Je chante dans les Glaviots (1)

Voici ma seconde participation à la Revue Thésaurus (n°2) du camarade Claude Picard. Après avoir évoqué par le détail la saga de Cérémonies, il m'est apparu comme une évidence que je devais parler de ma propre carrière musicale. Dont acte. Voici ce que je lègue à mon prochain, soit tout mon héritage artistique.

 

« Je chante dans les Glaviots un groupe punk de Normandie
on répète dans la grange tous les mardis et les jeudis »

Les Wampas

Lorsque vous exercez un métier dans la création « commerciale » comme le graphisme et l’infographie, il est important de se réserver, à côté, un vrai espace de liberté. Un endroit où personne n’osera vous demander pourquoi vous avez mis du rouge plutôt que du vert ni même vous forcera à plagier la dernière campagne “bidul’truc chouette”. Pour préserver sa santé mentale et garder foi dans l’Humanité, pour laisser – quoi qu’il en coûte - sa créativité s’exprimer, il faut se trouver une pratique créative “non-contrainte” : peinture, philatélie, cuisine, taxidermie… etc.

Pour ma part, j’ai choisi l’option « musique ». Ce qui est aussi paradoxal (voir désespéré) car je chante aussi faux que je joue mal de la guitare. Les deux en même temps, je ne vous explique pas. Si j’avais choisi un autre « hobby » (l’illustration par exemple), ma vie d’artiste aurait été complétement autre et sans doute plus gratifiante.

Si c’était à refaire aujourd’hui, entre toutes les options proposées, je crois que je choisirai plutôt le graff (et non l’option DJ plutôt réservée aux filles). Mais à l’époque, tout juste sortie des 70’s, la New Wave (le « post punk ») déferlait avec son esthétique glacée. C’était un tout. Nous découvrions visuellement Peter Saville, Neville Brody ou le label 4AD par les pochettes (de disque) et alimentions en même temps nos goûts musicaux.

Je dois beaucoup à mon ami Franck, rencontré à l’école de Pub au début des années 80 et avec qui j’ai fait les 400 coups (pour plus de détails, je vous invite à vous reporter à mon article paru dans le n°1 de la revue Thesaurus). Il m’a montré comment faire de la musique et ouvert les portes des studios de répétition. A l’époque, quand on faisait de la « Pub » (on ne parlait pas encore de « com »), il était de bon ton de faire aussi du rock et si possible dans un garage mal aéré. Franck qui jouait dans Cérémonies répétait dans le désormais célèbre Parking 2000 où nous nous rendions parfois pour taper le bœuf à grand coups de boites à rythmes et de synthés nasillards. Je me souviens d’une session endiablée où j’hurlais les paroles de “Demain tu te maries” de Patricia Carli, le doigt scotché sur une touche d’un synthé alors que Franck s’afférait à la basse et que la TR 808 tournait à l’infini sur le même pattern.

Une chose est sûre, j’ai vécu des aventures extraordinaires en essayant de jouer du rock. J’ai croisé des tas de gens plus ou moins connus (surtout moins) dans les studios de répétitions pas toujours très accueillants que nous fréquentions assidument. Je me souviens des Charts (avec le pas encore connu Calogero), de Corinne Marienneau en reconversion de Téléphone et qui se prenait... Très, très au sérieux. Elle a dû redescendre un peu depuis…  Puisque même ses anciens camarades ne l’ont pas invitée sur leur tournée revival post-mortem. Il y avait les Négresses Vertes, qu’il ne fallait pas faire chier et qui avaient encore un chanteur. Je me souviens du Cri de la Mouche (avec Camille Bazbaz pas encore… En fait, personne ne le connaît), de Clémentine Célarié (gentille mais tapée) qui se lançait dans une carrière musicale. J’en passe et des meilleurs…

Mon premier groupe, je crois, était un trio punk avec Caroline à la batterie et au chant et Yves à la basse ! Caro faisait partie d’une assoc’ du côté de la Place de la Nation qui s’appelait Vertical Hiver et qui louait un local de répétition notamment aux Bonarparte’s. Les Bonaparte’s étaient - à nos yeux- des quasi professionnels puisqu’ils avaient sorti un ou deux albums. Le gang gothique avait abandonné dans un coin du studio une vieille Aria Pro II toute pourrie que j’essayais de remettre en état et sur laquelle je faisais mes premières armes. Caro et ses Charentaises avaient une certaine gueule « visuellement » mais c’était là son seul intérêt. Caro gueulait dans un micro en tapant comme une damnée sur sa batterie. Moi je courrais derrière en essayant de plaquer deux accords.

Plus tard, toujours avec Yves, le boyfriend de ma sœur et avec mon ami d’adolescence Philippe (Quick pour les intimes) nous nous essayâmes à nouveau à cet exercice compliqué du groupe de rock en créant une sorte de collectif informel à géométrie variable appelé Frantz Électrolyse. Frantz E. répétait à Champigny dans le même local que Cérémonies (qui amortissait ainsi la coûteuse location d’un garage dans une propriété bourgeoise). Si la volonté et l’énergie étaient souvent là … Manquait le travail et l’envie de composer et de structurer. Quick, musicien instinctif et surdoué, pouvait jouer quasiment de n’importe quoi (batterie, basse, guitare, bombarde... Etc.) mais finalement, comme les gens trop doués, ne jouait de rien. Pendant quelques mois nous avons tourné en rond à grand coups de 1664 sans jamais nous arrêter sur quoi que ce soit. Je me rappelle que nous reprenions en punk “V’là L’joli Vent”. Nous avions choisi comme patronyme : Frantz Électrolyse qui était le nom d’une société à Issy-les-Moulineaux et devant laquelle nous passions quand nous partions répéter. Pour finir, par lassitude, l’aventure Frantz E. 1.0 malgré une accroche aux promesses punk et destroy « Nul à chier » s’est arrêté. Pour autant, il me fallait jouer et ce quel qu’en soit le prix. Après avoir dégoté un local sous une boutique de cadeaux boulonnaise, dans une cave exiguë et humide, nous avons fait quelques essais avec le camarade Edouard au chant et Stéphane (le frère de Quick) à la batterie. Nous avions principalement deux morceaux à nôtre répertoire : « Louie Louie » et « California Sun ». Cette reformation de Frantz Electrolyse s’est finalement arrêtée faute de combattants.

 

Le premier single de Hansje

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le premier single de Hansje, du magnifique punk d'exploitation, sorti en Hollande en 1978.


 

 

La face B de The Secret

Voici "Handle The Vandal" qui est pour moi le meilleur titre possible pour une chanson punk. Ce qui tombe bien parce qu'on est bien sur un hymne punk plutôt très bien joué, d'ailleurs. Donc pas complétement punk The Secret. Mais bon, ne boudons pas notre plaisir !

Bouloup, les données chiffrées

Il m'arrive rarement de regarder les statistiques de mon blog adoré et c'est pourtant ce que j'ai fait aujourd'hui. Déjà, très bonne nouvelle, sur les 3 derniers mois,  j'ai  eu le droit à une moyenne de 15 000 visites par mois. Ce n'est pas un nombre de lecteurs mais bien un nombre de visites dont il s'agit. Pour ma part, je trouve ça colossal... Car, je ne vais pas me mentir, Bouloup, c'est très niche (comme dirait mon fils). Donc, pour ces 3 derniers mois, un peu plus de 47 000 visites. Mais là où ça devient complétement délirant, c'est quand on regarde la provenance géographique de ces visites ! Car en tête, nous avons Singapour, suivi des US, la France, le Brésil... Etc. Donc amis singapouriens, merci pour votre soutien. Je ne savais pas que l'autoproduction et la new-wave française pouvait avoir un tel écho dans le monde entier... Ou peut-être n'ai-je pas su vraiment interpréter ces infos. Enfin, pour avoir une vision plus précise, il faudrait que je croise ces chiffres avec ceux des 3 chaines YouTube qui accompagnent Bouloup. Mais là, j'avoue avoir un peu la flemme...

