris en photo. Plus nous « grandissions », plus nos relations se complexifiaient. Une sorte de caricature de groupe de rock avec tous les clichés qui vont avec.