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Après quelques recherches, il semblerait que la Corée, les US, la Chine... Etc. font tourner à fond leurs IA et que celles-ci "absorbent" (font leur apprentissage ?) grâce à - entre autres - des blogs comme Bouloup. Pas très cool mais en même temps, je suis ravi que ces IA apprennent la vraie histoire de Cérémonies, de Monkey Business ou des Fricotins. Des figures essentielles de l'underground français des 80's/90's. Un juste retour des choses car une IA m'aide dans mes recherches et parfois dans ma rédaction... 


 

La face B de Doc Lebrun

 Voici "Limousine" la face B de l'unique single de Doc Lebrun.

Le single des Ex-Teens

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single des Ex-Teens sorti en 1986 !


 

Les Monkeys restaurés (3)

3e photo restaurée grâce à une IA.  Et c'est toujours le concert des Monkey Business au Pré St-Gervais. Au premier plan votre serviteur dans un mouvement typiquement "Guitar Hero" et au second plan le camarade David Rosane avec un magnifique chapeau... Une capote géante en fait. Ce soir-là, nous avions sollicité l'association Aides qui était présent dans la salle et il me semble que nous avions balancé des préservatifs gratos à nos fans transis. Pour qu'Aides accepte de nous "sponsoriser" nous avions dû montrer pâte-blanche et convaincre une dame d'un certain âge que nos intentions étaient "pures" (dans la limite de l'utilisation d'une capote en tous cas)...


 

Doc Lebrun dans Bakalao n°2 (Septembre 1990)

A.S.A.S.

Voici la face b de l'unique single de Sofa Chérie. On sent qu'ils cherchaient vraiment à cartonner quitte à arrondir leurs angles (confer le live que j'ai déjà publié). Angles qui n'étaient pourtant pas très pointus. Dommage, au delà des arrangements, il y avait... En fait, pas grand chose. En plus, on ne comprend pas les paroles. C'est juste que quand je publie un côté, j'aime bien publier l'autre, par respect pour le travail des artistes...

Gut So

 Nouvel extrait de l'e.p. de Putsch, voici le très bon "Gut So" !

Une vidéo de Doc Lebrun


Bon en fouillant sur YouTube, je suis tombé sur ce bout de vidéo que j'ai extrait d'un "sujet" un peu plus long avec 2 autres groupes. Aucune idée du nom de l'émission, ni de la date !

Doc Lebrun

Doc Lebrun appartient à cette frange du rock parisien des années 1980 restée en dehors des récits canoniques, ni tout à fait new wave, ni vraiment « rock alternatif », mais solidement ancrée dans un rhythm’n’blues-rock de scène hérité des circuits clubs de la fin des années 1970. Le groupe se forme en 1982 en région parisienne et s’impose rapidement comme une formation de live, écumant les salles d’Île-de-France au point d’y « faire le tour » selon ses propres termes. Cette implantation locale soutenue leur permet d’assurer des premières parties significatives pour la scène rock française du moment, notamment Téléphone, Bijou, Lili Drop ou Pigalle, ce qui situe Doc Lebrun dans le continuum direct du rock hexagonal pré-alternatif, entre pub-rock et R&B électrique.

Le nom du groupe provient de celui de son principal animateur Roland Nurbel, simplement inversé. Autour de ce noyau, Doc Lebrun développe un répertoire où la rythmique prime sur l’écriture, les paroles venant souvent s’adapter au groove plutôt que l’inverse, signe d’une culture rock anglo-saxonne revendiquée dans un contexte français encore largement dominé par la logique chansonnière. Cette orientation esthétique explique en partie leur position marginale vis-à-vis des réseaux indépendants qui se structurent alors autour de labels identifiés et d’une esthétique plus marquée par la new wave puis le rock alternatif naissant.

Un premier 45 tours autoproduit paraît en 1984 avec « Pas faites pour moi » en face A, principal témoignage discographique d’un groupe dont l’essentiel de l’activité se joue sur scène. Après avoir consolidé sa réputation dans le circuit parisien, Doc Lebrun accède à un parcours international atypique pour une formation indépendante française de l’époque, avec des concerts en Suisse, aux Pays-Bas, au Canada, en Algérie et au Brésil. Ce déploiement hors de France, rare pour un groupe de clubs sans relais discographique solide, témoigne d’un fonctionnement reposant davantage sur les réseaux de diffusion et l’échange culturel que sur l’industrie phonographique.

Un second simple autoproduit voit le jour en 1988, alors que la scène française se reconfigure autour d’une nouvelle génération plus visible médiatiquement. Doc Lebrun poursuit néanmoins son activité jusqu’au début des années 1990 avant de se séparer en 1992, refermant une trajectoire typique de ces groupes de live formés au tournant des années 1980, actifs pendant une décennie dans les circuits parallèles, mais dont la trace enregistrée demeure ténue. Resté en marge des compilations et des récits rétrospectifs qui fixeront la mémoire du rock alternatif français, le groupe ne subsiste aujourd’hui qu’à travers ses deux 45 tours et quelques archives de fanzines, dont une interview publiée en 1990 dans Bakalao qui le décrivait déjà comme « musicalement sûr » mais durablement à l’écart de la scène alternative. « Pas faites pour moi » reste ainsi la pièce centrale d’une discographie minimale et le reflet d’un versant du rock français des années 1980 où l’expérience scénique comptait davantage que la visibilité discographique.

Le single de Détective

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le single de Détective sorti en 1982 ! 


 

Les Monkeys restaurés (2)

Encore une restauration made in IA d'un des clichés pris lors du concert des Monkey Business au Prés St Gervais ! Là, c'est franchement plus impressionnant que la dernière photo publiée.

La vidéo de Sofa Chérie

1985 a du être une année bien remplie pour les Sofa Chérie... Voici un petit clip vidéo réalisé par FR3 Lille cette année-là qui pour l'occasion rebaptise le groupe "Sofa Cheri".

Sofa Chérie en concert

Voici un live de Sofa Chérie datant de 1985 et qui finalement sonne un tout petit peu plus rock que leur single sorti la même année (mais qu'ils n'ont pas joué pendant ce concert). Intéressant ...

Sofa Chérie

 Parmi les groupes fantômes de la synth-pop française des années 80, Sofa Chérie occupe une place idéale : un nom parfait, un 45-tours unique, quelques passages par les tremplins régionaux et une poignée de traces dans la presse locale. Le reste relève de l’archéologie provinciale. Originaire de Compiègne dans l’Oise, le groupe apparaît au début des années 80 dans le circuit classique des formations new-wave de province, entre MJC, concours rock (Méru, Laon), concerts régionaux et compilations territoriales. Sofa Chérie est ainsi retenu pour la compilation "Rock en Picardie", produite pour Virgin par Michel Zacha, passage obligé de la scène picarde de l’époque.

Un article de presse daté du 24 septembre 1983 permet de fixer une première photographie du groupe, alors en pleine mutation. On y trouve Jye Esko à la guitare et au chant, Eric Wimsberg à la batterie, Alain Gonains à la basse, Jean Lemoine aux synthétiseurs Roland et Yvoire aux synthétiseurs Korg et au séquenceur. Le texte mentionne aussi une chanteuse précédente, Myo, dont le départ entraîne le passage de Jye Esko au chant principal et un virage plus mélodique et électronique. Autre détail révélateur de la porosité des scènes locales, le bassiste Alain Gonains rejoindra brièvement un groupe nommé Les Hommes Virils.

Sofa Chérie s’inscrit pleinement dans la seconde vague new-wave française : après le choc initial punk et post-punk, les groupes régionaux intègrent synthés, séquenceurs et esthétiques froides. Le dispositif du groupe, avec deux claviers et séquenceur, le place clairement du côté synth-pop plutôt que rock. La presse locale parle d’une musique « rapide, sexy, aux mélodies capiteuses », citant un cocktail Ultravox, Stranglers et Bauhaus, imaginaire très caractéristique de la new-wave provinciale du moment.

Deux ans plus tard, Sofa Chérie ne laissera qu’un unique témoignage discographique, le 45-tours Soupçons d’Amour / A.S.A.S., paru en France en 1985. Aucune autre sortie, réédition ou suite n’est connue. La formation exacte de l’enregistrement n’est pas documentée avec certitude, mais elle dérive très probablement du noyau de 1983, au minimum autour de Jye Esko et Jean Lemoine.

Après 1985, Sofa Chérie disparaît des radars, suivant une trajectoire classique des groupes new-wave régionaux français : quelques années d’activité locale, un single autoproduit ou diffusé confidentiellement, puis la dissolution sans album. Aucun membre n’a laissé de trace discographique notable sous ces noms par la suite, ce qui renforce le caractère fantôme du projet. Sofa Chérie illustre ainsi parfaitement cette couche intermédiaire de la new-wave française, ni stars nationales ni amateurs isolés, mais groupes structurés, équipés et ambitieux à l’échelle régionale. Leur histoire passe par les tremplins, les compilations territoriales et la presse locale, aujourd’hui principales sources de mémoire. Un canapé, quelques synthés et beaucoup d’espoir : Sofa Chérie appartient à cette géographie intime de la pop française des années 80 où la modernité passait aussi par Méru et Compiègne.

Putsch

Au début des années 80, Zurich voit éclore une poignée de groupes qui s’emparent du langage punk pour l’emmener ailleurs, vers une new wave tendue, parfois dansante, souvent sombre. Parmi eux, Putsch reste aujourd’hui un nom presque effacé, à peine conservé dans quelques discographies spécialisées et dans les bacs de collectionneurs suisses. Leur trace la plus tangible est un maxi publié en 1982 sur le petit label zurichois R.F. Records : Kein Traum

À l’époque de l’enregistrement, Putsch réunit Stefan Müller Laurens au chant, Roger Müller Dupont à la basse, Christian Vieli à la guitare et Stephan Keller à la batterie. Le disque est capté au Sunrise Studio de Kilchberg, un lieu clé de la production rock suisse du moment, sous la houlette de Röbel Vogel et Rudolph Dietrich. La musique de Putsch y apparaît déjà éloignée du punk brut des débuts : la basse avance avec une souplesse presque funk, la guitare découpe des motifs secs et anguleux, et la voix déclame plus qu’elle ne crie, dans un allemand nerveux et scandé. « Knall » frappe d’emblée par son tempo raide et ses ruptures, tandis que « Gut so » installe une tension plus froide, quasi mécanique, qui évoque cette new wave européenne encore imprégnée d’urgence politique.

Car Putsch appartient à cette première génération post-punk zurichoise née dans le sillage de l’explosion punk locale, aux côtés de formations comme Nasal Boys ou Blue China, dont certains membres croisent leur route. Leur premier 45 tours, paru en 1981, portait déjà des titres sans ambiguïté — « Betrogen », « Der Putsch », « Werbewirksam » — et affirmait un ton engagé. Mais en deux ans à peine, le groupe se transforme, change partiellement de personnel et affine un son plus construit, presque dansant par moments, qui culmine sur Kein Traum. Le disque donne l’impression d’un groupe en transition : encore arrimé à l’énergie punk, mais attiré par une écriture plus stylisée et par les textures de la new wave continentale.

Après un autre maxi en 1983, Geniess Es Nicht, Putsch disparaît sans laisser beaucoup d’archives. Cette brièveté explique sans doute leur statut actuel : celui d’un nom périphérique, rarement cité hors de Suisse, mais révélateur d’une scène zurichoise étonnamment riche au tournant des années 80. Écoutés aujourd’hui, « Knall » et « Gut so » gardent quelque chose de cette époque précise où le punk cessait d’être un genre pour devenir un vocabulaire, que chacun réinventait à sa façon — même dans les studios discrets d’une banlieue de Zurich, sur un label presque fantôme.

Le single d'Holly & The Italians

Ici, on pourra télécharger en Mp3 le premier single d'Holly And The Italians sorti en 1979 !

Je me souviens de nous (3)

J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés ! 

Le 9 mai 1985, Franck, Gordon, Piepp’ et Bruno sont invités sur Fréquence Montmartre. Apparemment le Rose Bonbon a annulé leurs 2 dates (pour la 2e fois) et ils en ont gros sur la patate d’autant qu’ils n’ont prévenu personne (à commencer par les premiers intéressés). Dommage, ces concerts devaient faire office de « release party » pour le single. 

Franck : « L’avenir de tous les groupes s’est de changer un peu… Oberkampf se sépare, c’est triste ! »  Oui mais il y a Cérémonies souligne l’animatrice… Franck « Oui, il y a Cérémonies pas dans le même genre, mais dans la même voie ». Intéressant, le groupe se sent « engagé » et d’une certaine façon sans concession comme les punks d’Oberkampf.  Puis Franck parle des thèmes qu’il aborde dans ses chansons : « C’est assez simple, ce ne sont pas des grands messages politiques ou pseudo-intellectuels. C’est un peu monté comme des scénarios de film, des histoires, de la fiction, ce sont des images. Comme des petits films, des court-métrages. » puis d’ajouter que le groupe s’adresse à un public le plus sélectif possible. « C’est comme en publicité, on essaie de trouver un créneau. » puis « sur les milliers de groupe français, il y en a peut-être 10% qui peuvent faire quelque chose d’aussi bien que les groupes anglo-saxons ». Les ambitions sont là et Franck a bien assimilé nos cours de marketing.

 

Quand vous jouez dans un groupe, le temps est votre plus grand ennemi. Les efforts communs de ses membres sont tellement énergivores en particulier quand vous êtes jeune (et con). Au bout de 3 ou 4 ans, si rien ne s’est réellement passé vous risquez au mieux le départ de certains…  Fatigués par une routine chronophage ou pire, un split sanglant. Un peu comme en amour. En vieillissant, les choses se tassent et vous apprenez à gérer l’effort sur la longueur. Là, Cérémonies est en pleine possession de ses moyens et a déjà 2 ou 3 ans d’existence. Il faut aller vite.

 

Le groupe participe à un forum des autoproductions dans une lointaine banlieue. Cette manifestation mélange musique, presse, art…Et tout ce qui est globalement autoproduit.  L’élection de François Mitterrand et l’explosion des Radios libres ont favorisé ce type d’initiatives. Il y a comme un vent de liberté créative. Très stimulant et intéressant. Gogol 1er, déguisé en prêtre intégriste, y fait une entrée fracassante au volant de son corbillard. Une installation réalisée à partir de prothèses et de matériel médical d’époque me fait grande impression.

 

On envoie le 45 tours à la presse et au journal Libération en particulier qui le chronique dans sa rubrique dédiée aux singles. Ils ne sont pas très « friendly » et par la même « casse » un certain élan du fait de mots particulièrement blessants. « Cérémonies s’envole gothique et se ramasse français », dur et très injuste. D’après Franck, le groupe aura du mal à s’en remettre. Pour le dossier de presse de Cérémonies, grâce à un cutter de graphiste, nous nous débarrassons de la partie embarrassante de cette affirmation ressentie comme purement gratuite.

 

Le groupe jouera beaucoup live pendant cette période. Bien sûr, les concerts sont le premier vecteur de promotion d’un groupe de rock quel que soit son style. Ils joueront notamment au Seism (à Champigny), au Gibus (comme 90 % des groupes), au Cithéa, au Chat Bleu (à Bordeaux), à Aix… Etc. Le groupe s’accroche, répète, joue. Le concert au Chat Bleu (un 21 Décembre) est un très bon souvenir puisque nous nous déplaçons « en bande » et faisons l’aller-retour sur un week-end pour soutenir nos poulains (dans une salle à moitié vide). J’ai une image très claire de l’autoroute du retour sous la pluie dans la voiture du camarade Quick. Je découvrirai bien plus tard que le Chat Bleu permettra à Noir Désir, un an plus tard, de lancer sa carrière. Un autre concert est resté gravé dans ma mémoire du fait de son ambiance particulière… Cérémonies partageant l’affiche avec les Cherokees et La Poupée Vinyle dans une autre lointaine banlieue. La salle est infestée de Skinheads venus soutenir la Poupée et les toilettes sont un point de rendez-vous pour la fange la plus extrême de ce public venu en découdre. Pour aller pisser un coup j’évite « Fait en France » (tatoué sur le front) et ses potes qui parlent de leurs derniers séjours en prison. Heureusement, « Skin » est là ce soir avec le BSS Kontingent et nous servira de sauf-conduit. Skin, dont je ne me souviens pas du prénom, a pour fait de guerre d’avoir été pris en photo à la Fontaine des Innocents aux Halles, crâne rasé, faisant le salut nazi pour illustrer un article de fond (en une de France Soir) sur le mouvement Skinhead. Skin est, pour finir, un bon gars qui a un peu lâché ses idées extrémistes pour travailler dans l’informatique et pouvoir librement « fricoter » avec une magnifique beurette dont il est tombé amoureux. Pour Franck War, un autre concert reste, pour lui, un grand moment… Celui à Marseille puisque la production offre au groupe un aller-retour en avion ainsi que l’hébergement pour jouer, encore une fois, devant une salle à moitié pleine. A moitié vide ?  Va savoir. Pour une fois, en tout cas, le groupe est traité comme il se doit, comme de véritables artistes. Pour ma part, je garde – enfin - un vague souvenir à jamais amusé d’un tremplin, un dimanche après-midi où Cérémonies remportera le trophée haut la main devant les Garçons Bouchers (dont c’était un des premiers concerts). Dans la salle, les BSS étaient venus en force. Ceci expliquant cela.

 

Sandrine rebaptisée Sandy, leur manageuse, ne chôme pas puisque, finalement, le 2 juin 1986, Cérémonies fait la 1ere partie de Cock Robin à l’Olympia. Est-ce un début de reconnaissance ? C’est du moins ce que nous ressentons tous. Avec le recul, on peut se demander si l’association avec un groupe de variété passant en « heavy rotation » sur NRJ était un bon calcul ? Mais bref, ce soir-là, je suis à l’Olympia où le groupe joue bien mais a du mal à s’imposer face à un public qui est venu uniquement pour les tubes du groupe originaire de San Francisco. Je suis comme un fou, je cours dans tous les sens… En gueulant : « Ce sont mes potes, là en noir sur scène. ». Les pré-ados et leurs parents s’en foutent.  Malheureusement, je ne suis pas invité back stage où le groupe doit savourer « son » moment et où Franck fait un peu de rentre-dedans à Jeanne Mas venue soutenir la formation de Peter Kingsbery et Anna LaCazio. Pour savourer à 100% ce moment, je n’ai ni appareil photo, ni walkman enregistreur. Je veux apprécier à 100% ce moment de gloire. Dommage, même si je garde le souvenir précis d’avoir croisé la maman de Franck dans la salle, appareil photo à la main, si fière d’assister à la consécration de son fils adoré. Il y a donc - peut-être – de photos « souvenirs » quelque part.

 

Une fois ce haut fait d’arme passé, Cérémonies a la gueule de bois et a du mal à se remettre en mouvement. D’autant que Piepp’, le guitariste, est de plus en plus attiré par les vapeurs mauves de la drogue (et de l’héroïne en particulier). Le groupe loue un local de répétition à Champigny-sur-Marne dans une propriété bourgeoise au-dessus d’un garage dans le jardin. A la fin d’une répétition, Piepp’ prend son ampli et annonce qu’il va le vendre parce qu’il a besoin d’argent. Malaise, tout le monde sait ce que veut dire ce geste inattendu. Piepp’ a besoin d’argent pour acheter de la drogue. Ce jour-là, j’assiste à la répétition et j’en profite pour racheter ledit ampli (à un juste prix) avant qu’il ne disparaisse à jamais. Et comme je sous-loue ce même local avec mon groupe, Cérémonies pourra continuer à jouer sur cet ampli. Pour être tout à fait franc, J’ai un peu peur que l’ampli ne disparaisse mais Piepp’ a été clean (si je puis dire) puisque le Music Man est toujours en ma possession.  Au-delà de l’anecdote, c’est une époque qui s’achève. Le groupe essaie de se réinventer et la dernière démo qu’ils enregistrent avec la formation originale annonce cette mue… « N’importe quoi » est plus léger, plus pop, plus personnel aussi. Mes oreilles de fan n’en reviennent pas. Cérémonies se transforme et Piepp’ en profite pour quitter définitivement le groupe. Nous perdons alors le contact et une OD aura raison de sa gentillesse quelques années plus tard. 

 

Jean-Jacques, Dgé pour les intimes, rejoint la formation. Ex-guitariste de Wallenberg, Dgé est une sorte de virtuose de la guitare new-wave avec un jeu qui lui est particulier, tout en lyrisme et en finesse. On est loin des power chords et de l’approche gothique et bruitiste de Piepp’. Jean-Jacques/Dgé n’est pas un inconnu puisqu’il travaille avec Franck et moi-même depuis un moment. Il fait ce qu’on appelle dans le métier de « l’exé » et il est là quand nous créons le studio Bleu Petrol. Il ne nous quittera plus ensuite. Après être parti de Wallenberg, il fonde Lyliak avec Manou, sa compagne et un camarade à l’ordinateur pas complétement transportable (nous en sommes aux prémices du home studio moderne). Manou, une grande brune à la voix grave est la descendante de Vlad le Dragon qui a inspiré Bram Stoker pour son Dracula. D’ailleurs, pour fêter la première année de notre studio Bleu Petrol, nous organisons un mini festival avec Lyliak, mon groupe de l’époque (Bibi & les Fircotins) et Cérémonies en tête d’affiche à la MJC du Pré-St Gervais. Dgé apporte un fini musical et un sens du timing qui faisaient défaut au groupe. Du coup, Cérémonies change son répertoire, affine son style et – comme je l’ai déjà dit – lorgne vers une pop française de qualité. Entre temps, nous avons avons beaucoup élargi notre univers musical en écoutant de nouvelles choses dont les Smiths et Morrissey, Gamine et toujours (et encore) Marc Seberg. Même si musicalement le groupe atteint certains sommets, Cérémonies a du mal à se re-motiver et à réellement avancer. Une question fondamentale se pose alors, faut-il retirer le « s » à Cérémonies ?  Une bonne façon de marquer leur unité musicale retrouvée.

 

Les fans comprennent mal certaines expérimentations au chant de Franck. Franck, toujours en avance d’une tendance musicale, se met en danger et expérimente vocalement de nouvelles choses. Nous les « proches » passons un peu à côté… Trop habitués à une certaine approche gothique. Pour ma part, j’en profite pour prendre un peu de distance. Après avoir été le fan N°1, je suis un peu moins impliqué. Grâce à Cérémonies, j’ai maintenant mon propre groupe de rock, certes un peu approximatif mais qui concentre toute mon attention. Bien plus tard, je jouerai avec Bruno, le batteur de Cérémonies et découvrirait à quel point il avait un caractère difficile, supportant assez mal la contradiction et ce qui ne rentrait pas dans ses goûts musicaux. A moins que ça ne soit juste qu’un problème d’alcool. Bruno jouait fort et pas toujours en place. Il jouait très fort d’ailleurs. A tel point que lorsqu’on partait pour un concert, il fallait prévoir en plus un parpaing pour éviter que la batterie ne se déplace, toute seule, sur scène.

 

Pendant, cette 2e partie de l’épopée de Cérémonies, il ne se passe finalement plus grand-chose. Le groupe jouera au Gibus plusieurs fois dont une fois avec Seaton, les copains Aixois. Sandy, ex-manageuse de Cérémonies, s’occupe maintenant d’eux. Nous avons perdu le contact avec elle et évidemment son énergie et son sens du contact font franchement défaut au groupe. Cérémonies joue aussi deux ou trois fois au Fahrenheit à Issy-les-Moulineaux. Avec Bleu Petrol, nous travaillons pour Phil « La Couette » tour manager de la Mano Negra et programmateur du Fahrenheit. Ce qui facilitera le contact. Ils enregistreront aussi quelques maquettes qui ne rendront pas toujours un hommage fidèle à la qualité de leur jeu ni à leurs nouvelles compositions. Ce sont, malheureusement, des lettres restées sans suite. Assurément un gâchis musical qui méritait mieux qu’une K7 audio fatiguée.

 

Finalement, Pascal Rescoussié rejoint Cérémonies pour jouer des claviers et ajouter une touche synthétique à des arrangements de plus en plus sophistiqués. Pascal est aussi un ami du groupe et a œuvré, par le passé, dans Anne et les Filles de Joie. Pascal est un personnage extrême mais très attachant qui a une petite particularité physique : il n’a pas mué et conserve sa voix d’enfant. C’est le dernier acte de la saga de Cérémonies. Les années 90 arrivent et les temps changent. La new-wave n’est plus dans l’air du temps. En Angleterre, on opère une fusion entre rock et musique de danse. Nous-mêmes, hantons certaines boites de nuit et toute la vague née du nouveau « Summer Of Love » mancurien tourne maintenant sur nos platines (CD, le vynil étant passé de mode aussi). Bruno, le batteur, rêve de grunge, de hardcore et de fusion. Il quitte finalement Cérémonies jugé trop mou du genou. Cérémonies n’y survivra pas. Cérémonies sans batteur mais avec un sampler Akaï devient le Sexe des Anges, Keyser Söze puis les Chinaskis (Bukowski encore) avec quasiment le même line-up et quelques talents en plus… Mais c’est une autre aventure musicale qui mérite son propre article.

 

Aujourd’hui, Franck joue toujours avec Dgé dans le très bon Démolition Party. La drogue a failli avoir raison de notre amitié mais j’ai bon espoir que les choses s’arrangent. Dgé va bien et vous embrasse. Bruno ne joue plus de batterie et vit sur son bateau à la Rochelle avec Sandy. Sandy qui après plusieurs passages en hôpital psychiatrique, semble être à peu près en bonne santé et tenir le coup. Pascal Rescoussié, prince des excès alcoolisés, bien que très gravement malade semble, lui aussi, à peu près s’en sortir. Je n’ai plus de nouvelles de la plupart des BSS Kontingent mis à part Quick. Quick est aussi mon ami d’adolescence. Il vit, aujourd’hui, du côté de Toulouse ou un incompréhensible AVC a sérieusement remis en question son mode de vie. Il marche beaucoup… Si possible dans des paysages fantastiques, en accord avec une certaine vision de la vie.  Quant à moi, la musique me tient toujours à cœur puisque j’œuvre dans un groupe qui s’appelle Jean_Marc.

 

Reste les chansons de Cérémonies dont « Souvenirs de Nous » qui avec le recul résonne comme une prophétie et une parfaite conclusion : « Je me souviens de toi, je me souviens de tout, je me souviens du temps… Souvenirs de nous ».

 

Monkey Business à St Malo

Au début des années 90, nous louons un gite à côté de St Malo. Pendant une semaine, nous répétons pour la plus grande surprise de nos loueurs. Peut-être avions nous oublié de les prévenir. Pour nous faire pardonner, nous leur offrons un mini concert. Avec eux, nous allons apprendre à priser et à faire abtraction des odeurs (les champs de choux voisins pourrissent du fait d'un redoux). Grand moments de fun et de partage. Pendant ce séjour "Cabbage Soup", un des highlights du groupe. Finalement, Nous jouerons à St Malo puis à Rennes et malgré une infection urinaire carabinée, Yann donnera le meilleur de lui-même (et tout le groupe d'ailleurs). Sur le chemin du retour, je croise Link Wray a une station service. Magique !





Jean_Marc et l'Intelligence

Avec mon groupe adoré (Jean_Marc) nous sommes toujours à l'écoute des dernières pratiques et évolutions du métier (de la musique). Ainsi, nous ne sortons que des singles (à chaque fois en numérique) sachant qu'aujourd'hui, plus personne n'écoute d'albums. Ou alors, juste les anciens (dont nous faisons partie). Bref, depuis un moment le potentiel de l'IA me titillait. Que pouvions-nous en faire ? Nous avons pris notre dernier single "Désastre", très garage/frat rock, nous avons rentré l'original et les paroles (en français et en anglais) dans Suno... Et là en 3 matinées, nous avons sorti une douzaine de réinterprétations. Pas de covers, de remixes ou de versions. Au final 8 identités musicales "différentes" ont été retenues : folk, cumbia, disco, gospel, reggae, chamber music, disco instrumental et dub. Il faut bien l'avouer, nous avons été bluffés par cet impossible résultat. Ces 8 interprétations ne font pas partie de notre grammaire musicale. Aujourd'hui, l'électro que nous utilisons nous permet une simplification à laquelle nous n'avions jamais pensé. Au delà, c'est tout un terrain musical nouveau qui s'ouvre à nous. Il sera désormais plus facile pour nous d'ajouter des cordes ou une section de cuivre et se sans avoir et débourser des fortunes. Oui, nous avons aimé ce travail avec l'IA pour l'impossibilité de son résultat (oulah, je me prend pour un journaliste des Inrocks). Nous avons tout de suite l'envie de sortir mais dans le groupe les avis étaient partagés. Ainsi, pour plein de bonnes raisons, Brigitte Marjo pense que l'IA peut et va remplacer l'écriture... étape primordiale de la construction de ses spectacles (Brigitte est comédienne). Après moult débats et malgré cet avis négatif, nous avons sorti "Désastre, les versions IA" avec pour chaque interprétation un numéro de prompt. Bref, nous avons décidé de prendre l'IA comme argument de vente. D'abord parce que cette techno ne risque pas de disparaître et ensuite parce si ce ne sont pas les artistes qui s'en servent, qui donc va s'y coller ? Donc nous assumons l'IA et nous pensons que "Désastre" est une bonne chanson quelque soit son traitement ! Pour écouter, "Désastre, Les Versions IA" de Jean_Marc, c'est ici : urlr.me/Ycfs3g 

Mardi Soir

Dernier extrait de l'ep de Marie Et Les Garçons sorti en 1978, voici "Samedi Soir" ! 

Les Monkeys restaurés

Grâce à la magie de l'IA, voici une nouvelle photo restaurée des Monkey Business live au Prés Saint-Gervais à la fin des années 90 !

Le single de NBC

Ici, on pourra télécharger en Mp3 l'unique single de NBC sorti en 1983 !

Je me souviens de nous (2)


J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés ! 

Nous sommes en 1983, je rencontre Franck War dans une école qui prépare à un BTS de Publicité. Très vite nous sympathisons. La « Pub » qui n’est pas devenue la « Com », à l’époque, est un phénomène de société sympa et branché. Le consumérisme et l’écologie ne sont pas à l’ordre du jour. Jacques Séguéla n’est pas encore un vieux con qui sucre les fraises en mélangeant Rolex et Réussite. 

Notre amitié commence peut-être dès le premier jour quand un de nos profs nous demande de partager nos motivations à intégrer la grande famille des « pubeurs ». J’avoue pour ma part, moitié français, moitié provocateur, « vouloir me faire plein de fric et un maximum de nanas ». Je crois que ça a plu à Franck.  Sandrine également dans la classe deviendra la manageuse du groupe avec un certain succès avant de tomber amoureuse et de se marier avec le chanteur de Seaton (une formation new-wave amie basée à Aix-en-Provence). Béatrice intégrera la bande et épousera Bruno, le batteur de Cérémonies. Également avec Mathy, Anne-Marie et pleins d’autres nous formons une petite bande d’apprentis pubards. 

Très vite Franck fait le lien avec les autres Cérémonies qui répètent au fameux Parking 2000. Le groupe partage un box avec une groupe exclusivement féminin les Traffic Diams. A côté, on croise les punks de Panik LTDC. Christian Panik, leur chanteur, est le frère de Bruno, le batteur de Cérémonies. Plus loin, les Martyrs ou les Toreros Muertos. Les Toreros sont espagnols et ont déjà eu des hits, dans les années 70, dans leur pays d’origine. Le Parking 2000 est un vrai parking qui loue à des groupes comme Tanit ou les Washington Dead Cats. Il n’y a pas de toilettes et on imagine facilement l’odeur ambiante. Le proprio coupe l’électricité à minuit. Dur pour ceux qui squattent et dorment dans les locaux de répétition sans chauffage. Le Parking 2000 est devenu, bien plus tard, un sujet de recherche pour une sociologue spécialisée dans la culture pop. C’est là que j’assiste à mon premier concert du groupe. Le premier d’une longue série.

En plus d’intégrer le BSS Kontingent, je change de look. Une grosse dominante de noir sur fond de treillis et de rangers tchécoslovaques achetés à La Redoute. Dieu merci, j’ai déjà les oreilles percées. Mes parents bloquent un peu sur mes chemises noires qui font écho aux heures sombres de l’histoire du fascisme italien. Me voici bientôt promu manager du groupe malgré une timidité maladive. Je ne tiendrai mon rôle juste quelques semaines, le temps d’envoyer quelques dossiers de presse et de faire une interview avec le groupe sur Radio Anarchie.

 Pour exister, Cérémonies joue un peu partout, dès qu’on lui en donne la possibilité. Un concert particulier est resté gravé dans la mémoire collective de tous les fans… Celui des 120 nuits. Les 120 nuits est une boite éphémère puisqu’elle ne durera que 120 Nuits (comme son nom l’indique). Une référence directe aux 120 journées de Sodome du Marquis de Sade. Un lieu que l’on aperçoit dans le cultissime « Les Nuits de la Pleine Lune » d’Eric Rohmer. Le 17 mai 1983, le groupe s’y produit soit quelques semaines avant sa fermeture. Pour l’occasion et pour affirmer l’univers artistique du groupe, nous mettons à contribution notre professeur de maquette et de dessin. Didier Puy-Ségur est un plasticien qui ne s’appelle pas encore « Putch » et qui n’a pas encore épousé la fille du « compresseur » César. Didier a vissé des capots de voiture sur le devant de la scène. Il est assis sur une chaise roulante avec des lunettes noires et un plaid sur les genoux. Avec une badine, il dirige deux « esclaves » femmes en combinaison de chantier qui vont exécuter ses ordres et peindre à sa place sur les dits capots. Cette performance est typique du personnage, elle mêle humour, décalage et performance artistique. Cérémonies joue d’enfer. Franck qui est inscrit à un atelier vidéo de la ville de Rosny, demande à ses camarades de filmer le concert. L’apprenti vidéaste oubliera d’appuyer sur le bouton et ne lancera pas l’enregistrement. Une galère de plus et un concert qui ne sera pas documenté…

Nous sommes en 1984 et le groupe décide de s’autoproduire. Une démarche peu commune à l’époque d’autant que l’opération est coûteuse (de mémoire autour des 15 000 Francs) et qu’il faut aller enregistrer en studio. Dans une interview donnée pour le fanzine Tropique du Cancer, le groupe déclare : « Nous sommes catégoriques, Nous n’avons jamais été jeté par une maison de disque pour la simple raison qu’on n’est jamais allé en voir. On voulait faire notre 45 tours pour se faire plaisir et pour voir si notre musique passe bien et pour faire la promo de Cérémonies. Ce qui est plus simple et plus efficace de faire avec un 45 Tours qu’avec une K7 ».  Tous les membres du groupe commencent à travailler et ont un peu d’argent à investir, il est donc temps pour eux de passer à la vitesse supérieure… Bien sûr, ils ont déjà enregistré des maquettes, mais là c’est du sérieux. Direction Studio DB où le groupe « pause » 3 morceaux : Le Goût du Saké, Kiss Of Death et Dantzig. Le ton est donné et seuls les 2 premiers titres seront retenus pour le single tandis que le 3e atterrira sur une K7 produite par un fanzine « Zick Addikt ». Dantzig est un morceau plutôt long qui comprend 2 segments, il n’y a pas la place sur le 45 tours et un maxi coûte trop cher. Je revoie clairement Franck, sa planche de Letraset à la main, composer la pochette du disque après avoir extrait d’un livre sur Paris, la fameuse photo de la gargouille gothique. Là, pour la première fois, j’ai pris conscience du process graphique et ma future carrière professionnelle prend corps.  A l’intérieur, grâce à une photocopieuse amie, un petit flyer, avec textes et remerciements, est inclus. Au verso une photo en contre-plongée présente le groupe avec un Franck un peu fatigué, un Gordon dégarni, un Piepp’ aux allures gothiques et un Bruno qui se prend déjà la tête. Pendant les mois qui suivèrent la publication du 45 tours, toute notre énergie sera dirigée vers la diffusion et la promotion de ce single qui, avec le recul, tient plutôt bien le coup. Sandrine, entre temps, devient la manageuse du groupe…

Pendant les mois qui vont suivre cette sortie, l’activité est intense pour le groupe et son entourage. Ainsi, lors de mon premier stage dans une agence de publicité, je découvre (non sans un certain bonheur créatif) le premier Macintosh d’Apple. Grâce à ce fantastique outil, nous coréalisons avec Franck le fanzine « 5 francs » qui est un collage de textes (saisis sur Mac Paint) et d’images. Je squatte la photocopieuse de l’agence pour le reproduire. On y trouve les textes de Cérémonies et certains de mes poèmes mélangés autour de photos. Car, oui j’écris des poèmes… Mais je ne m’en vante pas. L’image du poète torturé ne me plait pas.  Si nous n’avons jamais co-écrit de textes de chansons… Certains bouts de poème ont parfois inspiré l’écriture de Franck War. Ainsi et par exemple dans « Les Bouchers de Verdun », Franck emprunte « Un hiver mal placé dans mon été » à mon « Un hiver mal placé entre deux étés ». Il n’est pas question de plagiat puisqu’il m’a demandé la permission. Je vois ce processus créatif plus comme une forme d’émulation littéraire, un quasi- cadavre exquis façon Dada. C’est aussi une façon d’exister dans les chansons de Cérémonies et pour moi, en tant que fan N°1, un vrai bonheur. 

L’été venu, nous partons en vacances, direction l’Espagne et la petite ville côtière d’Oliva (près de Gandia et de Valence). Nous y retournerons plusieurs fois. Pendant trois semaines, au mois d’août, nous louons un appartement où le confort est réduit à sa plus simple expression. Il fait, de toute façon, trop chaud pour s’en rendre compte. Tous les soirs, c’est discotecă et alcool (souvent le fameux mélange Fanta Orange / vodka). Très vite, nous sympathisons avec quelques locaux « branchés ». C’est encore la movida et l’Espagne vit le grand n’importe quoi de l’après Franco. C’est la « fiesta » sans fin, toutes les nuits, à l’Hexagono ou au Labotorio Industriale. Angel et sa bande nous font découvrir le rock espagnol du moment. On partage la paëlla dans un repère d’anarchiste et malgré le fossé linguistique, le courant passe. La drogue facilite aussi la communication. Isabella, notre fournisseuse officielle, a le look « españa negra » derrière son éventail et s’avère être une amie des Chihuahua parisiens. Que nous croiserons à Paris grâce à elle. Nos copains espagnols nous invitent à participer à une émission (en traduction simultanée) sur la radio du coin, Radio Olivia. Nous parlons rock français et bien sûr de… Cérémonies. Naturellement, ils nous demandent de jouer en concert dans un bar de plage pour fêter ce rapprochement franco-espagnol. Une moitié de Cérémonies et une moitié… de ceux qui sont là sont donc invités à se produire live. Pour cette occasion uniquement, je deviens guitariste du groupe. Sans répéter, sans pouvoir vraiment m’accorder, nous assurons un set hallucinant ne comprenant qu’un long morceau d’une vingtaine de minutes. Finalement, je jette l’éponge et ma guitare. Un Espagnol complétement bourré prend le relai et martyrise cette guitare japonaise franchement injouable. Une vraie performance sonique à la Sonic Youth et mon pire souvenir de musicien ...

 

 

Marie Et Les Garçons dans Feeling (N°6 Juin 1978)

 


The Blasters

Au tournant des années 80, alors que Los Angeles bruisse encore des secousses du punk et de ses prolongements les plus fiévreux, un groupe de Downey s’emploie à rappeler que la musique américaine ne commence ni avec les Ramones ni avec MTV. Formés en 1979 autour des frères Phil et Dave Alvin, épaulés par le bassiste John Bazz et le batteur Bill Bateman, The Blasters surgissent sur la scène californienne avec un programme simple et presque anachronique : jouer, à très haut volume et sans vernis nostalgique, un mélange organique de rhythm’n’blues, de rockabilly, de country et de blues, qu’ils baptisent sans détour « American Music ». Dans les clubs de LA où se croisent punks, rockab’ et amateurs de roots, leur réputation se forge d’abord sur scène : tempo implacable, guitare tranchante, voix râpeuse de Phil Alvin et science déjà redoutable de l’écriture chez Dave Alvin, qui aligne des chansons semblant sorties d’une Amérique mythique mais bien réelle, faite de radios frontalières, de Cadillac poussiéreuses et de nuits sans retour.

Leur premier album American Music (1980) pose le manifeste, mais c’est surtout le suivant, The Blasters (1981), qui cristallise l’instant : un disque tendu, direct, où « Marie Marie » et « Border Radio » sonnent comme des standards exhumés plutôt que composés. Contrairement à beaucoup de groupes du revival rockabilly de l’époque, The Blasters ne jouent pas à se costumer en années 50 ; leur musique est contemporaine, nourrie de l’énergie punk et de la conscience historique du folk et du blues. Cette position singulière les place au croisement de plusieurs scènes : ils partagent l’affiche avec X ou The Gun Club, croisent Los Lobos, et deviennent une référence pour toute une génération qui, de la Californie aux circuits alternatifs américains, cherche une voie entre tradition et urgence électrique. Évidemment, si je suis fan de X et de toute la scène de Los Angeles, les Blasters me font un effet tout particulier puisqu'ils renouent avec le rock and roll originel que j'ai toujours vénéré ! Leur passage dans le film Streets of Fire en 1984, où ils incarnent un groupe de bar devant un public de bikers, n’est pas un clin d’œil mais presque un documentaire : c’est exactement là que vit leur musique, dans ce territoire interlope entre mythe américain et culture underground.

Les albums Non-Fiction (1983) et Hard Line (1985) prolongent l’élan avec une production plus large, mais l’équilibre initial commence à se fissurer : Dave Alvin, principal compositeur, s’éloigne peu à peu, avant de quitter le groupe en 1986 pour une carrière solo qui fera de lui l’un des grands conteurs de l’Americana moderne. La première période de The Blasters se referme alors, laissant derrière elle une poignée de disques qui n’ont jamais vraiment cherché le succès massif mais ont profondément marqué la cartographie des musiques américaines alternatives. Dans les années 80, alors que l’industrie redéfinit le rock à coups de synthés et d’images, eux réaffirment qu’une autre modernité est possible : celle qui consiste à rejouer le passé au présent, sans fétichisme, jusqu’à ce qu’il redevienne dangereux.

Aujourd’hui encore, leurs chansons circulent comme des classiques sans âge dans les répertoires roots, cowpunk ou alt-country, et l’on retrouve leur empreinte chez des artistes aussi divers que Dwight Yoakam ou toute la scène Americana des décennies suivantes. Mais c’est peut-être sur leurs enregistrements live du début des années 80 que l’on mesure le mieux ce qu’était The Blasters : non pas un groupe revivaliste, mais un groupe de rock’n’roll américain au sens le plus large et le plus littéral, celui qui relie les juke-joints du Sud aux clubs punk de Los Angeles. Dans cette continuité souterraine que documente Bouloup, ils occupent une place particulière : celle d’un pont tendu entre la mémoire et l’électricité.

À Bout De Souffle

 2e extrait du premier single de Marie Et Les Garçons, voici l'excellent "À Bout De Souffle" sorti en 1978.

Marie Et Les Garçons dans Annie Aime Les Sucettes (n°1, Janvier 1978)

 Voici un petit article extrait du fanzine d'Elli Medeiros (à l'époque chez les Stinky Toys).


 

Je me souviens de nous (1)

J'ai eu le plaisir de participer aux deux Revues Thésaurus publiées par le camarade Claude Picard. Dans le premier numéro, j'ai écrit un long article sur Cérémonies, dans le second, c'est de ma carrière musicale dont il était question. Bien sûr, vous pouvez vous les procurer ici-même. Le temps a un peu passé depuis ces publications et il est temps de partager ces monuments journalistiques avec mes lecteurs adorés !

 

Avec le recul, parler de Cérémonies, c’est entreprendre un voyage introspectif et faire un retour sur mes années de formation puisque, d’une certaine façon, j’ai participé à cette aventure musicale. Bien sûr, vous vous demandez, « What’s the fuck… C’est quoi Cérémonies ? » S’ils avaient une « entrée » dans Wikipedia ça pourrait donner quelque chose comme « Cérémonies est un groupe rock français et new-wave qui a été en activité de 1983 à disons… 1989. » Je ne suis plus très sûr et Franck War (le chanteur du groupe) que j’ai interviewé pour écrire cet article non plus. D’ailleurs, je le remercie d’avoir partagé ses souvenirs et ravivé les miens.

Ces années ont mis la touche finale à mon éducation musicale à une époque où Joy Division n’était pas encore une marque distribuée par H&M. Juste un précieux secret partagé par quelques aficionados. Si vous connaissez le groupe de Ian Curtis, vous avez sans doute fait le rapprochement avec une de leurs plus belles chansons (selon Franck War). C’est également le chemin des studios de répétition que m’a ouvert Cérémonies. Avec eux ou plutôt grâce à eux, j’ai pu exprimer cette irrésistible envie de « gratter sur une guitare électrique » sans vraiment savoir jouer.  Mon avenir et « ma carrière professionnelle » ont également été liés à certains membres du groupe puisqu’ensemble nous avons « entrepris » et créé deux studios de design graphique. De Joy Division à Peter Saville, il n’y avait qu’un pas que nous avons franchi sans sourciller. Avec l’arrivée de la micro-informatique (et de la PAO), nous avons appliqué le « Do It Yourself » chers aux punks à un métier qui n’avait quasiment pas évolué depuis la fin des années 60. Ensemble, nous avons créé Bleu Petrol (en hommage aux Bleus de Matisse et à That Petrol Emotion) puis Public’Image Factory avec PIL et…. Factory Records comme ultimes références. En mode autogestion, bien sûr. J’ai donc eu la chance de rencontrer ce groupe et son entourage proche qui se moquaient de ma provenance sociale. Pourtant issu de la petite bourgeoisie intellectuelle, ces purs produits de la Banlieue Est m’ont ouvert les bras (sans trop poser de questions). Et même si mon prénom composé pouvait paraître suspect, J’étais là, avec eux, point. 

L’histoire du groupe se divise en 2 époques distinctes musicalement. D’abord une période « batcave » (comme on disait à l’époque, le mouvement gothique en étant à ses balbutiements) portée par l’influence des ténors du genre : Joy Division (toujours et encore), Killing Joke, Bauhaus… Et plein d’autres. Puis après un changement de guitariste, le groupe s’est émancipé et a lorgné vers une pop de qualité, quelque part entre Marc Seberg et Gamine. Le choix d’une référence comme Marc Seberg n’est pas fortuit puisqu’une rencontre Anzia - Cérémonies a bien eu lieu, initiée par le camarade Édouard proche de Marc Seberg et bientôt ami intime de Philippe Pascal. Cette rencontre aurait pu déboucher sur une production et un album digne de ce nom. Mais de l’aveux même de Franck, le groupe avait surtout envie de s’amuser et l’ascétisme du guitariste collait mal avec l’énergie déconnante des quatre copains de Rosny. Anzia exigeait un travail sérieux et constant ainsi qu’un aller-retour Rennes/Paris payé par le groupe pour assister à cette rencontre. Une exigence qui manquait franchement de classe (et d’une certaine générosité). Comme le faisait aussi remarquer Franck, la fine équipe n’était pas prête à franchir le pas et faire de la musique une profession. C’est peut-être ce qui a manqué au groupe pour atteindre un début de notoriété. Ça et un batteur qui joue « carré » et au click.

Très vite, je me suis revendiqué président de leur fan club.  Ce n’était pas une « posture » naïve façon faire-valoir mais bien un vrai coup de foudre pour leur musique et l’univers poétique de leur chanteur. Un univers, au départ, un peu emprunté : le baiser de la mort (cher à la mafia), Hiroshima, Verdun et la Guerre de 14, la folie, les trains de banlieue… Presque des passages obligés pour tout amateur de new-wave française de ces années-là. Mais, très vite, Franck s’est mis en tête d’explorer ce qu’il était : un juste mélange entre dépression et légèreté. Avec en toile de fond des histoires d’amour beaucoup trop grandes pour lui…. Et pour nous. Car Franck, à travers ses « lyrics », parlait aussi de nous, de cette incapacité d’être à deux, ni tout seul. Ou plus simplement de ce Syndrome de Peter Pan sur lequel nous construisions, alors, nos vies. Nous étions jeunes pour l’éternité. Ses chansons étaient comme un blues blanc et sophistiqué spécial beau gosse. D’ailleurs, Franck War avec sa tête de « BG » apportait un charisme un poil hautain à Cérémonies. Un charisme qui fascinait et qui permettait de « choper » plus facilement. Du genre : « Oui, le chanteur, c'est mon pote. Je t’offre un verre ? ».  Mais cette attitude qui masquait une forme de timidité, souvent, aussi… Repoussait. A cela, il fallait ajouter un sens de la vanne plutôt aiguisé qui a pu parfois jouer en leur défaveur. Cet art de la vanne est mon héritage de ces années-là. Je l’ai appris à leur contact et transmis à mon fils qui, à son tour, se défend plutôt bien !

Comme pour le Bromley Contingent des Sex Pistols, tous ceux qui comme moi, gravitaient autour du groupe se sont auto-proclamés membre du BSS Kontingent… BSS pour « Bois Sans Soif ». A n’en pas douter, la bringue et l’alcool furent des points d’ancrage pour cette petite « troupe », puis, comme pour tant d’autres, la drogue s’est invitée à la fête. Des drogues très année 80 pas « festives » pour un sou, d’abord sniffées puis injectées par le plus impliqués. Ceux qui ne sont pas morts d’overdose ont plongé dans un alcoolisme compensateur. Finalement, l’âge venant, certains BSS ont dû affronter maladies psychiatriques et autres affections chroniques. Presque 40 ans après, les cimetières se sont remplis et se remplissent grâce à nous. Et ça ne va pas s’arranger. Dis comme ça, on a l’impression de plonger dans l’univers morbide des junkies de Burroughs (ou des alcoolos de Bukowski). A l’époque, nous pensions que nous avions une véritable grandeur d’âme à nous mettre systématiquement « minables ». Nous étions des « princes » à l’image d’Henry Chinaski au comptoir du Golden Horn (que nous avions remplacé par celui du Piano Vache). Nous partions à l’assaut des catacombes ou des toits de Paris, systématiquement bières à la main juste après l’apéro dinatoire. En réalité, cette méthodique opération d’autodestruction s’est faite dans la joie et la bonne humeur.  Sans douleur, du moins sur le moment, toujours en rigolant. Et puis, il nous fallait donner corps à certaines chansons du groupe comme « Les Chiens de l’Enfer » qui emprunte son titre à un poème de l’écrivain et poète destroy californien cité précédemment. Finalement, à force de vannes, de glande et de légèreté nous avons raté l’ascenseur social et personne dans mes relations proches peut se vanter, aujourd’hui, de « siéger au Comex » ou d’avoir reçu la légion d’honneur. Au moins, nous n’avons fait que ce que nous voulions… A commencer par rigoler et faire la fête.

La saga de Cérémonies permet de corriger une idée reçue sur le rock français de ces années-là. Lorsque l’on relit la presse musicale de l’époque, le rock français semble à se réduire à deux possibilités : le rock à la Rolling Stones (de Téléphone et de ses multiples dérivés) ou le rock façon punk new-yorkais (et « arty ») lorgnant parfois vers un funk blanc (Casino musique, Go Go Pigalles) avec option textes à messages en français (Higelin ou Bashung). A l’époque, nous étions déjà persuadés que l’énergie bouillonnante d’un Téléphone ne pouvait compenser la vacuité de leurs paroles pré-adolescentes … Allez, tous en cœur : « Un jeeeu neeuhhh  sais quooiii qui me laisseuuuu connnnn ». Rien ou très peu pourtant quant à ces groupes influencés par ce qui se passait en Angleterre. Rien sur une underground riche et multiple, dark et violente. D’après Franck, c’est peut-être la faute aux journalistes alors en poste. Des journalistes déjà vieux, ayant connu (et adoré) les années 70 et ne s’appuyant que sur leurs propres références musicales pour critiquer. Une génération qui croyait dur comme fer à l’unique influence d’un Bowie ou d’un Lou Reed quand on faisait du rock. A la limite, les New-York Dolls ou le MC5. Il faudra attendre la déferlante rock alternative pour que l’incroyable richesse de la scène française soit enfin visible et exposée par les médias. Cérémonies a traversé cette vague alternative sans changer de cap, sans sourciller. Cérémonies était déjà un vieux groupe. Il n’a jamais été question d’accordéon ou de néo-réalisme français à la Léo Ferré dans la new-wave épique du groupe.

Cérémonies, c’est l’histoire de 4 copains de lycée, quelque part du côté des cités de Rosny 2 et Montreuil qui vont mettre leur goût et leur énergie en commun pour créer un répertoire original ne comprenant qu’une ou deux reprises bien senties (Joy Division ou Bauhaus). Ainsi, Lors de voyages linguistiques en Angleterre, Franck ramènera des disques alors inconnus dans l’hexagone puis, plus tard, avec ses camarades de jeu, prendra une carte de fidélité chez New Rose pour trouver la perle rare, la nouveauté qui tue. Bref, le terreau musical sur lequel le groupe construira et évoluera. Dans le désordre (et de souvenir) PIL, Stiff Little Fingers, Outcasts, Bollock Brothers ou Jean-Jacques Burnel et les Stranglers mais aussi du reggae à la Mickey Dread ou Dr Alimentado (l’influence des Clash) voir de la « variété » un peu plus « light » comme Jo Boxer, Woodentops et New Order.

Cérémonies n’est pas apparu d’un seul coup, comme une évidence, il est le résultat d’une évolution, d’une maturation qui commence en 1979 par une première formation punk, l’Affrontement. On notera l’influence des Clash qui accompagnera toute l’histoire de Cérémonies plus d’une façon idéologique que musicale. Gordon à la guitare, Franck à la basse, Commandant à la guitare et Bosniak à la batterie. Un seul ampli pour reprendre le quator. Personne n’a vraiment envie de chanter et c’est finalement Franck – qui a le meilleur look punk - qui s’y colle. Le groupe dégote un local de répétition complétement gratuit (la salle des fêtes commune dans la cité). Ah oui, j’oubliais, dans la bande des Cérémonies, on pouvait (devait ?) se retrouver affublé du surnom qui va bien : Gordon (car Hervé aimait le gin), Piepp’ (Car Jean-Jacques était pompier d’entreprise), Commandant (après son passage dans l’armée), Bosniak, Adolphe, Iggy, Zaza, Camisole, Pachi, Dicav’, Coco et puis plus tard Quick et moi-même Marcotin… Et plein d’autres. Donc de l’Affrontement naitra un déjà plus sérieux Stygmat avec Gordon à la basse et les frères Boubich’ (Commandant et Bosniak). Puis le deux partiront fonder Ordonnance Karmélites. L’arrivée de Bruno à la batterie et de Piepp’ à la guitare permettra de distribuer définitivement les rôles avec, bien sûr, Franck au chant et Gordon à la basse. Gordon qui, il y a peu, a dû quitter le vaisseau amiral (et à qui je dédie ces quelques lignes). 

J’en profite pour partager un grand moment « gordonnien », bière à la main lors d’une fête de jour de l’an dont nous avions le secret. Après une longue discussion, nous étions finalement tombés d’accord sur le fait que « quand on pisse debout et qu’on ne voit plus sa bite, il est temps de maigrir ». Dont acte, je pense à toi Gordon et j’essaie de perdre du poids. Gordon avait un réel don pour la guitare électrique à quatre cordes. Il développera un vrai style personnel et son propre son très influencé par la maestria d’un Peter Hook. Ce talent achètera à vie notre admiration ébahie. Un AVC plus loin, seul à Grenoble, il devait arrêter la pratique de son instrument fétiche, cloué sur un fauteuil roulant, parlant difficilement et n’ayant plus la force de soulever une basse ...